25 ans du Mouvement des Paysans Sans-Terre

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mercredi, septembre 30 2009

A L’OCCASION DES 25 ANS DU MOUVEMENT DES SANS TERRE DU BRESIL…

Le Mouvement des Sans Terre du Brésil (MST) célèbre cette année 25 ans de luttes pour l’accès à la terre et la production d’une nourriture de qualité. Par l’occupation non violente de terres inexploitées, le MST a permis à plus de 350 000 familles de paysans de disposer de terres à cultiver. 100 000 familles attendent encore de voir leur situation résolue. Cet anniversaire est l’occasion d’ouvrir le débat sur l’avenir des paysans et sur les modèles de production à adopter pour préserver notre planète et ses ressources.

… VENEZ PARTAGER L’EXPERIENCE DE CE MOUVEMENT !!!
du 29 septembre au 4 octobre 2009

Des tentes en bâche noire, symbole de l’occupation des terres par les paysans, pour découvrir l’histoire et les actions du MST et de ses partenaires.

  • Exposition « Paysans sans terre : 25 ans de luttes »

Des photographies retraçant l’histoire du Mouvement, par plusieurs artistes brésiliens dont Sebastião Salgado, seront exposées dans l'une des tentes.

Espace Jean Dame - Paris 2eme 17 rue Léopold Bellan 75002 Paris

« Quel(s) modèle(s) d’agriculture pour notre avenir ? » en présence de représentants du Mouvement des Sans Terre, de la Confédération paysanne et de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Débat animé par Patrick Piro, journaliste à Politis, en présence de :

- Andreia Borges, membre de la direction nationale du Mouvement des Sans Terre du Brésil
- Paolo Groppo, FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture), Département de la Gestion des ressources naturelles et de l’environnement
- Michel David, secrétaire national de la Confédération Paysanne.

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mardi, septembre 29 2009

Conférence de presse du campement, 29 septembre 2009

Quelques images de la conférence de presse pour l'ouverture du campement du MST à Paris.

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Bernard Salamand, délégué général de Ritimo et président du CRID, anime la conférence de presse.

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Avec la participation de Claude Giraud, de la Confédération Paysanne, et Andreia Borges Ferreira, membre de la direction nationale du Mouvement des sans-terre du Brésil.

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Une des deux barraques du campement du MST à Paris.

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samedi, septembre 26 2009

Programme des animations

Mardi 29 septembre, 18h
Le Mouvement des Sans Terre du Brésil : retour sur 25 années de luttes et de conquêtes pour les droits des paysans

En 2009, le Mouvement des Sans Terre du Brésil commémore 25 ans de luttes. Grâce à l’action de ce mouvement paysan, un des plus importants en Amérique latine, plus de 350 000 familles ont obtenu des terres à cultiver. Venez découvrir la riche histoire de ce Mouvement, ses conquêtes en faveur des droits des paysans et les enjeux auxquels il doit désormais faire face.

Débat en présence d’Andreia Borges Ferreira, membre de la direction nationale du Mouvement des Sans Terre du Brésil et de Douglas Estevam, représentant du MST en France.

Mercredi 30 septembre, 15h
Janadesh, le verdict du peuple
La marche engagée des Sans-Terre Indiens

En 2007, 25 000 personnes se lancent dans une marche de 350 km pour revendiquer le droit à la terre. Cette action non-violente, organisée par Ekta Parishad, était soutenue par Frères des Hommes et Peuples Solidaires. Venez découvrir l'histoire de cette mobilisation!

En présence de membres de Frères des Hommes et de Peuples Solidaires ayant participé à cette marche.

Jeudi 1er octobre
18h, Salle Jean Dame, 17 rue Léopold du Bellan, Paris 2ème
Quel(s) modèle(s) d’agriculture pour notre avenir ?

Débat animé par Patrick Piro, journaliste à Politis, en présence de :

• Andreia Borges, membre de la direction nationale du Mouvement des Sans Terre
• Paolo Groppo, FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture),
• Michel David, paysan dans l'Aude, secrétaire national de la Confédération Paysanne.

Les émeutes de la faim qui ont secoué plus de 37 pays en 2008 ont rappelé au monde le rôle primordial de l'agriculture. Les chiffres de la FAO et des institutions internationales parlent d'eux même : en 2009, près d’un milliard de personnes souffrent toujours de la faim dans le monde dont plus de la moitié sont des ruraux.

Quels enseignements peut-on tirer de la faillite actuelle des modèles libéraux appliqués à l'agriculture, qui ont conduit à la disparition massive de la population paysanne au profit d'une agriculture de plus en plus concentrée et productiviste dont on mesure enfin les conséquences sociales et environnementales désastreuses ?

Les trois intervenants croiseront leur vision des défis d'une agriculture qui doit nourrir 6 milliards d'êtres humains, dans une planète aux ressources limitées, aux écosystèmes fragiles et soumise au changement climatique. Le nécessaire changement des politiques agricoles questionne les choix publics en terme d'accès aux ressources (terres, eau, semences), mais aussi de mode de productions.

Vendredi 2 octobre, 18h
Agrocarburants et droit à l’alimentation : Quelles sont les conséquences sociales et environnementales de l’augmentation de la production d’agrocarburants ?

Face à la crise énergétique, une des solutions préconisée par les gouvernements est l’augmentation de la production d’agrocarburants, en substitution au pétrole. De nombreuses voix s’élèvent contre cette orientation car elle privilégie les monocultures intensives destructrices d’emplois et aux conséquences écologiques désastreuses.

Projection d’un film court de FIAN France sur les indiens Kaiwo Guarani (Mato Grosso do Sul, Brésil), confrontés à des conditions de travail proche de l’esclavage dans les plantations de canne à sucre destinée aux agrocarburants.

Suivi d’un débat animé par Sébastien Godinot (Amis de la Terre) et Xavier Papet (FIAN France)

Samedi 3 octobre, 15h
A l’approche du Sommet de Copenhague sur le climat : enjeux et mobilisations pour faire face au réchauffement climatique

Quelles sont les causes du réchauffement climatique ? Comment les populations, et en particulier les peuples indigènes et les habitants des forêts primaires, sont-elles touchées par ce phénomène ? Quels sont les enjeux du Sommet de l’ONU sur le climat, qui se tiendra à Copenhague en décembre prochain ? Où en sont les négociations ? Enfin, quelles sont les mobilisations citoyennes qui se profilent ?

Débat animé par Gilles Lemaire d’ATTAC (Association pour la Taxation des Transactions financières et l’Aide aux Citoyens).

Toutes les activités ont lieu sur le campement, place Joachim du Bellay, à l’exception de la conférence du jeudi 1er octobre à 18h, qui aura lieu salle Jean Dame, 17 rue Léopold du Bellan, Paris 2ème.

vendredi, septembre 25 2009

Extrait du texte d'introduction du livre TERRA

"Le 17 avril 1996, dans L'Etat du Para au Brésil, non loin d'un petit village appelé L'Eldorado des Carajas ( L'Eldorado....ô combien le sens d’un mot peut parfois être sarcastique), 155 soldats de la police militaire, armés de fusils et de mitraillettes, ont ouvert le feu sur une manifestation de paysans qui bloquaient la route, comme signe de protestation contre les retards de la procédure légale d'expropriation des terres, selon une ébauche, ou encore un simulacre d'une supposée reforme agraire ; réforme qui, depuis 50 ans, oscille entre avancées minimes et reculs dramatiques. A aucun moment, des mesures satisfaisantes concernant les graves problèmes de subsistance des travailleurs (il serait plus rigoureux de dire survie), n’ont été prises.

Ce jour là, sur le sol de L'Eldorado des Carajas, 19 morts sont tombés, des dizaines de personnes ont été blessées. Trois mois se sont passés après cet évènement sanguinolent. La police de L'Etat du Para, qui se défendait sans avocat devant le juge, ne s’est jamais vue comme partie accusée dans cette affaire, n’hésitant pas à faire une déclaration publique en déclarant innocents ses 155 soldats, affirmant avoir agi en légitime défense…Cela n'étant pas suffisant, la police est allée jusqu'à réclamer un procès devant la justice contre les 3 paysans pour lésions corporelles et détention illégale d'armes. L’arsenal des manifestants était composé de trois pistolets, des pierres et des outils de travail plus au moins maniables.

Nous savons que bien avant les premières armes à feu, l'utilisation de pierres ou d’outils de travail étaient déjà considérée comme illégales et interdites dans les mains de ces Hommes qui, par nécessité, ont été obligés de réclamer du pain pour se nourrir et de la terre pour travailler, en se confrontant avec la police militaire de l'époque, armée d’épées, de cordes ou d’hallebardes. Contrairement à ce que l'histoire essaye de nous faire croire, il n'y a rien de plus simple à comprendre que l'histoire du monde. Histoire que beaucoup de personnes illustres continuent à affirmer être trop compliquée pour qu’un peuple rude puisse la comprendre."

José Saramago

Editions Caminho, Portugal
Ce texte accompagne l'exposition Terra du photographe brésilien Sebastião Salgado.

jeudi, septembre 24 2009

Campement des Sans-Terre

Campement et expo-photo, du 29 septembre au 4 octobre 2009
Place Joachim Du Bellay, Paris 1er, Métro les Halles

Les tentes en bâche noire sont devenues un symbole au Brésil. Elles représentent l’auto-organisation des paysans sans terre qui se sont regroupés pour construire leur avenir.

A partir de matériaux simples, ce campement donne un aperçu des modes d’auto-organisation et d’auto-construction utilisés par le Mouvement. Un parcours pédagogique sera mis en place pour sensibiliser à l’ensemble des questions qui touchent le MST et aux enjeux de la situation actuelle des paysans dans le monde.

La tente-école
Cette tente en bâche noire est la reproduction d’une école construite par le MST dans les campements et « assentamentos ». Elle symbolise l’importance que le MST accorde à l’éducation et la formation des paysans et de leur famille. Sur des tables d’écoliers, des photos des différentes activités développées par le MST, ainsi que des articles et des publications renseignent les visiteurs sur la question alimentaire et paysanne dans le monde. Ces matériaux abordent aussi les actions menées par les organisations partenaires dans le domaine.

« Occuper, Résister, Produire »
Ce mot d’ordre du MST, depuis ses origines, synthétise les étapes et les objectifs premiers du Mouvement : après l’occupation, il faut résister à toutes formes de menace et produire pour nourrir, d’abord les paysans eux-mêmes, et ensuite partager les fruits de la résistance avec la société. Cette deuxième tente exprime l’importance du travail, de la résistance et de la qualité environnementale de la production pour les paysans. Les photographies, notamment celles de Sebastião Salgado, projetées sur le mur, retracent 25 ans de luttes pour l’accès à la terre et la production d’une nourriture de qualité, accessible à toutes et à tous.

Des activités complémentaires (projections, animations, débats,…) seront organisés sur le campement chaque jour.

Conférence-débat

Conférence-Débat « Quel(s) modèle(s) d’agriculture pour notre avenir ? »
Le 1er octobre à 18h, salle Jean Dame, 17 rue Léopold Bellan, 75002 Paris.

Les émeutes de la faim qui ont secoué plus de 37 pays en 2008 ont rappelé au monde le rôle primordial de l'agriculture. Les chiffres de la FAO et des institutions internationales parlent d'eux même : en 2009, près d’un milliard de personnes souffrent toujours de la faim dans le monde dont plus de la moitié sont des ruraux.

Quels enseignements peut-on tirer de la faillite actuelle des modèles libéraux appliqués à l'agriculture, qui ont conduit à la disparition massive de la population paysanne au profit d'une agriculture de plus en plus concentrée et productiviste dont on mesure enfin les conséquences sociales et environnementales désastreuses ?

Les trois intervenants croiseront leur vision des défis d'une agriculture qui doit nourrir 6 milliards et bientôt 9 d'êtres humains, dans une planète aux ressources limitées, aux écosystèmes fragiles et soumise au changement climatique. Le nécessaire changement des politiques agricoles questionne les choix publics en terme d'accès aux ressources (terres, eau, semences), mais aussi de mode de productions.

A l’inverse de ce qu’on peut entendre de la part du président brésilien Lula, qui présente l’agriculture intensive et capitalistique brésilienne comme la solution pour nourrir l’Afrique par exemple, nous donnerons la parole aux représentants des paysans et paysannes du Brésil qui luttent depuis 25 ans au sein du Mouvement des Sans Terre pour défendre les petits producteurs et une agriculture familiale et durable.

A travers le regard d’un spécialiste des questions foncières et de la réforme agraire, l’expérience des luttes paysannes, du MST au Brésil et des paysans français, pour s’installer et vivre du fruit de leur travail, nous pourrons débattre ensemble des enjeux de la souveraineté alimentaire et de l’agriculture que nous voulons.

Débat animé par Patrick Piro, journaliste à Politis et spécialiste des thématiques environnementales et agricoles, en présence de :

Andreia Borges, membre de la direction nationale du Mouvement des Sans Terre du Brésil. Formée à l’économie politique au sein de la Escola Nacional Florestan Fernandes (Université populaire mise en place par le Mouvement des Sans Terre), Andreia Borges anime la coordination du secteur formation politique du MST. Elle a participé activement à l’organisation des réseaux de coopératives créées à l’initiative du MST.

Paolo Groppo, FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture), Département de la Gestion des ressources naturelles et de l’environnement. Rédacteur chef de la revue Réforme agraire de 1992 à 2007, Poalo Groppo travaille spécifiquement sur les questions foncières, la réforme agraire, le développement territorial et, plus récemment sur les questions indigènes. Il a aussi organisé en tant que membre du secrétariat de la FAO, la Conférence internationale sur la réforme agraire et le développement rural (CIRADR, Porto Alegre, 2006)

Michel David, paysan dans l'Aude, secrétaire national de la Confédération Paysanne.

mardi, septembre 22 2009

Un texte des Sans Terre du Brésil...

« Il y a 25 ans, à Cascavel (Paranà), des centaines de travailleurs ruraux ont décidé de fonder un mouvement social paysan autonome pour lutter en faveur de la Réforme agraire et des transformations sociales. C’étaient des posseiros (possédants), des migrants, des métayers, des parceiros (1) , des petits agriculteurs sans terre, privés de leur droit à la production et expulsés de la campagne brésilienne par un projet autoritaire, lancé par la dictature militaire. Un projet qui annonçait une “modernisation” des campagnes quand, en vérité, il encourageait l’usage massif d’agro-toxiques et favorisait la mécanisation; tout en concentrant davantage encore le contrôle de l’agriculture entre les mains des grands conglomérats agro-industriels.

Mais il serait injuste de dire que le MST est apparu ainsi. Les graines du MST étaient peut-être déjà en terre lorsque les premiers indigènes se soulevèrent contre la commercialisation et l’appropriation des terres par les envahisseurs portugais. Des terres qui étaient jusque-là considéraient comme un bien collectif. Comment imaginer le Mouvement des Sans Terre aujourd’hui, sans l’exemple de Sepé Tiarajù et de la communauté Guarani qui défendit sa « Terre sans Maux »? Ou de la résistance collective des Quilombos (anciens esclaves) ou de la communauté Canudos? De l’indignation organisée de Contestado? Comment imaginer notre mouvement sans l’apprentissage et l’expérience des Ligas Camponesas ou du Mouvement des Agriculteurs Sans Terre – Master ?

Nous nous sommes sentis les héritiers et disciples de ces luttes. Et nous sommes aussi le produit de ces luttes qui nous ont forgés dès notre naissance : du syndicalisme combatif, de la liberté politique et du mouvement “Diretas-Jà” (2) en 1984. Dès notre premier congrès, nous avons affirmé que “Sans Réforme Agraire il n’existe pas de démocratie”. Et avec cet élan, nous nous sommes engagés dans l’élaboration d’une nouvelle constitution, approuvée en 1988, arrachant entre autres victoires les articles 184 et 186, qui garantissent la désappropriation des terres qui ne répondent pas à leur fonction sociale, c'est-à-dire à une fonction productive.

Les congrès nationaux du MST – qui se tiennent tous les 5 ans- témoignent des réalisations communes, des luttes et des projets du Mouvement. Ils reflètent aussi le contexte dans lequel se trouve notre pays à ce moment-là, la situation de la classe ouvrière paysanne et les défis qu’elle va devoir affronter. Dès le début, nous avons connu la rage et la violence du latifundio. Une colère qui coûta la vie à plus de mille travailleurs et défenseurs de la Réforme Agraire ces dernières 10 années. Et qui nous a privé de compagnons et compagnonnes de valeur : Padre Josimo, Dorcelina Folador, Roseli Nunes, Fusquinha, Doutor, Oziel, Antônio Tavares...

Un latifundio qui n’a pas honte d’apparaitre publiquement et officiellement en créant un parti politique comme l’Union Démocratique Rurale (UDR) qui défend la violence armée contre la Réforme Agraire et toutes et tous ceux qui luttent pour elle. Tandis que dans le même temps, il défend ses intérêts au Congrès sur le “banc”des ruraux.

Très vite, nous avons aussi appris que les intérêts du latifundio trouvent dans les appareils d’Etat, ses meilleurs outils de répression et d’omission. Ce fut ainsi avec le Premier Plan National de Réforme Agraire, sous le gouvernement Sarney, durant lequel 6% à peine des objectifs furent atteints – près de 90 000 familles – et encore, grâce à la pression des occupations de terre. Et quand il n’avait pas recours à la bureaucratie ou au manque de volonté politique pour déstabiliser la Réforme Agraire, l’Etat l’oubliait ou provoquait ou déclenchait des conflits. Ce fut le cas lorsque Fernando Collor était à la tête de la présidence, avec des vagues d’assassinats et des arrestations arbitraires.

Notre réponse fut dans l’organisation, dans l’expansion du Mouvement au niveau national, dans l’avancée dans le domaine de la production. Comme le dit la devise de notre Second Congrès en 1990, “Occuper, Résister et Produire”.C’est dans les pires moments de répression, lors de la mise en place des premiers campements, que nous avons compris la valeur de la solidarité. Elle s’est manifestée de manière organisée par l’intermédiaire des actions des syndicats, des partis, de la Commission Pastorale de la Terre et de nombreuses fois de manière anonyme, dans les gestes de milliers de personnes soutiens et de sympathisants à notre lutte. Comme les cent mille personnes qui nous reçurent à Brasilia, à l’arrivée de la Marche Nationale pour la Réforme Agraire, en 1997. A cet instant, nous commémorions les un an de l’assassinat de 19 compagnons à Eldorado de Carajas, dans le Parà. Crime qui est resté impuni jusqu’à aujourd’hui.

Nous nous sommes construits, par conséquent, autour de ce principe de solidarité. Ainsi la Réforme Agraire n’est pas une lutte qui se fait seulement au bénéfice des paysans, mais c’est aussi une manière d’améliorer la vie de ceux qui vivent dans les villes, avec un ralentissement de l’urbanisation et avec la production d’aliments sains et accessibles pour les travailleurs. Nous avons exprimé cette idée dans notre Troisième Congrès (1995), avec le mot d’ordre “Réforme Agraire. Une lutte de tous”. Et avec ces militants et militantes du peuple, nous avons compris que la Réforme Agraire ne pouvait pas être une politique isolée des autres changements dont le peuple brésilien a besoin, qu’il était nécessaire de construire un Projet Populaire pour le Brésil. Notre contribution pour un pays plus juste et souverain occupa l’essentiel des déclarations du Congrès de l’an 2000 : “Réforme Agraire pour un Brésil sans latifundio” (2000).

Ce mot d’ordre se matérialise dans l’idée d’un « autre Brésil » que nous voulons construire au quotidien. Par l’intermédiaire de plus de 400 associations et coopératives qui travaillent dans une logique collective pour produire des aliments non transgéniques et sans agro-toxiques. Au travers des 96 agro-industries qui améliorent la rente et les conditions de travail aux champs, mais aussi offrent des aliments de qualité et un prix bas dans les villes. Un autre pays que nous construisons avec la mise en place de 2000 écoles publiques dans les campements qui garantissent l’accès à l’éducation à plus de 160 000 enfants et adolescents Sans Terre et qui ont permis d’alphabétiser 50 000 adultes et jeunes ces dernières années. Ou encore, plus de 100 cours diplômant en partenariat avec des universités partout au Brésil. Le pays que nous voulons construire pour tous existe déjà aujourd’hui, quand nous pouvons nous féliciter qu’aucun enfant n’a faim dans les campements du MST. C’est une réalité pour les 350 000 familles qui ont conquis une terre et ont retrouvé leur dignité au long de ces 25 années.

Il est certain que nous avons déjà fait beaucoup. Mais, d’autres défis que nous rêvons au moins d’affronter nous attendent. L’agriculture souffre des changements induits par 8 années de néolibéralisme du gouvernement Fernando Henrique Cardoso. Cette logique n’a pas été totalement remise en cause avec le gouvernement Lula. Les mécanismes d’Etat dans le domaine de l’agriculture ont été démantelés un à un : le contrôle des prix, l’approvisionnement, la recherche, l’assistance technique. Le néolibéralisme dans le domaine de l’agriculture a ouvert la voie à la mise sous contrôle de notre agriculture -de la mise en culture à la commercialisation- par une poignée d’entreprises étrangères – toutes appartenant à des banques étrangères. Leur emprise s’étend aussi les terres, les agro-industries, les supermarchés... Ils définissent les prix des aliments dans les bourses de valeurs, et transforment de nouveau notre pays en une vaste colonie.

A la place de cultures diversifiées, les champs sont maintenant occupés par la canne à sucre – pour produire du combustible pour les Etats-Unis, par le soja – pour les rations destinées aux animaux en Europe et par la cellulose – pour le papier destiné au monde entier. Les monocultures prennent notre territoire et le redivisent, créant une inflation du prix de la terre, réduisant la production d’aliments et générant une grande crise alimentaire mondiale. Un scénario qui se répète – sans que les entreprises n’évoluent, seulement les monocultures – sur les cinq continents. Expulsant les paysans et affectant la production d’aliments pour les travailleurs des villes.

Ainsi, la lutte pour la Réforme Agraire devient chaque fois un peu plus internationale, car les obstacles à la démocratisation de l’accès à la terre ne se trouvaient pas seulement au Brésil – au niveau de l’Etat ou dans l’action des propriétaires de latifundio – mais ils faisaient aussi partie du mouvement du capital financier international. Et la réponse à la mondialisation de la misère est la mondialisation de la lutte, par l’intermédiaire, par exemple, de Via Campesina, qui a regroupé les mouvements paysans du monde entier autour de la Réforme Agraire et de la souveraineté alimentaire, soit du droit que les peuples – et non des marchés – à décider d’une production qui puisse garantir une alimentation suffisante pour tout le monde.

Le latifundiario improductif s’est associé au fil des années au capital financier international, mais il n’a rien perdu de sa nature violente et oppressante. Cette nature, qui s’est manifestée par exemple, lorsque les milices de l’entreprise suisse Syngenta Seeds assassinèrent Valmir Motta, ou Keno, au Parana. Keno et de nombreuses autres familles dénonçaient la contamination transgénique du Parc National de Iguaçu, et ils proposaient de construire à la place une aire de production agro-écologique. Ou encore, quand les femmes de Via Campesina subirent la répression pour avoir dénoncé la monoculture de la cellulose dans le sud du pays. Une violence dont les indigènes, Quilombolas et sans terres sont témoins tous les jours, l’entreprise Vale do Rio Doce détruisant l’environnement de manière accélérée pour remettre plus encore de bénéfices dans les bourses de l’hémisphère nord.

Pour que nous réalisions finalement une vraie Réforme Agraire dans notre pays, il est maintenant nécessaire de lutter contre l’agrobusiness et les intérêts du capital international. Réaliser la Réforme Agraire que nous défendons c’est libérer ces terres pour produire des aliments et créer des conditions de vie dignes à la campagne comme à la ville, construire une société dans laquelle notre peuple prend son destin en main et décide du chemin qu’il veut suivre. C’est pour cela que notre Cinquième Congrès affirme que nous luttons pour la “Réforme Agraire, Justice Sociale et Souveraineté Populaire”. Fêter ses 25 ans et devenir le mouvement paysan le plus ancien qui n’ait jamais existé dans l’Histoire du Brésil, c’est une responsabilité pour nous. C’est réaffirmer les valeurs de la solidarité; c’est réaffirmer le compromis pour une société plus juste et égalitaire; c’est maintenir l’accès au legs de milliers de “lutteurs” du peuple; c’est utiliser tous les jours sa capacité à s’indigner et à agir pour transformer la société; c’est ne pas perdre la valeur de l’étude et apprendre tout au long de sa vie. Et, fondamentalement, c’est réaffirmer notre engagement dans l’organisation des paysans pauvres. Avoir 25 ans est un motif de célébration mais c’est aussi le moment de regarder devant nous et de nous rendre compte que si des choses importantes ont déjà été faites, il reste encore beaucoup à faire pour que la Réforme Agraire soit effective dans notre pays et que tous les êtres humais puissent mener une vie digne. »

Mouvement des Sans Terre

(1) Parceiro : Au Brésil, c’est un travailleur, qui selon un accord initial réalisé avec le propriétaire de la terre, utilise la propriété dans son intégralité et divise la production obtenue selon la proportion initialement fixée (moitié, un tiers, un quart...) Ce type de traitement de la terre prédomine dans les cultures temporaires, soit dans les cultures de cycle court, encore aujourd’hui présentes dans certains zones du Brésil comme, par exemples, certaines parcelles de la région du Nordeste, où l’on pratique l’élevage extensif. (2) Diretas-Jà : Mouvement civil de revendications pour les élections présidentielles directes qui eurent lieu en 1984 au Brésil. La possibilité d’élections directes pour le Président de la République s’est concrétisée avec le vote de proposition d’amendement Constitutionnel Dante de Oliveira pour le Congrès. Néanmoins, la proposition d’amendement a été rejetée, frustrant la société brésilienne. Les adeptes du mouvement ont conquiert une victoire partielle en janvier de l’année suivante quand un de ses leader, Tancredo Neves, fut élu Président du Collège Electoral.

vendredi, septembre 18 2009

Les 25 ans en image...

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