Les 27 et 28 janvier 2011, APEF organisait 2 jours de formation sur la démocratie et la participation citoyenne à Lwiro (axe nord de Bukavu) avec une quarantaine de participants, hommes et femmes membres des groupements ruraux.
Cette formation menée par l’AFEJUCO (Association des femmes juristes du Congo) était très attendue par les participants qui voient se rapprocher novembre 2011 et l’échéance des prochaines élections présidentielles et législatives. Depuis quelques semaines, aussi, on entend parler de la révision de la Constitution qui fait s’élever beaucoup de voix et interroge grandement.

Les participants se sont montrés attentifs et très participatifs, n’hésitant pas à poser des questions ou faire part de leurs réactions.
Les interventions de Georgette et Edwige de l'AFEJUCO ont su mêler données officielles et exemples du quotidien pour mieux illustrer le rôle et les devoirs des politiques et citoyens, capter l’attention et encourager la réflexion au sein des bénéficiaires.
Des propos lucides qui ont dénoncé non seulement le non respect du droit au Congo par les élites et élus en place, mais aussi l’attentisme et la lâcheté d’une population qui est divisée et ne sait pas assez soutenir les élans du changement.
Objectifs de la formation annoncés par l’AFEJUCO :
- préparer les citoyens aux futures élections, et encourager particulièrement les femmes à se présenter à des postes-clés dans les partis politiques et à voter
- faire comprendre comment le pays évolue, informer sur les conditions de mise à jour du fichier électoral et la réforme de la Constitution
- faire comprendre comment chacun peut contribuer à la reconstruction du pays et aider les autorités à répondre de leurs responsabilités,
à s'élever dans leurs postes

Les femmes congolaises représentent 72% de la population, mais sont seulement 52% à être inscrites sur le fichier électoral.
Le gouvernement national compte 4 femmes sur 54 ministres ; sur 36 députés à l’Assemblée provinciale du Sud-Kivu, 3 seulement sont des femmes.
Pourquoi les femmes sont-elles sous représentées ou ne s’intéressent-elles pas à la politique ?
Plusieurs explications ont été partagées au sein du groupe : « Les femmes travaillent pour elles-mêmes ou leur famille mais pas pour les autres » ; « Les femmes n’acceptent pas d’être dirigées par des femmes et on ne voit pas comment elles pourraient diriger des hommes » ; « Pour un homme, c’est honteux de voter pour une femme »
Mais les participants ont aussi reconnu que la méfiance vis-à-vis des femmes ou leur démobilisation s’expliquait également par « ignorance, parce que l’on n’est pas sensibilisés pour les soutenir. »
Les 2 juristes ont encouragé les femmes à devenir observatrices auprès de la CEI (Commission électorale indépendante) - pour veiller à une meilleure transparence des votes, éviter les tricheries, aider sans influencer ceux qui ont du mal à remplir leur bulletin au moment des élections - et à aller elles-mêmes voter, « le vote est secret, vous n’êtes pas obligées de dire à votre mari pour qui vous avez voté. »
Révision de la Constitution
La révision de 8 articles de la Constitution adoptée par les députés nationaux (majorité présidentielle) démontre explicitement la volonté de détourner le fonctionnement démocratique pour tranquillement affirmer la pérennité d’un pouvoir autocratique, s’assurer de la compromission d’une même élite et évincer la capacité de participation des citoyens.
Art. 71 : Les 2 tours de l’élection présidentielle sont supprimés, 1 seul tour sera désormais organisé.
Art.110 : Les ministres qui auraient préalablement été députés retrouveront automatiquement, après leur mandat au gouvernement, leurs places et prérogatives de députés.
Art.126 : Les provinces ont désormais le droit de souscrire à des crédits, si leur budget n’est pas suffisant.
Art.197 : L’Assemblée provinciale ne pourra plus révoquer son gouverneur (comme cela s’est d’ailleurs produit à 3 reprises au Sud-Kivu), seul le Président de la République en aura le droit.
Art.218 : Pour qu’une révision de la Constitution entre en vigueur sans l’obligation d’organiser un référendum, les députés n’auront plus besoin d’une majorité à 60% mais à 50% plus 1 voix.
« Celui qui veut prendre ton champ ne va pas te montrer sa limite. »
Adage pertinent utilisé par une des formatrices, qui résume bien la démarche politique congolaise actuelle.
Pour clore la journée, un temps de réflexion en sous-groupes l’après-midi, est venu relancer la question de la place de la femme dans les élections, pour ainsi mieux en débattre le lendemain :
Une femme a-t-elle le droit d’être élue, quel est l’intérêt d’élire une femme ?
Que pouvons-nous faire pour qu’une femme occupe un poste de décision ?
Tracez le profil d’un bon candidat aux élections.
Pour moi, l’observation était hélas terminée ; mieux valait s’assurer d’être à Bukavu avant la nuit, alors nous avons pris la route. Je suis donc restée sans réponse à ces questions !
L’AFEJUCO
L’association des femmes juristes du Congo, composée de femmes avocates et magistrates, collabore avec l’APEF depuis 3 ans.
L’objectif de l’association est de lutter pour la promotion des droits des femmes et des enfants par la sensibilisation et la vulgarisation des lois qui les protègent.
L’association organise des formations, des conférences, publie des recherches et anime des émissions de radio. Au sein de ses cliniques juridiques, elle accueille les femmes, des avocats les renseigne et les accompagne dans leurs démarches en justice.
Avec l’APEF, l’AFEJUCO intervient pour le cycle de formations sur les droits des femmes et la démocratie : droit du travail, droit familial (mariage, héritage), droit foncier, droits politiques. « L’APEF a le même souci que nous de promouvoir la femme et de lui donner les moyens d’agir dans son quotidien. Nous cheminons ensemble pour atteindre cet objectif. A chaque séance, nous observons des impacts immédiats : une femme s’engage à mobiliser 100 femmes pour les prochaines élections, un homme comprend la nécessité de régulariser son mariage et s’y engage devant le groupe, etc. »
Nota Bene
Une pétition est lancée qui devra réunir 100 000 signatures et ainsi obliger les députés à annuler les révisions de la Constitution. Pétition lancée par l’opposition à travers le pays, notamment par Vidal Kamere, enfant du Kivu, ancien président du Parlement qui a démissionné et semble actuellement le seul candidat de taille pour concurrencer Joseph Kabila.
Déjà des contre-manifestations, organisées et payées par le parti présidentiel veulent empêcher ces signatures et intimider les opposants. Les étudiants à Butembo (à 2 jours de voyage en bus de Bukavu) qui ont voulu manifester, informer sur la pétition et récolter des signatures ont tous été arrêtés par la police.
On raconte même que la loi électorale pourrait être amendée pour mieux avantager le président actuel : une limite d’âge à 68 ans pour empêcher un candidat de 75 ans de se présenter, une condition empêchant les présidents du Parlement à devenir candidat à l’élection présidentielle, excluant ainsi d’office Vidal Kamere.
L’avenir proche nous dira si ces mesures orientées et opportunistes seront adoptées…