...à la rencontre du Congo

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vendredi, avril 22 2011

Mon aventure congolaise se termine...

Après des aurevoirs sur plusieurs jours pour n’oublier personne à Bukavu ou à Kigali, j’ai atterri à Lyon mercredi 6 avril avec des images plein la tête et des émotions plein le cœur. Une journée d’évaluation à Paris avec l’équipe accueillante de FdH, et voilà que s’ouvre maintenant à moi une nouvelle étape de vie.


Aurevoir_d__APEF.jpgDes_amis_et_une_Albane_dans_les_bras.jpgavec_Daniella__Fidele__Nicole.JPGLes_5_volontaires_bukaviens_Marie__Samuel__Cecile__Freddy_et_Albane.JPG






Merci à vous tous qui m’avez guidée et accompagnée pendant mon séjour congolais et avez fait de cette expérience un moment de vie unique et inoubliable !

Merci à vous qui m’avez ouvert votre quotidien, offert votre amitié, fait partager vos idées et vos engagements, vos cris de colère et d’espoir.


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Cette géante carte du Congo ne sera plus anonyme pour moi, elle sera colorée de rires et d’immensités vertes !

Et je continuerai à suivre d’ici la marche encore fragile vers la paix et la démocratie de ces congolais debout qui agissent, comme APEF, pour le changement !

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mercredi, février 2 2011

Construire la paix et la démocratie d'abord par des formations

Les 27 et 28 janvier 2011, APEF organisait 2 jours de formation sur la démocratie et la participation citoyenne à Lwiro (axe nord de Bukavu) avec une quarantaine de participants, hommes et femmes membres des groupements ruraux.

Cette formation menée par l’AFEJUCO (Association des femmes juristes du Congo) était très attendue par les participants qui voient se rapprocher novembre 2011 et l’échéance des prochaines élections présidentielles et législatives. Depuis quelques semaines, aussi, on entend parler de la révision de la Constitution qui fait s’élever beaucoup de voix et interroge grandement.

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Les participants se sont montrés attentifs et très participatifs, n’hésitant pas à poser des questions ou faire part de leurs réactions.

Les interventions de Georgette et Edwige de l'AFEJUCO ont su mêler données officielles et exemples du quotidien pour mieux illustrer le rôle et les devoirs des politiques et citoyens, capter l’attention et encourager la réflexion au sein des bénéficiaires.
Des propos lucides qui ont dénoncé non seulement le non respect du droit au Congo par les élites et élus en place, mais aussi l’attentisme et la lâcheté d’une population qui est divisée et ne sait pas assez soutenir les élans du changement.

Objectifs de la formation annoncés par l’AFEJUCO :

  1. préparer les citoyens aux futures élections, et encourager particulièrement les femmes à se présenter à des postes-clés dans les partis politiques et à voter
  2. faire comprendre comment le pays évolue, informer sur les conditions de mise à jour du fichier électoral et la réforme de la Constitution
  3. faire comprendre comment chacun peut contribuer à la reconstruction du pays et aider les autorités à répondre de leurs responsabilités, à s'élever dans leurs postes

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Les femmes congolaises représentent 72% de la population, mais sont seulement 52% à être inscrites sur le fichier électoral.
Le gouvernement national compte 4 femmes sur 54 ministres ; sur 36 députés à l’Assemblée provinciale du Sud-Kivu, 3 seulement sont des femmes.

Pourquoi les femmes sont-elles sous représentées ou ne s’intéressent-elles pas à la politique ?
Plusieurs explications ont été partagées au sein du groupe : « Les femmes travaillent pour elles-mêmes ou leur famille mais pas pour les autres » ; « Les femmes n’acceptent pas d’être dirigées par des femmes et on ne voit pas comment elles pourraient diriger des hommes » ; « Pour un homme, c’est honteux de voter pour une femme »
Mais les participants ont aussi reconnu que la méfiance vis-à-vis des femmes ou leur démobilisation s’expliquait également par « ignorance, parce que l’on n’est pas sensibilisés pour les soutenir. »

Les 2 juristes ont encouragé les femmes à devenir observatrices auprès de la CEI (Commission électorale indépendante) - pour veiller à une meilleure transparence des votes, éviter les tricheries, aider sans influencer ceux qui ont du mal à remplir leur bulletin au moment des élections - et à aller elles-mêmes voter, « le vote est secret, vous n’êtes pas obligées de dire à votre mari pour qui vous avez voté. »

Révision de la Constitution

La révision de 8 articles de la Constitution adoptée par les députés nationaux (majorité présidentielle) démontre explicitement la volonté de détourner le fonctionnement démocratique pour tranquillement affirmer la pérennité d’un pouvoir autocratique, s’assurer de la compromission d’une même élite et évincer la capacité de participation des citoyens.

Art. 71 : Les 2 tours de l’élection présidentielle sont supprimés, 1 seul tour sera désormais organisé.
Art.110 : Les ministres qui auraient préalablement été députés retrouveront automatiquement, après leur mandat au gouvernement, leurs places et prérogatives de députés.
Art.126 : Les provinces ont désormais le droit de souscrire à des crédits, si leur budget n’est pas suffisant.
Art.197 : L’Assemblée provinciale ne pourra plus révoquer son gouverneur (comme cela s’est d’ailleurs produit à 3 reprises au Sud-Kivu), seul le Président de la République en aura le droit.
Art.218 : Pour qu’une révision de la Constitution entre en vigueur sans l’obligation d’organiser un référendum, les députés n’auront plus besoin d’une majorité à 60% mais à 50% plus 1 voix.

« Celui qui veut prendre ton champ ne va pas te montrer sa limite. »
Adage pertinent utilisé par une des formatrices, qui résume bien la démarche politique congolaise actuelle.

Pour clore la journée, un temps de réflexion en sous-groupes l’après-midi, est venu relancer la question de la place de la femme dans les élections, pour ainsi mieux en débattre le lendemain :

Une femme a-t-elle le droit d’être élue, quel est l’intérêt d’élire une femme ?
Que pouvons-nous faire pour qu’une femme occupe un poste de décision ?
Tracez le profil d’un bon candidat aux élections.

Pour moi, l’observation était hélas terminée ; mieux valait s’assurer d’être à Bukavu avant la nuit, alors nous avons pris la route. Je suis donc restée sans réponse à ces questions !

L’AFEJUCO

L’association des femmes juristes du Congo, composée de femmes avocates et magistrates, collabore avec l’APEF depuis 3 ans.
2femmes2.JPG L’objectif de l’association est de lutter pour la promotion des droits des femmes et des enfants par la sensibilisation et la vulgarisation des lois qui les protègent.
L’association organise des formations, des conférences, publie des recherches et anime des émissions de radio. Au sein de ses cliniques juridiques, elle accueille les femmes, des avocats les renseigne et les accompagne dans leurs démarches en justice.

Avec l’APEF, l’AFEJUCO intervient pour le cycle de formations sur les droits des femmes et la démocratie : droit du travail, droit familial (mariage, héritage), droit foncier, droits politiques. « L’APEF a le même souci que nous de promouvoir la femme et de lui donner les moyens d’agir dans son quotidien. Nous cheminons ensemble pour atteindre cet objectif. A chaque séance, nous observons des impacts immédiats : une femme s’engage à mobiliser 100 femmes pour les prochaines élections, un homme comprend la nécessité de régulariser son mariage et s’y engage devant le groupe, etc. »

Nota Bene
Une pétition est lancée qui devra réunir 100 000 signatures et ainsi obliger les députés à annuler les révisions de la Constitution. Pétition lancée par l’opposition à travers le pays, notamment par Vidal Kamere, enfant du Kivu, ancien président du Parlement qui a démissionné et semble actuellement le seul candidat de taille pour concurrencer Joseph Kabila.
Déjà des contre-manifestations, organisées et payées par le parti présidentiel veulent empêcher ces signatures et intimider les opposants. Les étudiants à Butembo (à 2 jours de voyage en bus de Bukavu) qui ont voulu manifester, informer sur la pétition et récolter des signatures ont tous été arrêtés par la police.
On raconte même que la loi électorale pourrait être amendée pour mieux avantager le président actuel : une limite d’âge à 68 ans pour empêcher un candidat de 75 ans de se présenter, une condition empêchant les présidents du Parlement à devenir candidat à l’élection présidentielle, excluant ainsi d’office Vidal Kamere.
L’avenir proche nous dira si ces mesures orientées et opportunistes seront adoptées…

vendredi, décembre 24 2010

Un très joyeux Noël !

Juste une pensée pour vous tous en cette période de fin d'année !

Même si la neige n'est pas là, on a essayé de donner une petite ambiance de Noël à la maison ! Sapins et guirlandes clignotantes, ça dénote du climat local !

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Et au pied du sapin, les petites boules rouges sont bien des fraises !!

jeudi, octobre 21 2010

Commémoration à Mwenga, 16 octobre

Un des moments forts de cette rencontre mondiale des femmes fut le RDV de Mwenga, le samedi 16 octobre. A 6h du matin, plus d’une vingtaine de véhicules tous terrains et taxi-bus s’élancent sur les 4 heures de route boueuse et chaotique qui nous éloignent de Bukavu.

DSC01793.JPGLes paysages défilent : collines verdoyantes où les villages semblent absents et ne se devinent que par les bananeraies éparpillées ou par le défilé sporadique de femmes chargées de lourds fardeaux (la tête abattue, le corps courbé, leur marche aujourd’hui sera celle du quotidien : aller au marché dans l’espoir de revenir le dos plus léger et un nœud du pagne garni de quelques billets) ; puis successions de palmiers au creux de hautes montagnes au vert tendre et maisons de torchis aux toits de feuilles de palmiers.

DSC01794.JPGAu fur et à mesure que l’on se rapproche, des banderoles se font plus présentes, des écoliers en uniforme bleu et blanc chantent à un virage ou à l’entrée d’un village, des groupes de femmes embrassent les voitures dans des rythmes joyeux qui pourtant clament ‘qu’ici les gens meurent, qu’on viole et qu’on tue’. Puis des vagues de femmes en pagnes aux slogans et couleurs du jour pressent le pas des deux côtés de la route et se concentrent dans la même direction : on arrive à Mwenga.

Impressionnants cortèges multicolores et bigarrés qui accueillent les délégations du monde où l’Afrique et les populations immigrées d’Europe sont largement représentées et ne font pas tant pâlir la couleur des visages ! DSC01804.JPGDSC01805.JPG Aux rythmes incessants, les corps se balancent et brandissent pancartes et banderoles : noms d’associations et groupements, slogans du jour ou messages de soutien au couple présidentiel ; on finit par se demander si la foule amassée sur le vaste et plat terrain de football ne lance pas la future campagne présidentielle ! (c’est le triste jeu des récupérations politiques qui ne surprend plus dans un pays où la liberté d’expression est encore vacillante). La pluie d’octobre est là aussi, douce bénédiction qui ne décourage pourtant pas les ardeurs dansantes ; une farandole d’immenses parapluies arc-en-ciel s’ouvre et nargue alors le ciel gris.

DSCN5665.JPGNotre petit comité formé d’Anny, Responsable du Service animation d’APEF, d’une religieuse Directrice du Collège Jeanne de l’Estonnac de Bukavu, de Cécilia, représentante de Frères des Hommes Belgique et moi, finit par se diriger à l’intuition vers le lieu de mémoire qui sera célébré cet après-midi. Un immense chapiteau dressé pour l’occasion fait face à une petite chapelle construite sur le lieu du massacre des 14 femmes et 1 homme enterrés vivants en octobre 1999.

DSCN5678.JPG Leur mort devait servir d’exemple pendant la guerre et dissuader la population prête à soutenir l’armée Maï Maï (armée de résistance constituée de civils congolais). Accusés de sorcellerie et soupçonnés d’insuffler sa force à l’armée Maï-Maï, ils devaient être éliminés. C’est un général d’origine rwandaise mais incorporé dans l’armée congolaise qui décida du supplice : les fouetter d’abord, introduire des piments dans les parties génitales et en enduire les corps nus, les faire défiler à travers le village et les enterrer vivants dans une fosse remplie d’eau salée avant de combler de terre et ne laisser dépasser que les mains des bras levés. Abominable supplice, machiavélique scénario d’un militaire toujours en exercice à ce jour !DSC01815.JPG

Le curé de la paroisse et une femme représentante de la société civile ont rappelé les faits et réclamer que justice soit faite. Une seule survivante qui avait alors 13 ans à l’époque devait témoigner mais l’émotion l’en a empêchée. La Présidente internationale de la Marche mondiale et la représentante du Comité d’organisation local ont redit la nécessité de ne pas laisser dans l’oubli un événement qui témoigne d’atrocités encore subies par les femmes et qui explique la mobilisation des femmes du monde entier pour faire cesser cette guerre souterraine toujours latente dans la Région des Grands lacs.

La Ministre du Genre et de la Famille a eu un discours percutant et incisif. Voici pêle-mêle quelques citations : Un dialogue non seulement entre les pays de la région des Grands Lacs mais à l’intérieur de ces pays doit être instauré ; un dialogue inter-rwandais, inter-congolais, inter-burundais, inter-ougandais pour qu’enfin la paix devienne une priorité. (…) Les conflits et les intérêts armés, sous couvert de convois humanitaires, sont venus piller les ressources de la région du Kivu ; qu’un autre convoi humanitaire se forme aujourd’hui pour les faire partir. (…) DSCN5699.JPGMwenga, tu n’es plus seule, les femmes du monde entier ont entendu ton cri et se sont levées ; elles sont venues aujourd’hui ici te rencontrer, pour faire pression sur la Communauté internationale et assurer que ‘tant que les femmes subiront des violences, quel que soit l’endroit dans le monde, les autres femmes du monde seront là, se lèveront et marcheront.’
Une clameur s’élève d’une seule voix dans l’assemblée scandant par trois fois : « So-so-so Solidarité avec les femmes du monde entier ! »

Discours criant de vérité mais politiquement correct pour l’occasion car on ne peut s’empêcher de s’interroger sur ce qui peut en découler ou sur ce qui aurait dû et pu être fait depuis tant d’années ! Malgré les Accords de Nairobi et de Goma de 2007-2008 engageant les divers groupes armés à cesser le combat, malgré les opérations Kimia I et II et actuellement Amani Leo initiant la coopération entre l’armée gouvernementale congolaise, les FARDC, et les forces des Nations unies (MONUSCO – Mission des Nations unies pour la stabilité en RDC) pour combattre les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda, accusées d’avoir commis le génocide de 1994), la situation sécuritaire aux deux Kivu reste extrêmement instable et les populations civiles continuent d’être pillées, enlevées, violées et tuées. Etonnant quand d’aucuns reconnaîtront que les zones contrôlées par les rebelles pour l’extraction des minerais sont restreintes et facilement isolables, quand les tensions et exactions continuent dans certains territoires sensibles où seules la Monusco et certaines ONG peuvent passer…

Cette journée en photos
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vendredi, octobre 8 2010

La Marche mondiale des femmes se prépare ici à Bukavu

logo MMF2010Du 13 au 17 octobre, Bukavu accueillera la 3ème Marche Mondiale des femmes.

A Bukavu, on veut vraiment parler de la possibilité de construire la paix, la justice et l'égalité entre les femmes et les hommes et agir contre toutes les causes de la guerre, explique Miriam Nobre, Coordinatrice internationale de cette marche.

Nous avons décidé d’y aller, d’abord pour exprimer notre solidarité avec les femmes qui résistent quotidiennement dans un contexte de conflit armé, en particulier les femmes de la région Est de la RDC. Mais aussi, nous serons à Bukavu pour continuer notre travail de réflexion et de dénonciation de la militarisation croissante du monde

La Marche s'organisera autour de 3 questions clés:

  • la prévention et la lutte contre la violence envers les femmes
  • le retrait progressif de la Monusco et le rôle de l’armée congolaise
  • l’auto-détermination du peuple congolais concernant l’utilisation des richesses de son territoire.

Des panels/conférences-débats, une foire de souveraineté alimentaire et culturelle sont prévus en ville, à Bukavu. Un centre polyvalent de formation pour femmes sera inauguré dans le territoire de Walungu, à Mwenga, village qui a connu un massacre atroce lors des conflits armés des années 1998-2009 : 13 femmes congolaises enterrées vivantes le 24 août 1999 par l'armée rwandaise. La semaine se clôturera par une Marche regroupant des délégations du monde entier.

Mais vu d'ici, que se passe-t-il ?
APEF fera bien sûr partie des organisations participantes à la Marche. D'ailleurs les femmes teinturières préparent un pagne spécial avec le logo de la Marche. Des représentantes des teinturières, savonnières, tricoteuses et brodeuses exposeront lors de la foire. Des calicots (banderoles) sont en réflexion pour rendre visibles les revendications des femmes en matière de paix lors de la Marche de dimanche.

Pourtant, à part 2 banderoles officielles repérées le long de la route principale, on n'a vraiment pas la sensation que la ville est en ébullition et s'apprête à accueillir des milliers de femmes du monde entier... C'est à peine si on en entend parler.
Il faut dire que les choses ont mis du temps à s'organiser. Des groupes de travail par thématique devaient réunir des représentants de toutes les organisations locales défendant les intérêts de la femme.
Mais les groupes se sont très irrégulièrement réunis, devenant souvent des enjeux de pouvoirs qui ont empêché le travail collectif. Le comité d'organisation non content de réclamer une adhésion collective puis individuelle aux participantes a fini d'inquiéter sur ses véritables intentions quand il a exclu les femmes politiques ou trop impliquées sur la scène de la société civile. "Cet événement doit être celui de toutes les femmes et non pas récupéré".
Sauf qu'en agissant ainsi, il a aussi privé le collectif d'organisation de compétences et d'expériences qui auraient été fort utiles pour organiser un événement mondial comme celui-ci. Et puis l'impression que tout se préparait d'abord à Kinshasa alors que plus de 2000 Km séparent le Sud-Kivu de la Capitale, n'a pas aidé à motiver les gens.

Alors où en est-on ?
Certaines figures-clés de la mobilisation féminine de Bukavu ont finalement été recontactées. Les organisations préparent de leur côté des initiatives qui se gardent d'être présentées en collectif, de peur d'être recalées, récupérées ou de ne pas assez les mettre en valeur... Le programme n'est toujours pas arrêté officiellement et l'itinéraire que suivra la Marche reste encore inconnu...

Dur constat que de reconnaître l'impossibilité des femmes de se rassembler et de travailler ensemble pour un objectif commun.
Dur constat que de voir là encore que l'appétit individuel et mesquin prime sur l'urgence à défendre la paix et la démilitarisation dans la région des Grands lacs.

Une mobilisation mondiale se prépare, occasion de se faire entendre et de promouvoir toutes les initiatives portées à bout de bras par ces femmes et ces hommes qui veulent transformer leur société ici au Sud-Kivu. Ils montrent par leur énergie, par leurs résultats que c'est possible... Mais le verra-t-on aux yeux du monde ?

J'espère participer à certains des événements et en profiter pour vous faire goûter de l'intérieur ce que sera cette 3ème Marche mondiale des femmes !

Note :
La création de la Marche mondiale des femmes a été suscitée par l’aggravation du système néolibéral et tous les problèmes qu’il engendre à travers le monde, aggravation accentuée par la récente crise économique et financière qui touche tout particulièrement la vie des femmes.
L’impulsion est donnée en 1995 par une marche des femmes du Québec à Montréal : dès 1998, des femmes du monde entier réunies à Montréal décident d’organiser en l’an 2000 une Marche mondiale des femmes sur tous les continents et de dire la force des femmes organisées pour remodeler l’ordre social actuel qui engendre injustices, violences et pauvreté.
La Marche 2000 s’est dirigée essentiellement vers les structures gouvernementales : une pétition mondiale qui a recueilli 5 millions de signatures a été remise à New York aux Nations unies.
La Marche 2005 s’est prioritairement adressée aux femmes de la base : une Charte mondiale des femmes pour l’humanité a été adoptée et présentée le 17 octobre à Ouagadougou (Burkina Faso).
La Marche 2010 est centrée sur quatre thèmes : violences faites aux femmes, travail des femmes et autonomie, biens communs et services publics, paix et démilitarisation. Elle célèbre aussi le 100e anniversaire de la manifestation internationale du 8 mars et les 40 ans du féminisme.
www.marchemondiale.org

jeudi, juin 24 2010

Et la sécurité ? Comment fais-tu ?

Voilà un moment que je cherche comment en parler et quoi dire. Ce n’est pas simple de témoigner de ce qui se passe ici. Pas simple d’être objectif, de poser des mots, des arguments qui sont forcément tronqués puisque je ne vis qu’en partie cette réalité, que j’écoute et prends ce qu’on me dit, mais que je reste foncièrement étrangère et donc en incapacité (même involontaire) de tout comprendre, de tout saisir.

L’histoire de la RDCongo est un tel imbroglio socio-politico-mercantile remontant à la colonisation belge et entremêlant tant d’acteurs et tant d’enjeux avec en toile de fond nos pays occidentaux, Europe et Etats-Unis en tête, que forcément le puzzle est difficile à former, et les explications pour argumenter cette situation d’insécurité ne seront jamais exhaustives…
Je prendrai le temps de vous donner quelques pistes d’éclaircissements pour mieux comprendre l’origine des conflits dans cette Région des Grands Lacs, mais pour ceux qui s’y intéressent, le livre de Colette Braeckman « Les nouveaux Prédateurs » présente acteurs et enjeux de façon engagée mais assez percutante !

Alors ce que je peux vous dire, d’où je suis, sera basé sur mon quotidien. A Bukavu, on a une bizarre impression de trêve mais il ne faut pas s'y fier.
Chaque semaine, un membre d’Apef me parle d’un meurtre, d’une attaque armée, d’un viol dans le milieu rural. Chaque semaine, un membre est ‘éprouvé’, c’est-à-dire en deuil et s’absente du bureau en matinée ou en après-midi pour rejoindre la famille de sa connaissance.
A mon arrivée, on ne me disait pas tout, je m’en suis rendue compte par comparaison avec tout ce qu’on m’annonce aujourd’hui… la parole est plus libre et les gifles sont là presque quotidiennes.

  • Hier dans la région de Walungu (25 Km de Bukavu), une fusillade a eu lieu : des cailloux barraient le passage sur la route, la voiture est passée ne voyant rien aux alentours et les coups de feu sont partis, tuant un homme, marié à une femme, membre d’une association d’Apef.
  • Hier au Centre Olame, on a accueilli une femme qui a été violée : très amaigrie, ayant du mal à se déplacer, elle a été examinée par une des animatrices, son vagin est explosé, elle doit être transférée aujourd’hui à l’hôpital de Panzi, réputé pour ses soins aux femmes victimes de violences sexuelles.
  • La semaine dernière, Mihigo, le secrétaire d’Apef, apprend qu’une fille d’un de ses amis a été retrouvée morte et violée. Elle était partie à Luiro (35 Km de Bukavu) rejoindre son fiancé. Ils sont repartis de nuit en voiture, le corps de la jeune fille à été retrouvé, pas celui de son fiancé à ce jour.
  • Il y a 2 semaines, deux enfants ont été tués à 12 Km de Bukavu par un groupe armé, l'oncle qui les accompagnait et le chauffeur sont morts, la maman a été envoyée aux soins intensifs, elle s’en est sortie pour enterrer ses deux jeunes enfants de 6 et 12 ans. La femme est connue d'Apef et l’oncle était un neveu d'autres personnes que je connais.

La vie, la mort se côtoient au quotidien et touchent au plus proche ici...
Chaque semaine, on apprend de nouvelles attaques contre les populations du milieu rural, faits d’hommes armés. Qui sont-ils ? Le flou reste entretenu : les soldats du FDLR (Front démocratique de libération du Rwanda), du RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie), les Maï-Maï, l’armée congolaise mixée de tous ces courants (suite aux Accords de Goma) ou des congolais qui, à force de ne connaître que le pouvoir par la force, se sont armés et choisissent cette facilité impunie pour survivre ?

mercredi, juin 23 2010

Les élections provinciales au Sud-Kivu

Au Sud-Kivu, la campagne électorale pour le poste de Gouverneur a débuté le 8 juin 2010 et a pris fin le 12. Quatre candidats sur les onze en lice ont été invités à présenter leur programme devant les députés provinciaux du Sud-Kivu. Leurs discours étaient retransmis à la radio. Au Centre de formation d'Apef, la radio était allumée et j'ai pu attraper au vol quelques réactions du candidat de l'Alliance pour la majorité présidentielle.

Le Président Kabila est venu en personne à Bukavu soutenir 'son' candidat aux élections pour le Gouvernorat. L'Assemblée provinciale semblait pieds et poings liés, comme les déclarations à la radio ont pu le sous-entendre : "Où vous votez pour le candidat du Président, où vous devrez en subir les conséquences !", a osé un des Ministres du Gouvernement national. Au moins, les choses sont dites et pas à demi-mot !!!
Mais la liberté d'expression n'est pas égale pour tous...

Un militant congolais des Droits de l'homme, Floribert Chebeya, a été assassiné il y a 3 semaines à Kinshasa, son chauffeur est jusqu’à ce jour encore porté disparu. Normalement une enquête internationale doit démarrer. Une manifestation devait avoir lieu le jour où Kabila arrivait à Bukavu, elle a été interdite pour ne pas perturber l’ordre public ni le Président !!

Pour les élections du futur Gouverneur, on parlait de mouvements possibles de protestation mais on m'a fait comprendre aussi que le déplacement du Président aurait permis des "accords" entre dissidents présumés pour éviter les remous...
Du coup, c’est bien le candidat Cishambo qui a été élu, homme élégant d’une cinquantaine d’années qui a vécu en France plus de 10 ans. D’ailleurs sa femme et ses enfants ont la nationalité française.

Les avis ici sont partagés : devant ce faux jeu démocratique, les gens ne sont pas crédules, l’humour cynique aide à tenir dans une réalité où ‘les dés semblent pipés’. Même si Cichambo a recueilli la majorité des voix, on peut quand même reconnaître que 12 députés sur 36 ont osé un vote différent...

La politique n’a pas beaucoup de sens ici, mais les gens attendent de voir… L’ancien Gouverneur, qui avait finalement été poussé à démissionner à force de pétitions, a su démontrer combien il était facile d’utiliser les fonds publics à des fins personnelles en toute impunité… Alors les discours encourageants du nouvel élu ne présument pas encore de la qualité de son mandat intérimaire d’1 an et demi.
En tout cas, tout le monde s’accorde pour dire que c’est une chance que le Vice-Gouverneur ait, lui, été reconduit dans l’équipe provinciale ; reconnu pour son accessibilité et son ouverture à la société civile et au dialogue, il sera peut-être de bonne influence sur le nouveau Gouverneur… A suivre !

mardi, juin 22 2010

Des nouvelles de nouveau !

AlbaneVoilà plus de 2 mois que je garde le silence… Pardonnez-moi ! Je vais tenter de me rattraper… mais par quoi commencer ? Tant de petites et grandes choses ont modelé mon quotidien ; entre le travail à APEF et les sorties riches en échanges et découvertes, ces 2 mois ont été vivants ! Et pourtant j’avoue une panne d’écriture, un peu due au vol de mon ordinateur portable qui m’a sans doute plus bousculée que je n’ai osé me l’avouer.

D’ailleurs cet épisode n’est pas anodin, entre ce qu’il révèle de la réalité cachée de Bukavu et ce qu’il démontre de l’attention qui m’a été portée à Apef.
Le vol a vraisemblablement été commis par des enfants des rues, les ‘maï-bobo’, comme on les appelle ici. Ces enfants qui ont fui leur foyer, pour toutes sortes de raisons (une marâtre qui les exclue, un père ou une mère morte ou malade, des anciens enfants-soldats, etc.). habillés de guenilles, ils vous accostent pour 50-100FC, jouent les pick-pockets, sniffent l’essence ou fument le cannabis et circulent toujours en bande.
Mais que l’on ne s’y trompe pas, c’est un réseau organisé. Chaque bande a son quartier, chaque bande a un chef qui vit loin des turbulences misérables de la rue et qui récolte ce que chaque groupe d’enfants viendra chaque soir lui présenter. Ce fut là le faible espoir entretenu pour retrouver le sac-à-dos et l’ordinateur : « Si ce sont les maï-bobos, rien ne se fera sans l’accord et la décision du chef de bande. »
Il fallait donc faire vite : le chauffeur d’Apef a pris contact avec les groupes d’enfants du quartier de Nyawera, une association connue d’Apef et intervenant auprès des enfants des rues a informé ses animateurs, des messages à la radio ont été émis, chacun y est allé de son réseau et de ses moyens propres, jusqu’à faire appel à un marabout sur l’île d’Idjwi…
Par contre, personne ne m’a encouragée à porter plainte à la Police, attitude qui parle d’elle-même et révèle la représentation que les gens ont de ce service d’Etat : « Si on va les voir, non seulement ils ne bougeront pas, mais ils demanderont un ‘intéressement’ pour faire croire à l’enregistrement de la plainte. » L’ordinateur n’a pas été retrouvé. Mais je peux dire combien j’ai été touchée par les marques d’attention du personnel d’Apef, notamment de ceux qui en toute discrétion ont pris des initiatives étonnantes.
Depuis, Nunu me prête son ordinateur portable et FdH accepte généreusement de m'en fournir un autre à mon prochain retour en France.

A Apef, ces 2 derniers mois ont été occupés par quelques visites de terrain (des témoignages suivront bientôt) et l’élaboration des rapports narratifs et financiers pour l’Union européenne (échéance de rapportage pour la première année de subvention) et le Ministère des Affaires étrangères (échéance du rapportage semestriel pour la troisième et dernière année de subvention). Débute maintenant une période chargée pour Apef, entre les dernières activités financées par le MAE à réaliser, deux temps d’évaluation, un pour le Centre de formation et un autre avec les bénéficiaires pour l’année écoulée, mais surtout l’élaboration d’un nouveau programme à soumettre à l’Agence française pour le Développement… De quoi ne pas chômer pour le mois à venir et avant mon départ pour la France, le 22 juillet !

jeudi, avril 15 2010

Elections à venir...

Vous avez sans doute entendu parler du débat initié par le gouvernement congolais sur le départ des forces de l'ONU.

Vu d'ici, Les gens sont mitigés. Les Forces de la Monuc n'ont pas bonne réputation. Nombre d'exactions ont été perpétrées en sa présence. La population a peu confiance. Au contraire certains territoires sont reconnus comme fortement insécurisés alors que seule la Monuc peut y accéder... bizarre. Et comment expliquer que ces groupes armés pourtant repérés sur le territoire et pas en si grand nombre continuent à être alimentés en armes ? Il y a beaucoup de suspicions sur le rôle de la Monuc qui est vraiment perçue comme une armée en vacances ici... En échangeant à ce sujet , les gens confient facilement que ses soldats ne sont pas 'motivés' par leur mission, et qu'ils ne voient pas pourquoi ils devraient risquer leur vie pour un pays qu'ils ne connaissent pas. Vu de chez nous, cela paraît étonnant car les Forces de l'ONU sont normalement perçues comme une garantie du maintien de la paix.
Mais la composition même des Forces de l'ONU peut se questionner : pourquoi des Pakistanais, Indiens, Bangalais ? qui créent une communauté à part et n'ont pas grand'chose à partager avec la population. Ils viennent en plus en force avec la religion musulmane, ce qui avive la méfiance dans un pays à forte majorité catholique.

          Alors la population serait sans doute rassurée de les voir partir... C'est apparemment le calcul qu'a fait le gouvernement car le débat sur le départ de l'ONU cacherait plutôt des ambitions électorales. L'actuel Président Joseph Kabila n'ayant pas bonne réputation, notamment à cause de ses conseillers non-officiels qui semblent défendre d'abord leurs propres intérêts plutôt que ceux du pays, pense compter sur un sursaut de soutien de la part des citoyens.

Mais c'est oublier bien vite que la région des Kivus est encore très instable dans les territoires ruraux, que les groupes armés continuent leurs exactions et qu'on se demande s'il n'y aura jamais une fin à tout cela. L'armée congolaise est menée par "des bandits", me confiera-t-on, "Après les groupes rebelles, c'est l'armée elle-même qui pille, agresse et viole." Pour certaines personnes, le départ de l'ONU serait une porte ouverte à plus d'incivilités et de violence, "il y aurait surenchère entre les groupes armés, et certainement nos dirigeants influencent dans ce sens pour préserver leurs intérêts."

"Le drame pour le Congo, ce sont les congolais eux-mêmes !", conclura l'Abbé Dominique. "Aucun de nos dirigeants n'a d'ambition ou de projet pour le pays, chacun défend sa réussite personnelle." Les élections approchent. Elles doivent avoir lieu l'année prochaine en 2011. A force d'avoir été reportées à deux reprises, personne ne sait si elles auront réellement lieu. En tout cas, la campagne n'a pas commencé, aucun message ou programme n'a été annoncé. Et aucun candidat potentiel de l'opposition ne s'est, à ce jour, fait connaître...

mercredi, avril 14 2010

Muzungu

muzunguDéjà un mot à connaître et reconnaître dans la bouche des enfants et le regard des adultes : « muzungu » qui veut dire « blanc ».

Et bien entendu comme dans tous pays africains, hélas, ce mot est synonyme de riche, d’argent. Vous êtes repérable à 10 Km à la ronde et attirez une foule de curieux autour de vous, tous autant pressés de vous demander de l’argent, des bonbons, des chaussures, votre porte-monnaie ou vos lunettes de soleil.
Mais votre succès est tel qu’il contamine les gens que vous côtoyez : puisqu’ils sont en lien avec un muzungu, ils doivent bien en tirer profit d’une façon ou d’une autre et peuvent bien partager. Parce que bien sûr, et je ne vous apprendrai rien, chez nous les blancs, l’argent poussent sur les arbres et on le ramasse à la pelle dans la rue ! Vous aurez beau faire et dire, rien n’y changera. L’image transmise par les colons vous colle à la peau.

L’abbé Benoît parle même des effets sur eux-mêmes : « Quand les missionnaires sont venus, ils sont partis du principe que la population n’avait rien, qu’il fallait tout lui apporter, alors les gens continuent d’attendre qu’on leur donne. Même avec nous, congolais, des années plus tard, on continue à subir ce réflexe de la main tendue. Et quand on revient d’Europe, on est sûr d’être sollicité pour partager ce qu’on a pu récolter. On a beau leur expliquer ce qu’on a vu, la réalité rencontrée, tant qu’ils ne seront pas allés vérifier par eux-mêmes, ils ne croiront pas. »
Triste vérité qui se vérifie chaque jour. L’attraction du blanc est plus intense à la campagne qu’en ville, et on est toujours surpris par l’affront des demandes, mais est-ce un affront que de demander à celui qui a de toute façon en abondance ?...

Passée l’ironie, j’avoue que certaines situations sont lourdes à vivre et m’ont sidérée à plusieurs reprises. On est vraiment un porte-monnaie ambulant ou un distributeur automatique d’objets divers.

Répartie, dialogue, humour, tact et détermination… je tente comme je peux de casser cette image du blanc même si elle est encore perceptible dans le comportement de certains aujourd’hui.

mardi, avril 13 2010

Le matin au rythme bukavien

A 4h30-5h, la lumière du jour fait doucement son entrée.
Entre 5h15 et 5h30, les oiseaux font la fête dans le jardin de la Procure et les premiers rayons du soleil pénètrent dans ma chambre.
Ces 3 derniers jours, le sommeil m’a manqué et j’ai pu profiter de cette vie qui s’éveille !...

YAKUMO DIGITAL STILL CAMERA Puis les bruits de pas dans les allées, l’agitation des hommes de cuisine et les tempos du djembé, là juste derrière le mur de ma chambre. Car à 6h, chaque matin, la messe est célébrée à l’Université catholique de Bukavu. Je n’ai jamais vu la petite église, cachée derrière le bâtiment de la Procure, mais chaque matin, j’entends le bruit sourd et profond des percussions et parfois, quand elles ne me bercent pas pour mieux me garder dans les bras de Morphée, les voix claires et hautes de la chorale.

Tit tilit, tililit, à 6h55, mon réveil sonne. Le jour s’est installé dans la chambre et invite au lever. C’est à la salle à manger commune que je rejoins les habitués du petit-déjeuner à 7h15 : Cécile, les abbés Dominique, Paul et Joseph. Pas de cloche le matin, pour rameuter au repas, chacun est libre. Si d’autres visiteurs passagers de la Procure peuvent se joindre à nous, on ne verra jamais Freddy qui fait son loir jusqu’à 8h, heure du départ.

Thé ou café, pain de mie blanc de l’atelier de boulangerie à côté de la Procure, confiture artisanale de prunes locales, miel local et pâte à tartiner pour accompagner l’alternance de saucisson, fromage, sardines ou omelette. Voilà de quoi préparer la matinée au fil des informations télévisées de France 24. Les premiers échanges, les premiers traits d’humour, le ton est joyeux et amical, toujours.

Je prépare mon sandwich du midi et ‘fiop’ (comme dirait l’Abbé Dieudonné), je monte dans la jeep d’Apef que Danny conduit avec beaucoup de prévenance.
Le trajet dure un peu plus de 20 minutes, on traverse toute la ville en remontant l’avenue unique : on descend la colline de l’Economat, on passe le rond-point du 24 où déjà une foule se presse vers les taxis-brousse ou les taxis-motos, les agents de roulage font semblant de gérer la circulation, on passe devant le marché du feu-rouge (unique vestige d’un temps où ce croisement se régulait autour d’un carrefour électrifié) qui commence à s’affairer, on tourne à droite et on remonte l’avenue principale au goudron crevassé.

La circulation est déjà intense et les commerces ambulants ont déjà trouvé place. On repère ici les vendeuses de chaussures, là les vendeurs d’artisanat africain, là-bas, assis sur des chaises les Cambistes qui changent le dollar à un taux toujours identique ; on quitte la Place de la Paix, on remonte encore une colline devant l’Alliance française, la cathédrale et on redescend jusqu’au marché de Nyawera, la fameuse place où a été assassiné l’évêque bien-aimé et ‘révolutionnaire’ Munzihirwa. On passe devant les Kadhafi (vendeurs d’essence en bouteille) et on remonte encore la route jusqu’au collège Alfajiri, le grand collège encore tenu par les Jésuites.

Ici, la voiture accélère, le tronçon de route est sans défaut, Danny en profite pour prendre de l’élan et pousser les autres voitures ou motos-taxis de son klaxon ! On passe le croisement menant à la MONUC et au Consulat de France, on passe devant 2-3 sièges d’ONG (Women for Women, Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, GTZ Coopération allemande) et nous y voilà : une maison cachée derrière un portail marron et un mur de briques.

Amu Jambo ! bonjour à tous Uko bien ? tu vas bien Ulilala muzuri ? tu as bien dormi ?
Je fais le tour des bureaux pour saluer tout le monde, la journée de travail peut commencer.

samedi, mars 13 2010

Samedi 13 mars, Marche des Femmes en noir

Marche en noirMarche inter-religieuse pour dénoncer les violences faites aux femmes dans le Kivu. Une deuxième marche, un deuxième défilé qui succède de près à la JIF, mais cette fois emplie d’une vraie gravité et qui remet bien la réalité en face. Ces femmes debout malgré tout qui viennent chanter la douleur et l’injustice : « Sisi wamama wa Congo, tunateseka kwasababu ubakadi na prime » (Nous sommes les mères du Congo et nous souffrons à cause des viols et de la prime(1)).

La femme congolaise est mutilée, traumatisée, humiliée, violée. Elle se retrouve bien souvent veuve ou rejetée par sa famille (parce que violée) et abandonnée. Le viol est devenu une arme de guerre, traumatisant et humiliant toute la communauté, maris et enfants compris. Ces viols massifs ont ouvert grandement les portes au VIH-SIDA et autres maladies sexuellement transmissibles (MST). Les femmes et les jeunes filles victimes de violences sexuelles sont tellement blessées dans leur corps et leur âme qu’elles ne se considèrent plus comme des êtres humains, dignes de respect et de valeur.
Marche en noirVoilà ce dont témoigne le Centre Olame, structure de l’Archidiocèse de Bukavu, qui depuis plusieurs années accompagne, notamment les femmes victimes de violences sexuelles.

J’entends bien sûr parler de tout ce qui se passe dans les campagnes. Pourtant, cela nous touche de loin, le quotidien à Bukavu est relativement calme et sécurisé. Ce qui est bien sûr rassurant mais perturbant. Alors, heureusement que les échanges avec les congolais permettent de mieux percevoir ce qui se passe. Pour le moment, tout reste assez flou : Marche en noirles mouvements/influences des divers groupes armés, le Rwanda, les enjeux derrière les violences faites aux femmes, la militance de l’Eglise catholique, le business des ONG humanitaires, la rumeur,… j’avance kidogo kidogo (un peu un peu), parce que tout cela apparaît bien complexe. J’ai donc encore beaucoup à découvrir et comprendre !

(1) Après des années de guerres, le système éducatif a été déstructuré, les écoles ne sont plus subventionnées par l’Etat congolais et les enseignants se sont plus payés. Ce sont donc les parents, déjà appauvris, qui prennent en charge les frais de scolarité et qui doivent assumer la prime qui rémunèrera les professeurs. Si cette prime a été déclarée illégale, la réalité fait que nombre d’écoles l’exige encore comme garantie d’inscription des enfants.

lundi, mars 8 2010

Le 8 mars, Journée de la Femme, à Bukavu

JIF 8marsSans doute la Journée internationale de la Femme est passée presqu’inaperçue en France. Ici, la JIF est symboliquement très importante. C’est une journée de grande mobilisation ! Comme d’autres associations locales, Apef a choisi son uniforme pour l’occasion. Quelques représentantes des teinturières ont passé 2 jours à colorer les pagnes en noir et blanc pour les mettre à disposition des femmes des groupements.

Une journée pour célébrer la lutte pour l’égalité, la justice, la paix et le développement en faveur des femmes.
Une journée non chômée ou presque puisque toutes les femmes sont dans la rue !!

Cette journée peut certainement être vue comme un grand défilé de pagnes multicolores et bigarrés (on m’a dit que certaines entreprises prévoyaient un budget de confection de pagnes pour ce jour-là pour les femmes salariées et les épouses du personnel !), rythmé de danses et de chansons en l’honneur de chaque association.
JIF 8marsQuelle dérision, direz-vous quand on sait l’état des routes, du système éducatif, l’hypocrisie du système politique et la situation d’insécurité dans la région… Et on ne manque pas de sourire jaune quand on repère les forces de la Monuc arborant leur plus bel uniforme et occupés à filmer ou à prendre des photos ; voilà d’ailleurs de quoi renforcer l’image qu’a la population ici de l’ONU : une armée en vacances qui fuit aux premiers besoins d’intervention !…
Quelle futilité aussi quand les femmes pourraient, ce jour-là, se démarquer par des actions plus fortes et utiles, financées par des cotisations communes, par exemple,… Sans doute, certainement.

JIF 8marsMais cette journée n’est pas qu’une simple célébration, c’est aussi une opportunité supplémentaire de rappeler qu’il s’agit d’un combat qui nous concerne tous, hommes et femmes. Et pour Apef, ce fut l’occasion de réunir les femmes membres pour une réflexion sur les progrès réalisés et de promouvoir la participation des femmes au processus politique, socioculturel et économique du pays.

S’appuyant sur le thème national : « Le progrès pour tous par la parité Homme-Femme dans un Congo cinquantenaire », Apef a proposé 3 interventions dans la salle Concordia de l’Archidiocèse, comble, malgré la pluie qui s’est abattue sur le défilé et les habits dégoulinants de l’assemblée ! Et c’est d’ailleurs au rythme des chants et danses des femmes hyper enthousiastes que nos pagnes ont fini par sécher ! JIF 8mars

La première intervention menée par Annie, la Responsable Animation d’Apef s’est appuyée sur les 3 slogans peints sur les banderoles qui ont accompagné la marche du matin.

  • Apef dit oui à l’Egalité des droits-Egalité des chances, un Progrès pour tous
  • Changement de société en cours
  • Attention, les travaux en marche

La deuxième intervention a donné la parole à un homme, représentant de l’organisation BVS (association pour la réinsertion sociale et professionnelle des enfants des rues et des enfants soldats) qui a fait lumière sur les progrès réalisés par les femmes d’Europe et d’Amérique, comme pour encourager les femmes congolaises et tourner vers elles le miroir du possible ;

JIF 8marsPuis Mama Zita, Maire de la ville est venue témoigner en toute sincérité des difficultés qu’elle rencontre à son poste à Bukavu depuis 4 ans. A son arrivée, toutes les femmes se sont levées, ont applaudi et chanté pour l’accueillir. On a senti la solennité de sa présence mais aussi toute l’affection qu’on lui porte. "C’est vous qui m’avez demandé de me présenter, si demain, vous me demandez de partir, je le ferai." Sans vouloir décourager les femmes, Zita leur a confié la réalité de sa mission : sur les 65% de budget que devrait recevoir la Mairie en provenance de la Province, moins de 10% peinent à être transférés ; à trop vouloir défendre les valeurs de transparence et de dialogue, elle est accusée de faire le jeu de la société civile (!!) ; à plusieurs reprises on a tenté de l’empoisonner ; chaque jour, elle doit faire face à l’inefficacité du personnel administratif qu’on lui a imposé et aux habitudes de corruption dans "un monde d’hommes qui aiment l’argent et le pouvoir."

On sent la fatigue et la désillusion devant cette franchise affichée. Et derrière ce franc-parler, on sent aussi le besoin de Zita de justifier certaines de ses décisions et de se protéger des ragots et des discours délétères, apparemment si courants. Alors, elle explique pourquoi elle n’a pas répondu aux demandes personnelles de faire accéder le mari ou la fille de certaines femmes à telle ou telle responsabilité, pourquoi elle refuse de rendre constructibles certains terrains de la ville, non pas pour empêcher les autres de construire une belle maison comme elle a pu le faire, mais pour protéger d’effondrements futurs en saison des pluies…

JIF 8marsJe dois dire que le courage de Zita m’a impressionnée. Cette femme comme d’autres femmes leaders que je rencontre et côtoie qui ont su tenir tête et se battre pour arriver là où elles sont, pour défendre leurs projets, des valeurs, ces femmes qui ont intimement et profondément ancré en elles ce combat pour un meilleur collectif sont impressionnantes. Parce que parfois, elles semblent seules devant la force de la rumeur, l’ignorance et la naïveté mesquine de cette masse féminine qui se laisse influencer au gré du vent. Parce que les organisations féminines à Bukavu peinent à travailler en réseau, tant la concurrence aux activités similaires est forte, tant la course au pouvoir et donc aux financeurs court-circuite la capacité à défendre un enjeu commun…

Ceci mériterait sans doute d’être développé, alors j’y reviendrai !

samedi, mars 6 2010

Déjà 3 semaines à Bukavu...

Les problèmes de connexion Internet ne me permettent pas d’être aussi fidèle aux nouvelles que je le souhaiterais, c’est ainsi ! Pardon de mon irrégularité, mais voici enfin un petit moment à passer avec vous !

Voici 3 semaines que je suis ici et que j’emmagasine une foultitude d’images et d’informations ! Déjà des premières habitudes, un rythme qui se prend et des rencontres qui aident à plonger progressivement dans la réalité de la région.

APEF

Je dois dire que les choses se mettent en place plutôt lentement ! Mais en tout cas, j’ai le temps de la découverte. J’ai presque rencontré toute l’équipe dispersée en 3 lieux : le Bureau de Coordination, grande maison un peu délabrée qui regroupe le Service Compta-Gestion-Secrétariat, le Service Animation et le Centre de formation en broderie/couture ; le Service Auto-financement, sorte de comptoir de livraison/revente de friperie et chaussures en provenance d'Europe pour les groupements de vendeuses de Bukavu ; le Service Crédits, autre maison plus au centre de la ville, en haut d’une colline, proche de la Cathédrale. Accueil tout à fait sympathique et chaleureux avec les premiers mots en swahili : Jambo ! Bonjour ! Abari ? Et les nouvelles ? Musuri Sana. Ca va bien.

Déjà aussi la perception de quelques confusions concernant mon arrivée : une curieuse impression d’être perçue comme une nouvelle responsable de qui on attend les instructions. A moi sans doute de trouver les mots pour mettre à l’aise et légitimer chacun dans sa mission ! J’ai pu échanger avec Nunu le temps d’une rencontre, avant son départ pour la Belgique. Elle m’a déjà dressé les grandes idées et orientations qu’elle projette pour l’évolution future d’APEF, et pour lesquelles je devine son besoin d’échange avec quelqu’un d’extérieur.

Mais avant d’intégrer une réflexion prospective, j’ai bien sûr besoin de mieux connaître le sujet, alors depuis deux semaines, j’accompagne les animateurs à la rencontre de groupements Groupement Ushirika, je récolte des documents sur APEF, ses activités, son fonctionnement, je tente de percevoir sa philosophie, ses atouts par rapport à d’autres acteurs. J’essaie donc aussi de me renseigner sur ces autres acteurs du développement qui interviennent auprès des femmes, de contacter d’autres associations et de rassembler des faits, réflexions, positionnements sur la situation de la femme aujourd’hui au Kivu et en RDC, et sur les initiatives notamment menées pour appuyer leurs activités économiques. Et là, j’avance un peu dans une nébuleuse… S’il y a bien des associations locales, chacune semble agir de son côté, acteur sérieux ou coquille vide, l’attitude est générale : méfiance envers les autres et défense de ses propres intérêts avant tout… Le travail en réseau et en partenariat semble balbutiant, car même si des réseaux existent, les gens restent soupçonneux concernant leur gestion…

Sans parler de l’Etat et des institutions tellement absents dans la tête des gens et dans la réalité... Le système de débrouille semble véritablement la clé du maintien d’une activité quelle qu’elle soit.

Bukavu

Ville chaotique construite le long et autour d’une unique avenue, aux collines alentour surchargées de maisons brinquebalantes ; ville grouillante de piétons, de motos, de voitures et de camions, qui s’agite dans la confusion des klaxons et les sifflets des agents de roulage (!). Bukavu La BotteBukavu a le charme d’une ville d’eau où les yeux ont plaisir à se perdre sur l’étendue reposante du lac, à repérer les îlots boisés, à apprécier le jeu des lumières sur la surface de l’eau. Puis la vision se précise, l’œil ricoche, s’obstine sur des détails et devine le délabrement : des routes goudronnées aux cratères impressionnants, des maisons bigarrées qui font presque oublier les lois de la perspective, la surcharge insolite de certains trottoirs par des carcasses rouillées ou des tas de briques… Et quand la pluie s’invite, une autre réalité s’impose : c’est la boue qui colle aux pieds, c’est le ruissellement de l’eau à travers les rues jusqu’à former des mini-torrents, c’est le débordement des fossés en bas de certains quartiers qui laissent s’échapper les détritus accumulés et les odeurs.

Et ma vie ici...

Si je dois encore prendre mes marques aux côtés d’APEF, je dois dire que la vie «d’ à côté » a démarré sur les chapeaux des roues ! Au début, j’ai eu peur de m’isoler dans cette tour d’ivoire et de quiétude qu’est la Procure en haut de sa colline boisée, un peu excentrée de la ville. Et puis, l’accueil des abbés (aux personnalités uniques !) Avec Paul et Olivieret la présence de Cécile et de Freedy, les deux autres volontaires français hébergés au même endroit, ont vite fait de créer un espace chaleureux où se sentir chez soi et des opportunités de sorties en soirées ! De contacts en contacts, je commence à repérer les coins incontournables de la ville avec vue imprenable sur le lac et surtout les discussions m'apprennent énormément sur la vie ici, l'histoire et la situation politique.

Voilà pour le moment, prenez soin de vous !

lundi, février 8 2010

Visite au Mémorial du Génocide à Kigali

Hier, dimanche, Innocent, Directeur de Duhamic, m'a emmenée au Mémorial du Génocide.
Partout dans le pays, d'autres endroits sont dénommés "Mémorial", en souvenir de massacres géographiquement établis, par exemple en sortant de Kigali, une maison construite en souvenir de 50 000 tués. On sent que cette période est encore toute proche (et pour cause, 16 ans, c'est hier dans le souvenir d'un homme). On en parle sans en parler. Le génocide devient comme un repère, il y a un avant et un après, pour les activités économiques, les choix politiques, l'organisation du territoire, les orientations du système éducatif, etc.

L'exposition se compose de 3 parties : avant et pendant le génocide; après le génocide; d'autres génocides à travers le monde.
Travail intéressant de mémoire avec photos et textes en rwandais, français et anglais. Tout semble dit : de la non-ou faible-différenciation entre Hutus et Tutsis avant le colonisateur belge, de la discrimination progressive des Hutus au renversement de situation après l'Indépendance, de la préparation du génocide à la non-intervention des Nations Unies ou des autres pays du monde, laissant violer, mutiler, tuer, enterrer vivants plus d'1 million de Tutsis. Mais parfois, on devine une information simplifiée qui mériterait d'être plus fouillée et détaillée, notamment quand il s'agit de comprendre la planification concrète de l'horreur, les implications intérieures et extérieures et l'organisation de l'enrollement des populations. Mais comme dit Innocent: "On ne pouvait pas réellement reconnaître les Hutus des Tutsis, certains traits physiques, peut-être, et encore, il y a tellement eu de mélanges entre les générations. C'est surtout la carte d'identité instaurée par le colon qui jouait. Et puis, l'armée était derrière, c'était soit tu suivais et tuais, soit tu étais tué pour non-coopération."

On ressort avec beaucoup de questions face à ce génocide qui fait écho à tant d'autres : de la Bosnie Herzégovine au Cambodge, du massacre des Arméniens à celui des musulmans du Kosovo, à la Solution finale anti-juive. Tant de massacres pour asseoir à chaque fois une logique de pouvoir et de domination. Tant de massacres qui montrent combien l'histoire n'est faite que de recommencements, combien l'homme a si peu de mémoire, malgré les "plus jamais ça"...

16 ans après, seulement, me voici à Kigali, ville vivante, en plein essor, sans trace visible de ce qui a pu être l'horreur... La vie reprend malgré tout. Mais que reste-t-il dans la mémoire des hommes ? Que reste-t-il aux nouvelles générations à supporter et à dépasser ? Innocent me dit :"A Duhamic, il y a des Hutus et des Tutsis, mais qui fait la différence ?" Tout est là, sans doute : comment la différence a-t-elle pu se faire ? comment ne continue-t-elle pas à se faire aujourd'hui ? 16 ans après ?

dimanche, février 7 2010

Kigali m'accueille : première étape avant la RDC

Jeudi 4 février, 20h45, heure locale
L'avion atterrit dans une infinitude de lumières. L'aéroport étant en haut d'une des collines de la capitale, on domine une foison de lumières blanches et jaunes, signes d'une électrification déjà impressionnante (par rapport au Burkina Faso que je connais un peu). Je suis arrivée avec la pluie, signe de chance au Rwanda ! Pourvu que cela se confirme ! et ai été accueillie chaleureusement par Innocent et Fidèle de l'association Duhamic Adri, partenaire de Frères des Hommes basé à Kigali.
Ici c'est la petite saison sèche, la pluie vient par à coups rafraîchir l'atmosphère, chaque jour pendant 20-30 minutes.

Dès le lendemain, Jean-Pierre et le chauffeur Emmanuel m'embarquent dans les provinces à découvrir certains projets notamment, une union de coopératives qui cultivent soja et maïs et un groupement de femmes de transformation de l'ananas en jus. Ces projets ne sont pas soutenus par Frères des Hommes mais par d'autres bailleurs de fonds comme des irlandais ou des allemands, des belges ou des hollandais... ils sont nombreux !
Ces visites ont été une belle occasion pour plonger dans le paysage rwandais qui porte bien son nom de pays au mille collines, couvertes de champs cultivés : maïs, soja, manioc, bananes, avocats, ananas, etc. Tout est vert, non pas d'un vert uniforme mais d'un vert travaillé, labouré, qui grimpe aux arbres ou qui descend dans les marais, lieux de cultures privilégiés des producteurs organisés en groupements ou coopératives car l'eau y est facilement accessible !

Déjà des premières impressions et réflexions qui mériteraient d'être creusées

  • On repère d'une colline à l'autre, une véritable structuration du paysage en parcelles cultivées, chacune délimitée par un taillis ou un fossé, structuration qui fait un peu écho au travail des jardiniers de la Ville de Kigali : aucune rue ou avenue n'est laissée nue, bosquets, palmiers, arbres en fleurs y déclinent de superbes couleurs !
  • On est étonné par la propreté des campagnes comme de la Ville de Kigali : très peu d'ordures s'amoncèlent ou sont jetés sur les bas-côtés, les sacs plastiques non biodégradables étant d'ailleurs interdits dans le pays ;
  • On emprunte sans même s'en étonner parfois un réseau de routes goudronnées assez impressionnants (par rapport au Burkina, encore), même si lorsqu'on s'enfonce dans la brousse on retrouve aussi le rouge cahotique et rudement creusé des routes de latérite !

Même si vous n'aurez pas d'illustrations de cette campagne verdoyante, allez découvrir les photos de Kigali !

lundi, janvier 18 2010

Le compte à rebours est lancé !...

Le 2 février précisément, je m'envolerai pour ma mission d'1 an et demi en République démocratique du Congo !

Je pars donc bientôt rejoindre l'APEF (Association pour la promotion de l'entreprenariat féminin), partenaire depuis 10 ans de FdH (Frères des Hommes). J'ai déjà eu l'occassion de rencontrer Nunu Salufa, Secrétaire exécutive de l'assocation, lors d'un de ses passages à Paris : belle occasion pour échanger sur le projet de l'APEF, les objectifs de la mission et déjà lancer une dynamique !

L'APEF appuie les groupements de femmes et les ménages ruraux dans la mise en place de leurs activités économiques (commerce, artisanat, petit élevage). Elle organise des formations, notamment sur la gestion économique des projets, les rapports de genre et la citoyenneté.

Ma mission en quelques mots... Si bien sûr, tout se mettra progessivement en place avec mon arrivée, je pars avec 3 objectifs :

  • appuyer la gestion comptable et budgétaire de l’APEF, l’élaboration et l’utilisation d’outils de suivi et de rapportage narratifs et budgétaires ;
  • appuyer la capitalisation des activités (formations, micro-finance, auto-financement, promotion du développement) ;
  • appuyer la communication et la diffusion pour assurer une meilleure valorisation des activités de l’APEF et un meilleur plaidoyer de Frères des Hommes envers ses donateurs et partenaires en France.

Une sacrée aventure qui s'annonce... et commence déjà avec 15 jours à Paris, au siège de Frères des Hommes ! Ici se prépare de façon plus précise ma mission : mécanismes narratifs et budgétaires de la CE (Commision européenne) et AFD (Aide française au développement) ; rencontre des membres de l'équipe pour m'imprégner des activités et campagnes en cours et mieux appréhender les informations utiles à faire remonter. Partir comme volontaire avec Fdh, c'est devenir un maillon efficace de cette chaîne de solidarité entre ici et là-bas. Car le volontaire part aussi pour être relais de ce qui est vécu et réalisé sur le terrain.

Ma mission de volontaire présage de rencontres riches d'apprentissages tant du fonctionnement de la structure que du quotidien des femmes accompagnées. Ce sera aussi ma première porte d'entrée dans cette réalité économique et politique pas si simple de la RDC et particulièrement de la région du Kivu...