BIG BANG-ALORE

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vendredi, mars 5 2010

Une belle aventure…

Février 2009, je m’envolais pour Bangalore et à ce moment précis je n’étais pas tant stressée mais plutôt excitée à l’idée de m’embarquer pour une aventure remplie de rencontres et de découvertes. Et je ne me suis pas trompée, mes attentes étaient mêmes bien en deçà de tout ce que l’expérience allait m’apporter. Que de choses vues, vécues et ressenties ! Incredible India… La plus grande démocratie du monde qui abrite d’énormes inégalités. L’Inde et ses paradoxes : la modernité qui côtoie la tradition. La spiritualité incorporée à la vie quotidienne de chacun et les funérailles hindoues qui se révèlent plus festives que dramatiques. Les dizaines de festivals différents dont Diwali (fêtes des lumières) avec ses milliers de feux d’artifice. Des temples, des mosquées, des églises qui se partagent les rues de la ville comme se côtoient les femmes en sarees, voilées ou en jeans. Ces multitudes de langages et cette foule omniprésente. Ces endroits colorés, ces odeurs de jasmin juxtaposés au gris des bidonvilles et des odeurs nauséabondes. Les vaches que l’on croise à tous les coins de rue à la campagne comme en ville et qui se goinfrent de sacs plastiques et autres détritus. Les chèvres, les poules, les rats, les cobras… j’ai même croisé un chameau en plein Bangalore ! Et puis la circulation apocalyptique : vélos, charrettes (à bras ou à traction animale), les vélos, les scooters, les motos, les voitures, les taxis, les rickshaw, les bus, les camions, les centaines de piétons au mètre carré avec, au beau milieu de tout ça, une ou plusieurs vaches allongées tranquillement au milieu de la route. Et puis, bientôt le métro à Bangalore ! Les centres commerciaux sortent de terre comme des champignons face aux petites boutiques traditionnelles où l’on trouve absolument de tout (j’ai trouvé des croquettes pour chat et une recharge téléphonique dans une pharmacie !). Parce que les images se suffisent souvent à elles seules, vous trouverez dans « plus de photos » une petite sélection Best of India. Et puis il y a les rencontres à Bangalore et sur la route… Les collègues, les voisins, les amis et les personnes croisées qui m’ont marquées par leur histoire, leur engagement ou leur mode de vie. Au sein de FEDINA et du réseau, j’ai énormément appris sur l’investissement dans le travail, ça a vraiment renforcé mon militantisme. J’ai aussi compris que le travail concernant les droits de l’Homme exige de la patience et une grande détermination. Quand je pense à mon année passée sur place, ce n’est pas un sentiment qui m’envahie mais un bouillonnement de souvenirs et d’émotions. La découverte, la joie, la tristesse, la révolte… Je suis passée par bien des états en très peu de temps et je me suis laissé absorber par ce nouvel univers sans toutefois perdre de vue qui je suis. Mon immersion indienne m’a renforcée et apaisée, je ne vois pas la vie différemment mais disons plus clairement. C’est une incroyable chance que de s’ouvrir et partager une culture différente de la nôtre. Le projet de promotion des droits fondamentaux se poursuit encore deux ans et la première année s’est révélée très positive pour l’émancipation des populations accompagnées par le réseau. De retour depuis un mois en France, la vie m’envoie désormais vers de nouveaux horizons et je m’envolerai pour le Canada cet été afin de m’y installer avec mon fiancé bangalorien ;-) C’est alors Jihane Habachi qui prendra le relais en tant que volontaire auprès de FEDINA dès le mois de mars et j’en profite pour lui souhaite une très belle aventure ! Vous pouvez suivre son expérience sur son blog : http://blog.fdh.org/jihane/? Ce n’est qu’un au revoir Incredible India ;-)

lundi, décembre 28 2009

Les Dynamos à Bangalore

Après plus de 12 000 km et un tas d'aventures, les 3 cyclistes de Dynamos (Loïc, Tanguy et Thomas) sont arrivés la semaine dernière à Bangalore. Je les ai retrouvé vers minuit à quelques pas de chez moi après une journée de 170 km (pour eux!) à travers l'Andra Pradesh pour rejoindre Bangalore. Leur arrivée coïncidait avec la tenue de la réunion trimestrielle de Fedina et du réseau de groupements d'action sociale; une bonne occasion de partager leur expérience avec les membres du réseau mais aussi de faire la connaissance en chair et en os de Ursula (responsable de Trust for Rural Development) chez qui ils vont passer trois semaines en janvier. Ils remonteront sur leurs vélos et quitteront donc Bangalore le 3 janvier pour arriver à Trichy (Tamil Nadu) aux alentours du 6 janvier. Pour continuer de suivre leur périple, le plus simple et de consulter leur blog via leur site web (voir rubrique "liens" de ce blog).
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Les Dynamos préparent la suite de leur voyage avec Ursula

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Les garçons racontent leur parcours depuis la France devant des membres du réseau admiratifs

Après avoir passé mon premier Noël en tongs, me revoilà d'attaque pour travailler sur le bilan de la première année du projet sur les droits fondamentaux. Une année de "démarrage" dans la continuité des activités de Fedina et du réseau qui se prolongera durant les deux prochaines années. Déjà, les formations, séminaires, campagnes, aide légale...ont permis d'accroître la conscientisation et l'organisation (associations, syndicats) des groupes de population avec lesquels nous travaillons. Une première version du bilan 2009 est disponible en ligne sur le site de Frères des Hommes (Témoignages et Dossiers).
Et c'est sous un soleil et un temps plutôt doux que nous préparons ici le nouvel an; que cette année 2010 porte chance et bonheur à toutes et à tous :-))

samedi, décembre 5 2009

Gooood morning Saigon !

De retour après une petite semaine au Viet Nam… Ho Chi Minh City. Au programme: le séminaire des volontaires AFVP d’Asie et quelques jours en mode touriste. Une quarantaine de volontaires travaillant en Asie (Cambodge, Laos, Viet Nam, Chine, Inde et Sri Lanka) ont participé au séminaire. J’y ai fait de chouettes rencontres. C’était super de pouvoir discuter avec d’autres volontaires qui œuvrent dans différents pays, ça élargit l’horizon et ça permet aussi de partager son expérience. Après deux journées de réunions, nous sommes tous partis pour une journée très touristique sur le Delta du Mékong. Le rythme était assez soutenu mais ça nous a tout de même donné un début d’aperçu de la vie locale. Sur notre bateau, nous avons navigué de petite île en petite île pour visiter des fabriques de galettes de riz et de bonbons à la noix de coco ainsi qu’un petit village où les « Gipsy Kings » locaux nous ont fait un petit concert. Et pour la petite anecdote, en croisant une autre embarcation de touristes, je suis tombée par hasard sur les parents d’une collègue de Frères des Hommes… Le monde est vraiment petit ;-) La dernière soirée des volontaires s’est passée autour de quelques verres dans un des nombreux bars de Ho Chi Minh. J’ai donc fini le séjour en solo en alternant le tourisme, le shopping et la relaxation… un délicieux bonheur ! J’ai commencé par la visite du musée des Mémoires de la guerre où j’ai pleuré quasiment du début à la fin… Les tortures, l’utilisation de l’Agent Orange (qui fait encore des dégâts à l’heure actuelle : cancers, malformations), les armes, des photos assez insoutenables… Bref, la guerre dans toute sa « splendeur », on a beau dire « plus jamais ça », l’Histoire se répète. J’avais donc le moral au taquet, il fallait que je décompresse un peu. Je suis passée au Palais de la Réunification qui auparavant servait de QG à l’administration militaire de Ho Chi Minh. Le Viet Nam est une république socialiste dont le régime communiste impose un parti unique. Jusqu’au début des années 2000, tout était contrôlé par l’Etat (notamment les médias) et les collectivisations allaient bon train. Depuis peu, le Viet Nam s’ouvre davantage vers une économie de marché. Ce qui est plutôt frappant à Ho Chi Minh City, c’est la multiplication d’immeubles très modernes qui sortent de terre un peu partout pour abriter, pour la majorité, des centres commerciaux. En me baladant, j’ai croisé pas mal d’ouvriers de la construction et j’ai fait tout de suite le parallèle avec les ouvriers indiens : mêmes conditions de travail (sécurité inexistence, logement de fortune sur les chantiers). J’ai terminé la journée par une promenade sur la rivière Saigon et une balade dans les rues qui m’a mené dans un petit resto thaïlandais où j’ai pu faire le plein de rouleau de printemps. Le lendemain, j’ai débuté la dernière journée par un « brunch » en terrasse devant la cathédrale Notre Dame… Rien à voir avec son homologue parisienne mais elle aussi construite pas les français (les côlons dans les années 1880). D’humeur spirituelle, je me suis rendue ensuite visiter une des pagodes (temple bouddhiste) de la ville. Cela apaise un peu l’esprit avant de se jeter dans un des saunas géants : le marché ! J’y ai passé l’après midi entière et j’ai bien dépensé au moins 2 millions de Dongs… Et oui, ce fût bien la seule fois de ma vie où j’étais millionnaire ! Un euro correspond à environ 27 000 Dongs. Enfin, pour terminer cette escapade en beauté, je me suis offert un massage aux pierres chaudes d’une heure et demi et là, c’est vraiment le Nirvana… De quoi revenir en Inde en pleine forme et détendue ! Un beau voyage, un peu court mais qui valait vraiment la peine :-) Toutes les photos du périple se trouvent sur le lien Picasa "+ de photos"...

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samedi, novembre 7 2009

C’est quoi être Intouchable ?

La société indienne est construite sur la base d’un système de castes et d’un ordre social hiérarchique. La société est donc divisée en 4 grandes castes socioreligieuses (les « varnas »), dont la relation au sacré conditionne le statut social : - les brâhmanes (caste des prêtres) - les kshatriyas (caste des guerriers) - les vaisyas (caste des commerçants et agriculteurs) - les sudras (caste des serviteurs) A l’intérieur de chacune de ces castes sont apparues au cours des siècles, les « jatis » (sous- catégories de caste) qui sont au nombre d’environ 4 600 et qui conditionnent dès la naissance le métier et les règles de vie de chacun. Une autre catégorie de population a ainsi été instaurée : les hors castes, Dalits, Intouchables… autant de nom pour désigner ceux qu’on met au ban de la société et qu’on oblige à effectuer les travaux dits « impurs », et donc les plus pénibles. Au-delà du travail qu’on leur impose de par leur naissance, il s’agit d’un véritable apartheid opéré par les populations de castes envers les Dalits (22% de la population indienne). Les 7 formes de discriminations auxquelles les ils sont quotidiennement confrontés sont : l’obligation de vivre dans des lieux séparés ; l’interdiction d’entrer dans les temples ; l’interdiction d’entrer dans les lieux publics (maisons de thé par exemple) ; l’interdiction de prendre ses repas avec des gens de castes ; l’interdiction d’accéder aux points d’eau utilisés par les gens de castes ; l’exclusion du foncier ; l’obligation de montrer sa soumission aux autres castes par le port de vêtements particuliers, le langage, la gestuelle, etc.

Il ne s’agit pas d’une légende ou d’une pratique obsolète mais bien d’une tradition qui continue de se pratiquer avec l’apparition de nouvelles formes de boycott social, et ce en dépit de la Constitution indienne et de la législation (abolition des discriminations envers les Dalits – 1948, Prevention of Atrocities Act – 1989). Le « père » de la Constitution indienne, le Docteur Ambedkar était lui-même Dalit et fût à l’origine de l’abolition du système de caste. Son exemple a permis le début d’une prise de conscience progressive de la part des Dalits qui ont décidé de s’organiser sous formes de groupements pour contrer l’oppression des gens de caste et les discriminations dont ils étaient victimes. C’est dans les années 70 que ces groupements ont commencé à s’organiser à une échelle nationale et donc à devenir de plus en plus forts. Ils se battaient pour le respect de leurs droits (réclamations de terres, accès au point d’eau public, augmentation des salaires…), les représailles des gens de castes furent terriblement violentes (incendies des maisons de Dalits au cours desquels des milliers de personnes ont péri). Les discriminations, intimidations et l’exploitation par les populations de caste sont encore aujourd’hui loin d’être abolies. Soucieux de sauvegarder leur « place » dans l’ordre social, les gens de caste ne sont pas toujours prêts à céder quoi que ce soit, quitte à utiliser la violence (en toute impunité) pour maintenir les Dalits dans une position de peur permanente, les rendant « dociles » et donc inoffensifs pour leurs intérêts personnels. Un petit exemple (parmi tant d’autres…) : récemment à Gulbarga (petite ville du nord du Karnataka), un homme Dalit a été attaqué par un homme de caste contre lequel il a porté plainte. En représailles, les gens de castes ont immédiatement mis en place un boycott de toute la communauté en exigeant que le Dalit retire sa plainte. Pendant plusieurs jours, la population a été privée d’eau, de nourriture, de travail, de liberté de mouvement… Lorsque l’on sait que gens de castes détiennent le pouvoir économique et politique local, il leur est très facile de maintenir une pression constante sur les Dalits. Les conséquences pour des milliers de familles sont alors dramatiques, notamment lorsque ce genre de boycott dure plusieurs années.

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Accueil musical lors d'une visite à un groupement de Dalits (Andra Pradesh) - les villageois ont réussi à mettre fin à un boycott social qui a duré 5 ans

En plus, des violences et des intimidations quotidiennes, les Dalits sont maintenus en état d’esclavage par la menace d’un boycott économique et social. Bien qu’ils connaissent leurs droits, il est nécessaire qu’ils puissent s’émanciper économiquement et socialement. Le travail de terrain que font les animateurs du Réseau de Groupements d’Action Sociale (RGAS) permet d’apporter un soutien aux groupements de Dalits dans leurs capacités à lutter contre la condition dans laquelle la société continue de les enfermer. Pour cela, un travail de négociations collectives avec les gouvernements locaux et les populations de caste a été initié en plusieurs endroits et les cas de violations du Prevention of Atrocities Act sont systématiquement poursuivis en justice. En 2009, grâce à l'action du RGAS, 740 Dalits ont participé à des réunions et 163 leaders à des formations. Une vingtaine de manifestations dans tout le réseau ont mobilisé 10 000 personnes. Les actions collectives menées et la création de groupes de vigilance permettent de résoudre des cas de violence et de discrimination mais aussi de faire évoluer progressivement les mentalités, la mise à l’écart des Dalits étant profondément ancrée dans la culture locale. Les types de discriminations et de violences infligées peuvent être de nature différente selon les endroits où ils se produisent. Certains d’entre eux ont été identifiés par le RGAS et il est nécessaire d’approfondir leur analyse afin de lutter efficacement et d’adapter la communication (sensibilisation). Des études sur les terres Dalits sont également menées dans 3 Etats (Karnataka, Tamil Nadu et Andra Pradesh) et permettront d’avancer sur le champ de la revendication agraire.

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Enfants à l'entrée d'un village Dalit - A l'école même ils sont victimes de discriminations (obligation de manger après les enfants des gens de castes, interdiction de s'asseoir à certains endroits...)

lundi, octobre 19 2009

Happy Diwali ;-)

Un truc formidable ici : les festivités qui s’enchainent… Il y a quelques semaines c’était le Dusshera festival (célébration de la victoire du Roi antique Rama sur le démon Ravana) et en ce moment on célèbre Diwali (fête des lumières, célébration du retour de Rama). Récemment aussi a eu lieu le Ganesha festival. Les gens sortaient le soir dans les rues avec les tambours et le dernier jour du festival, ils immergeaient des statues de Ganesh dans les lacs environnants. Ce qui commence d’ailleurs à poser problème en termes de pollution (les statues n’étant pas biodégradables !). Depuis quelques mois que je suis ici, j’ai eu l’occasion d’observer ces célébrations mais là, j’avoue que Diwali est de loin le plus impressionnant pour moi. Célébrant la lumière, les hindous (soit 80% de la population en Inde) mettent des bougies devant leur porte ou sur leur balcon et tous les soirs du festival (qui dure à peu près 3 à 5 jours), c’est un concert de pétards et de feux d’artifice de 19h à très tard dans la nuit. C’est assez impressionnant et, depuis mon balcon, je ne me lasse pas du spectacle. On dirait que la ville est en guerre (« festive ») ! Pas une seconde de silence et des couleurs plein le ciel et les fenêtres. Ce soir c’est le point d’orgue du festival et je pense que je ne suis pas couchée… Il est actuellement 18h ici et j’entends déjà les premiers pétards qui claquent… Cette nuit encore promet d’être animée !

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jeudi, octobre 1 2009

Journée internationale des personnes âgées

Durant toute leur vie, ils ont construit les routes, les ponts, les centres commerciaux ; ils ont roulé les beedis, nettoyer les rues, pris soin de maisons et de jardins… Certains d’entre eux, passés les 70 ans sont obligés de continuer à travailler pour subvenir, tant bien que mal à leurs besoins. « Ils » et « eux », ce sont les « Senior Citizen » (retraités) des bidonvilles de Bangalore et de Bijapur (Etat du Karnataka – Inde). Leur retraite, ils n’en voient pas la couleur hormis une maigre allocation de subsistance du gouvernement (1 000 Rps/mois, environ 16€) ; quant à la sécurité et aux aides sociales c’est le quasi néant. Loin de se laisser aller au fatalisme, les associations de « Senior Citizen » de 70 bidonvilles se sont organisées en fédération (AIKYATA) en 1999 pour défendre et faire valoir leurs droits. La fédération, soutenue par FEDINA, compte aujourd’hui 4 000 membres, bien décidés à porter haut et fort leurs revendications que sont : une vraie pension de retraite (minimum 1 500 Rps/mois) et non une simple allocation de subsistance, un accès gratuit aux soins de santé en cas de maladie grave, les titres de propriété de leur maison (reconnaissance officielle des bidonvilles), un ministère spécifique pour les « Senior Citizen » et la délivrance des cartes « BPL » (Below Poverty Line) pour tous les résidents des bidonvilles.

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Défilé des personnes âgées dans les rues de Bangalore ce 1er octobre

En ce 1er octobre, journée internationale des personnes âgées, et comme tous les ans, une partie des membres d’AIKYATA (environ 500 personnes) se sont rassemblées à Bangalore pour une marche revendicative suivie d’un programme mêlant interventions de militants et d’avocats ainsi que des pauses musicales et théâtrales que les retraités eux-mêmes avaient préparé. L’évènement a largement été couvert par les médias locaux. La journée s’est déroulée dans la bonne humeur et j’ai été encore une fois surprise par l’énergie, la créativité et la détermination des personnes présentes malgré leur apparente fragilité.

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Quelques unes des revendications des "Senior citizen"

Je terminerai par une citation extrait du flyer distribué ce matin qui correspond tout à fait à l’état d’esprit de cette journée : « Sans eux les roues de la société ne tourneraient pas. Leur contribution à la famille, la communauté et la société fût et est encore énorme et inestimable. Ils ont donné leur vie entière à la société et mérite bien de l’attention en retour ».

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Pause musicale

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'' Les problèmes des retraités mis en scène avec humour par un des groupes de Bangalore

samedi, septembre 26 2009

Le système Devadasi ou la prostitution déguisée...

Le système de Mattama, Jogini, Bavasi ou Devadasi désigne sous différents noms (selon les régions) la même pratique culturelle et religieuse qui consiste à dédier entièrement des femmes aux Dieux et Déesses.

Au sein de la communauté Dalit (intouchables), des petites filles sont choisies dès leur plus jeune âge pour être dédiées. Cela peut prendre différentes formes. Par exemple, si une fille est malade et que ses parents demandent l’aide des Dieux par l’intermédiaire d’un prêtre et qu’elle survit, alors ils doivent l’offrir aux Dieux en remerciement. Une autre méthode est aussi pratiquée : les petites filles sont enfermées dans une petite cage suspendue. Elles y sont placées recroquevillées avec les pieds et points liées, sans eau et sans nourriture. La cage est déplacée dans différents endroits du village, cela peut prendre plusieurs jours selon la taille du village. Si la fille survit, alors elle sera dédiée aux Dieux.

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Poster de prévention édité par l'organisation Mesro. En haut à gauche, une photo d'une cage suspendue dans laquelle les petites filles sont placées

Une fois choisies, les petites filles retournent vivre chez leur famille mais ne vont plus à l’école. Jusqu’à l’âge de la puberté, elles se consacrent uniquement à l’apprentissage de la danse. Lorsqu’elles atteignent 12 ou 13 ans, le rituel offrant la jeune fille aux Dieux est célébré par le prêtre en présence des hommes des hautes castes ainsi que des leaders du village. Durant la cérémonie (environ 2 heures), un talisman est remis à la jeune fille et le prêtre lui touche la langue avec un peu de lait (symbolisant la pureté et l’appartenance aux Dieux). Après la cérémonie, la jeune fille passera les nuits suivantes (4 à 10 nuits) avec chacun des différents hommes présents (prêtre y compris).

Le rituel terminé, la jeune fille devient « propriété publique » et se voit contrainte de danser lors de festivals ou pour des personnes de castes (avec faveurs sexuelles à la clé…). Elle ne reçoit aucun argent mais peut être nourrie soit par les personnes pour lesquelles elles dansent, soit par l’argent commun du Temple. Ce sont les gens qui l’appellent pour danser, elle ne démarche pas. De temps à temps, elle mendie ; ce qu’elle sera condamnée à faire le restant de sa vie lorsqu’elle vieillira et ne sera plus sollicitée. D’autant plus que les femmes dédiées aux Dieux et aux Déesses n’ont pas le droit de se marier.

Aujourd’hui, pour les femmes dédiées, la question des enfants reste cruciale. En effet, les enfants qu’elles mettent au monde ne sont jamais reconnus par les pères. Ils n’ont donc aucun droit relatif au père ; et leur mère, démunie, ne peut subvenir pleinement à leurs besoins. Il est difficile d’établir la paternité et seul le recours à des tests ADN peut constituer une preuve. Il faut donc obliger légalement les pères supposés à se soumettre aux tests ADN pour que les enfants puissent bénéficier des mêmes droits que les enfants légitimes.

L’organisation Mesro, membre du Réseau de Groupements d'Action Sociale, travaille au quotidien auprès de ces femmes et articule sa lutte autour de 3 points :

1. Réhabilitation : sortir les femmes de se système et les aider à se reconvertir.

2. Reconnaissance des enfants par les pères.

3. Prévention : faire cesser cette pratique.

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Poster de sensibilisation produit par Mesro

Les informations ci-dessus ont été collectées lors du séminaire organisé par Mesro (Tirupati - Andhra Pradesh) et soutenu par Fedina. D’anciennes et actuelles femmes dédiées ont pu faire part de leurs témoignages. Des avocats ont pu apporter un point de vue légal sur la situation, notamment concernant la reconnaissance des enfants des femmes dédiées. Enfin, un prêtre et le père d’une femme dédiée ont aussi partagé leur expérience. Le père de la Jogini croit fortement en cette pratique. Devant lui, le prêtre a avoué ne pas y croire et ne pratiquer ces rituels uniquement pour l’argent (il se déplace de place en place pour pratiquer ces rituels et peut gagner jusqu’à 15 000 Rps par mois. Ce qui représente beaucoup d’argent dans le contexte local). La période des rituels se déroulent de Mars à Juin chaque année.

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Iravath, ancienne Devadasi, désormais activiste sociale nous fait part de son expérience avec beaucoup d'émotion

Les participants du séminaire ont avoué avoir appris beaucoup de choses et les femmes dédiées étaient heureuses de savoir qu’il existe des solutions légales pour leur permettre d’obtenir des droits pour leurs enfants. A la fin du séminaire, l’une des jeunes Jogini m’a fait part de son souhait d’avoir accès à l’éducation pour pouvoir s’émanciper de ce système.

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Une quarantaine de personnes (anciennes et actuelles femmes dédiées, militants d'organisations...) ont participé à la rencontre

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Deux animatrices exposent les pistes de travail à suivre et décidées collectivement par les participants

mardi, août 25 2009

Des salaires décents pour tous plutôt que des délocalisations...

Après 15 petits jours de vacances passés en France, début août, c'est le temps de se remettre au travail! Les vacances sont passées très vite mais mine de rien j'étais vraiment ravie de retrouver la famille et les amis. Que de bonnes soirées et de bons souvenirs ;-) Me voilà donc de retour à Bangalore et dans les locaux de Fedina. Nous sommes à mi chemin du projet pour cette année et l'intensité des activités s'accélère. Des formations, des séminaires, des manifestations... beaucoup de choses de prévues par Fedina et les organisations du réseau dans les prochaines semaines. Nous préparons notamment un évènement pour début octobre à Bangalore dans le cadre de la campagne "Asia Floor Wage" dont vous trouverez le lien web ci-contre. Il s'agit d'une campagne internationale pour le secteur du textile dont l'objectif est d'harmoniser, même de revendiquer des salaires minimum (décents) pour les ouvriers d'Asie du textile (environ 70% de la production mondiale). En effet, les délocalisations d'usine sont aussi une réalité en Inde et partout en Asie. Certaines grandes compagnies cherchent toujours plus de profit et pour cela recherchent la main d'œuvre la moins chère possible. En Inde par exemple, les ouvriers hésitent très souvent à revendiquer des salaires décents par peur que les usines ne ferment pour aller s'installer en Chine, au Bangladesh... En s'unissant au delà des frontières, les ouvriers du textile seront en capacité de peser davantage dans les négociations salariales. Cette initiative pourrait être reprise pour d'autres secteurs (construction automobile, IT...) et apporte enfin une réponse à cette fameuse peur de la délocalisation qui astreint les travailleurs (où qu'ils soient) à accepter des salaires et des conditions de travail lamentables. A suivre donc dans les prochains mois! Le lancement de la campagne au niveau international est prévue pour le 7 octobre prochain.

jeudi, juillet 16 2009

La santé c’est pour les riches !

Depuis 4 bons mois, je me déplace dans Bangalore très souvent en rickshaw. Et pour cela, rien de tel que mon fidèle chauffeur, Umar. C’est un garçon très gentil, honnête et débrouillard avec qui on rigole bien. L’autre jour, il a même réussi à capturer un tout petit serpent et à me faire croire que c’était un bébé anaconda… Aujourd’hui, comme d’habitude il me dépose au bureau vers 9h et en fin de matinée il me rappelle en larmes. Il a un petit bébé de 8 mois qui faisait des sortes de convulsions. Il s’est donc rendu à l’hôpital public qui n’avait pas les médicaments adéquates pour soigner le petit et qui l’ont renvoyé vers une clinique pédiatrique privée. Cette clinique bien sûr avait la possibilité de le soigner mais seulement après que les parents payent les frais d’admission de 3 000 Rps (soit une fortune pour eux à débourser en un seul coup). Le papa d’Umar qui est à Mysore lui a de suite envoyé de l’argent mais le temps que cela arrive, la situation se serait largement aggravée pour le bébé. Il était coincé et m’a appelé à l’aide. Nous avons rapidement trouvé un compromis et je lui ai avancé l’argent qui en fait est une avance sur mes prochains trajets. Lorsqu’il est revenu me chercher ce soir, il a tenu absolument à ce que nous passions à la clinique pour voir le petit. Il est désormais sous traitement et ira beaucoup mieux d’ici quelques jours. Umar ne cessait de me répéter que « ce pays est mauvais, si tu n’as pas d’argent tu ne peux pas te soigner ». Il a raison et malheureusement ce n’est pas le seul pays où le service public de santé n’est quasiment pas assuré et où la sécurité sociale est quasi inexistante. Face à cette situation, je me suis (une de fois de plus) indignée. On constate qu’il y a deux mondes qui se côtoient. Celui de ceux qui peuvent se payer les soins et ceux qui ne peuvent pas (et ce, même s’ils travaillent 10h par jour, 7 jours sur 7...). De mon côté, ça confirme ce pourquoi FEDINA, parmi d’autres, se bat au quotidien (lobbying, plaidoyer, actions de sensibilisation, manifestations, etc.): l’accès pour tous aux droits fondamentaux ! Pour rappel, la déclinaison indienne de la campagne internationale de Frères des Hommes « Désarmer pour combattre la pauvreté » se focalise sur la conversion de 10% du budget de la Défense de l’Etat indien pour le financement d’une protection sociale pour tous (« Social Security Now ! »). Les solutions sont là, il ne reste plus qu’aux gouvernements d’avoir la volonté politique de les appliquer, quitte à ce que nous les poussions dans cette voie !

lundi, juillet 13 2009

Sortie de ma grotte, je retrouve le chemin de mon blog…

Oups… cela fait un petit moment que je n’ai pas donné de nouvelles, alors je profite d’un petit moment de calme pour redonner signe de vie ;-) Voilà donc 6 mois que je suis à Bangalore et je peux confirmer que l’adaptation s’est déroulée à merveille. Les semaines passent à une vitesse entre le travail, les visites aux organisations du réseau (RGAS), les amis et les sorties… Dernièrement, j’ai aussi adopté un petit chat que j’ai appelé Shanti (= « paix » en sanskrit). Elle a 3 mois et elle est … pleine de vie et adorable. En ce moment, on continue l'apprentissage de la propreté (c'est sur la bonne voie!) et surtout j'essaye de lui apprendre à ne pas chaparder la nourriture dans les assiettes car c'est une de ses spécialités (avec préférence pour les omelettes, le poulet, le pâté Hénaff et les pizzas peperroni).

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Dans une quinzaine de jours, ce sont les vacances que je passerai en France. Cela va faire un peu bizarre… les rickshaws, les vaches en pleine ville, les plats très épicés et tout le reste… tout cela va me manquer ! Je tiens tout de même à préciser que je suis super contente à l'idée de revoir les amis et la famille ;-) D’ici là, je tâcherai d’être un peu plus assidue sur le blog et de donner des nouvelles du projet très rapidement. Pour l’heure je repars travailler sur le rapport trimestriel et la planification des prochaines activités prévues au projet (formations, séminaires, etc…). A très bientôt, promis!

lundi, juin 29 2009

« Théâtre de rue contre la discrimination dans les hôpitaux»

Décor : un hôpital public de Bangalore – Scène : une jeune femme et son nouveau né meurent du fait de négligence et de manque de soins. Ce n’est pas de la fiction, c’est la réalité et cela s’est passé en mai dernier. L’équipe culturelle de Fedina et la fédération d’associations des personnes Senior Citizen (Okkuta), ont décidé de réagir et de manifester samedi 27 juin 2009 devant l’hôpital Vanivilas – Women and children’s hospital.

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Pancartes et distribution de tracts ont encadré les 20 minutes de représentation mêlant chants, danses et scénettes dont le principal but était de dénoncer les mauvais traitements, manque de soins et discriminations dont sont victimes les personnes âgées et les populations pauvres au sein même des hôpitaux publics. Très rapidement, des dizaines de passants se sont attroupés autour des manifestants. Et malgré une tentative de délogement par la police, la représentation a pu avoir lieu. A l’issue de celle-ci, les spectateurs ont réagi au sujet soulevé et les interactions ont été nombreuses.

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Le théâtre de rue, en allant au plus près de la population est un excellent moyen de sensibilisation et d’invitation à la discussion. L’équipe culturelle de Fedina à Bangalore n’est pas la seule à utiliser cette méthode puisqu’au sein du réseau de groupes d’action sociale, d’autres organisations ont adopté cette activité pour aller au contact des populations de base.

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vendredi, juin 19 2009

Echos d'une femme engagée

Ursula Nathan est responsable de l’association Trust for Rural Development (TRD). Engagée socialement depuis de nombreuses années, elle consacre sa vie à lutter contre les injustices aux côtés des femmes, des fermiers et des Dalits dans le Tamil Nadu. Elle nous livre ici son combat à travers quelques questions…

IMG_2530.JPG Ursula (en bas à droite) avec une partie de l'équipe de TRD

1. Comment décrieriez-vous votre engagement?

Mon engagement a débuté au milieu des années 70 et début des années 80 au sein d’un groupe de jeunes étudiants. A cette époque il y avait une crise politique dans le pays et nous nous sommes organisés pour lutter conte la pauvreté et les problèmes des populations opprimées. Un grand nombre de jeunes et d’organisations se sont constitués pour lutter contre cet état d’urgence et pour les droits des populations civiles. Bien que notre lutte ait été réprimée par l’Etat, notre engagement n’en a été que renforcé et d’autres personnes nous ont rejoint. Au même moment, je me suis engagée davantage auprès des mouvements de femmes et des groupes de Dalits. Plusieurs problèmes ont été soulevés au niveau du district et les groupes de femmes locaux ont rejoint des mouvements nationaux. Je me suis surtout engagée auprès des femmes des populations de base dont la vie quotidienne est extrêmement pénible. D’un côté, c’est une grande joie pour moi de partager avec ces personnes leur joie, leur peine et leur lutte. Après 15 ans d’expérience de terrain, j’ai impulsé la création de l’organisation Trust for Rural Development, créée et gérée par des femmes. Notre espace d’intervention est constitué de terres arides où la plupart des personnes sont illettrées. Au début, nous utilisions l’éducation informelle (populaire) comme moyen d’atteindre ces populations (méthode de Paulo Pery). Nous avons ainsi commencé à travailler avec les femmes et les enfants (travail des enfants). 80% des fermiers travaillent sur des terres arides, ils dépendent alors d’un emploi complémentaire comme par exemple le polissage des pierres précieuses qu’ils effectuent chez eux. La plupart de ces travailleurs sont des travailleurs semi-liés. Ce processus éducatif que nous avons mis en place a permis aux femmes de prendre d’avantage de pouvoir dans la vie sociale et de s’emparer des problèmes auxquels devaient faire face les populations locales. Bien que les femmes commencent à s’émanciper, leur pouvoir économique reste faible. Ce fut une longue et difficile lutte pour que les femmes puissent s’épanouir socialement. Pour faire perdurer et assurer leur liberté, les femmes ont commencé à s’associer (sous forme de « sangam » = groupe) et à mutualiser leurs économies afin de renforcer leur pouvoir économique et ne plus dépendre d’agents économiques qui les oppressent. Alors que d’une part les femmes renforcent leur rôle social et économique, elles doivent faire face à différentes formes de violence domestiques et sociétales. Triompher de ces conflits est une lutte permanente pour les femmes et pour moi-même à leur côté. Ces challenges amènent les femmes à s’unir pour faire front aux problèmes qu’elles rencontrent. D’un autre côté, j’ai choisi de travailler avec les petits fermiers marginalisés dont les conditions d’existence se sont dégradées. Une fois qu’on commence à travailler avec les fermiers, on s’aperçoit qu’une grande partie de l’activité agricole est réalisée par les femmes. Cependant, elles ne sont pas autorisées à exprimer leurs désirs et leurs idées quant au travail agricole. Une lutte importante s’est mise en place pour faire prendre conscience aux fermiers la notion de discrimination de genre. Dans un souci d’égalité, nous avons initié des formations techniques et sociales envers les femmes pour leur permettre de s’émanciper et de s’élever contre les problèmes auxquels elles sont confrontées. Dans le même temps nous travaillons avec les hommes et les formations que nous leur proposons sur l’agriculture prennent en compte l’aspect social qui leur permet petit à petit de prendre conscience de la réalité. Ce type de formation renforce le rôle des femmes, quand elles se lèvent pour leurs droits elles font aussi face aux violences familiales et sociétales. Les groupements de femmes se sont organisés sous forme de fédération. Elles commencent à s’engager elles-mêmes collectivement dans toutes leurs activités. Des groupes de femmes ont réussi à obtenir des baux pour des carrières et des terres, non sans difficulté. Ce type d’activités leur permet de s’émanciper d’un point de vue économique et de prendre en main les problèmes sociaux. Les problèmes liés à l’environnement sont aussi pris en compte par les fédérations de femmes et les associations de fermiers, tels que les problèmes concernant l’accès à l’eau, à la terre, les graines et la pollution.

2. Comment gérez-vous les luttes des fermiers, des femmes et la protection de l’environnement?

Nous travaillons avec les fermiers sur l’agriculture durable depuis les 15 dernières années. Au début, il a été difficile de les convaincre et de changer les mentalités. Dans un premier temps nous avons aidé les fermiers à s’organiser sous forme de sangam (groupes) qui se sont progressivement regroupés sous forme d’associations. A partir de là, nous avons pu dispenser des formations techniques sur l’agriculture durable aux associations. Ce qui a permis aux fermiers de mieux comprendre leurs problèmes et de collaborer les uns avec les autres pour lutter contre ces problèmes. A cause de la déforestation, les fermiers n’ont pas pu maintenir le bétail nécessaire à une agriculture durable. La mondialisation a amené les compagnies multinationales à s’implanter ici et à détruire les ressources locales. Les fermiers ont perdu leur source de revenus et aussi leur droit à la terre. Par exemple, une compagnie telle que Monsanto a pollué l’eau, détruit l’agriculture ainsi que la biodiversité marine. Lorsque ce problème a été dévoilé, les populations, les mouvements de femmes, les associations de fermiers et de pêcheurs se sont organisés ensemble pour protester contre la compagnie sous forme de manifestation. Nous avons rejoins d’autres associations environnementales pour étudier plus précisément le problème dans une perspective plus large. La plupart des femmes étaient illettrées et n’étaient pas autorisées à sortir hors du cercle familial pour des activités communes. Ce fut donc très difficile de les aider à s’organiser, autant pour elle que pour nous. Les femmes sont oppressées aussi bien dans leur famille que dans la société, à la fois économiquement et socialement. Les femmes gagnent de l’argent qui est dépensé pour les besoins de la famille, cependant elles n’ont pas le droit de le dépenser pour leurs besoins personnels. Les femmes sont les plus touchées par les violences domestiques, c’est un problème récurrent auquel doivent faire face les femmes partout en Inde. Quand je me déplace en tant qu’intervenante sur les questions de genre auprès des groupements de femmes dans différentes parties du Tamil Nadu, je me rends compte que leurs problèmes sont similaires. Nous croyons que ces problèmes pourront être résolus notamment par le renforcement du rôle économique des femmes. Ainsi les femmes se sont engagées dans des sangam (groupes) qui ont évolués plus tard en mouvement de femmes (Karuniya Pengal Iyakem). Ce fut un long processus pour ces femmes d’évoluer ensemble et de travailler en coopération pour atteindre une stabilité économique leur permettant de faire face plus sereinement aux agents économiques qui les oppressaient (hommes, banquiers, élus locaux). Après cet engagement au sein d’un mouvement fort et l’atteinte d’une stabilité économique, ces femmes ont assez de courage pour soulever leurs problèmes au niveau local mais aussi en dehors du district.

3. Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous devez faire face dans votre engagement au quotidien?

Je travaille avec les femmes, les fermiers, les travailleurs du secteur informel et les Dalits depuis presque 40 ans à mon compte personnel et depuis 1991 sous l’égide de Trust for Rural Development. En tant que femme, j’ai dû faire face à beaucoup de problèmes pour constituer une ONG. C’est une tâche très difficile que d’organiser les femmes et les aider à s’émanciper de leur cadre familial afin de connaître la réalité du monde et de renforcer leur rôle économique et social. Quand les femmes ont commencé à donner de la voix contre les violences dont elles étaient victimes et à s’agiter contre les inégalités hommes-femmes, les hommes des villages nous ont perçus d’un mauvais œil et ont cru que nous voulions monter leurs femmes contre eux. J’ai dû beaucoup voyager et parfois les situations exigeaient que je reste physiquement dans certains endroits, là l’amour et le soutien de ma famille m’ont manqué. J’ai aussi dû faire face à beaucoup de tensions et de stress. Au début, ce n’était pas vraiment un problème pour moi mais désormais, plus les années passent et plus je trouve mes déplacements difficiles. Notre engagement sur différentes activités et particulièrement celles liées aux femmes demandent beaucoup de temps et d’énergie. Ce n’est pas quelque chose qui se fait en une seule fois, c’est un travail quotidien.

4. Quelles sont vos plus belles victoires?

Les femmes ont pu obtenir des baux pour des carrières qu’elles gèrent elles-mêmes. Ainsi elles ont ainsi pu s’affirmer. Les femmes Dalits et les femmes sans terre se sont regroupées et ont obtenues des baux pour des terres qu’elles cultivent. Ce fut un travail énorme qui permet désormais d’assurer la sécurité alimentaire de ces femmes et de leurs familles. La promotion d’une agriculture durable permet aux populations locales de consommer de la nourriture saine et participe à la protection de l’environnement. Travailler avec les Dalits et les communautés de femmes a renforcé leur confiance en eux et ils traitent désormais les problèmes de leur communauté avec courage. Depuis plus de 15 ans, nous travaillons avec les travailleurs du secteur informel à établir leur syndicat qui a été enregistré. Les travailleuses ont rejoint le syndicat en nombre. Les membres ont acquis des connaissances politiques, sont conscients de leurs problèmes et sont prêts à les affronter collectivement dans un esprit d’unité.

5. Quel est votre plus grand vœu pour le futur?

S’efforcer d’obtenir que chaque être humain puisse avoir le droit d’accéder aux ressources naturelles.

6. Quel message souhaitez-vous faire passer à titre personnel?

Dans le monde entier, des personnes se sont impliquées pour un changement. Nous nous battons contre les inégalités dans la société depuis longtemps et je prends ici l’occasion d’inviter à aller au-delà des différences entre les êtres humains. Les plans de développement et le développement lui-même doivent être construits avec le consentement de tous les peuples du monde. Nous ne devons pas accepter un développement qui se concentre seulement sur une minorité de personnes ou de pays. La guerre et les invasions doivent cesser. Chers amis, vous devez essayer de mener votre société, votre pays sur la voie de la paix et de l’entraide. Les armes et leur commerce doivent être considérés comme un crime. Nous devons être conscients qu’aucune guerre ne résoudra les problèmes et que nous devons nous asseoir à une table et non nous retrouver sur un champ de bataille pour les résoudre.

samedi, juin 13 2009

Un partenariat original, dynamique et biologique !

Quel point commun entre des fermiers du Tamil Nadu et 3 jeunes français à vélo ? Pas évident, hein ?! Allez, petit indice : sans elle nous ne pourrions pas vivre et elle représente une des alternatives nécessaires pour faire face aux enjeux qui nous attendent… Bon, je ne fais pas durer le plaisir trop longtemps, la réponse est l’agriculture biologique !

Pour la petite histoire, leurs études terminées, 3 orléanais se sont lancés dans un projet plutôt ambitieux : rejoindre l’Inde en vélo et visiter sur leur route plusieurs organisations et initiatives œuvrant dans le champ du développement durable. L’association Dynamo Solidaire était née ! L’objectif était de vendre le maximum de kilomètres pour récolter des fonds et aider une association indienne à mettre en œuvre un projet de développement durable. Pendant plusieurs mois et avec l’aide de Frères des Hommes, Tanguy, Loïc et Sylvain ont monté leur projet de A à Z, multipliant les contacts et vendant leurs kilomètres…jusqu’au jour du grand départ en avril dernier. Vous pouvez d’ailleurs suivre leur parcours quotidiennement via leur blog (à partir de leur site internet : voir la rubrique « liens » de mon blog).

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L'équipe des Dynamos Solidaires

Mais revenons aux fermiers du Tamil Nadu… De son côté, l’association Trust for Rural Development (TRD) est membre du réseau de FEDINA. Depuis plus de 20 ans, elle travaille au quotidien avec des populations Dalits, principalement des fermiers. La révolution verte étant passée par là, la plupart des fermiers ont eu du mal à maintenir le cap et conserver une agriculture traditionnelle et vivrière. Beaucoup d’entre eux (et dans le « meilleur » des cas) ont choisi de cesser leur activité pour travailler sur les exploitations de grands propriétaires (au menu : monocultures et intrants chimiques à volonté !). Les sols de la région ont énormément perdu de leur fertilité et les petits paysans disparaissent. Halte là ! L’association TRD a choisi d’aider les petits fermiers à s’investir dans une alternative prometteuse : l’agriculture biologique, à travers un projet soutenu par les Dynamo et Frères des Hommes. Le programme est simple, il s’agit de convaincre les petits paysans de maintenir leur activité en pratiquant une agriculture locale, nourricière et respectueuse de l’environnement. Le projet prévoit le développement de la ferme modèle initiée par l’association locale et une série de formations (techniques agricoles, gestion économique et sociale). La méthode d’apprentissage utilisée est la « preuve par l’exemple ». Une majorité de fermiers n’est pas encore convaincue que l’agriculture biologique constitue une alternative pour maintenir et développer leur activité. En leur montrant que ça fonctionne, l’association souhaite aider le maximum de fermiers à adopter ce type d’agriculture.

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Potager biologique de TRD (piments, concombres, potirons, tomates...)

Le projet a débuté le 1er mai dernier et déjà le travail sur les terres de la ferme modèle a commencé. Raju, le « fermier modèle » de TRD est chargé de gérer la ferme au quotidien. Un potager biologique est déjà en place et, outre la culture du mil (culture nourricière traditionnelle), un petit élevage (chèvres, poules, vaches) est en préparation. La conservation des semences est aussi un enjeu important, c’est pourquoi une « nurserie » permettra à l’association de collecter et conserver différents types de graines traditionnelles. En parallèle, l’association a commencé à constituer des groupes de fermiers pour les formations en passant de village en village pour expliquer le projet. Un fonds de crédit rotatif permettra aux paysans qui le souhaitent d’obtenir des crédits à moindre coût leur permettant de se convertir à l’agriculture biologique. Frères des Hommes accompagne TRD dans la mise en œuvre du projet.

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Raju, le "fermier modèle" de TRD

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Ursula, la responsable de l'association TRD sur les terres de la ferme modèle

Et pendant ce temps là, les jeunes Dynamo ont achevé leur traversée de l’Europe et devraient arriver en Inde en Décembre prochain. Ils seront accueillis au sein de l’association et participeront concrètement au projet avant leur retour en France. Une jolie initiative, un beau projet et un partenariat original qui associe les solidarités locales à l’international!

jeudi, juin 4 2009

Une femme dalit à la tête de la Lok Sabha!

Hier, Meira Kumar a été élue à la tête de la Lok Sabha (Parlement Indien). Mais qu'est-ce qui différencie cette politicienne de ces prédecesseurs?! Déjà c'est une femme et en plus elle est dalit!! Elle réunit à elle seule les deux catégories de population les plus marginalisées et discriminées en Inde. Hip hip hip...! C'est d'ailleurs la première fois de son histoire que la Lok Sabha élit une femme dalit à sa tête. Après l'élection d'Obama, celle de Meira Kumar ;-) Les mentalités seraient elles en train de changer...progressivement? Est-ce que cela va changer concrétement les choses sur le "terrain"? Surement pas du jour au lendemain car les discriminations, les catégorisations sont encore bien ancrées dans la culture au quotidien. Cependant, cela ouvre la voie à une vision d'une politique démocratique plus constructive, participative et ouverte. C'est peut être un premier pas vers la politique de l'avenir, vous savez le genre de politique qui prend en compte toutes les communautés qui font la diversité d'un peuple et qui ne "laisse personne sur le bord de la route". Une politique qui s'attache à construire des ponts et non pas des murs. Cette route est encore longue mais le chemin est engagé...

Je profite de ce petit instant "politique" pour rappeler à mes concitoyens qu'en ce moment, la campagne pour les élections parlementaires européennes est lancée et (est-ce utile de le rappeler?) c'est important de voter pour faire entendre sa voie! Même si l'Europe paraît bien loin pour bon nombre d'entre nous, les élus censés nous représenter décideront en grande partie de notre futur. Dans le cadre des ces élections, Frères des Hommes permet à chacun d'interpeller les candidats et formations politiques pour demander "moins d'argent pour les armes et plus d'argent pour la solidarité" en signant une lettre qui sera remise dans quelques jours. Hâtez-vous de la signer en cliquant sur ce lien:

Demandons une Europe solidaire aux candidats au parlement européen

lundi, juin 1 2009

Promotion des droits fondamentaux, quelques nouvelles

Voici 4 mois (déjà !) que je suis arrivée en Inde et à peu près autant que le projet triennal « Promotion des droits fondamentaux auprès des populations marginalisées en Inde du Sud » a débuté. Dans la réalité, le projet en question est la parfaite continuité des activités du réseau de groupements d’action sociale (RGAS) de Fedina initié en 1996 (Inde du Sud: Karnataka, Tamil Nadu, Kerala et Andra Pradesh). Les visites aux organisations et groupements qui composent le réseau ainsi que le fait de travailler au quotidien au sein de l’équipe de Fedina me permettent de comprendre de mieux en mieux l’organisation, le fonctionnement, les enjeux du réseau… autrement dit la réalité du terrain ! A noter que les 24 organisations du réseau travaillent elles même avec différents groupements de populations (au total, le réseau représente plus de 3 000 groupements de travailleurs, de femmes, de Dalits…). Un réseau a la particularité de rassembler autour d’idées, de buts communs différentes organisations, groupements, individus ayant chacun leur propre façon de fonctionner. Chacun reste autonome tout en essayant de tendre vers des objectifs définis collectivement. « Unity in diversity » ! Il y a 2 ans, les organisations du RGAS ont défini 5 priorités communes (tout en conservant leurs activités propres): syndicalisation des travailleurs du secteur informel, le droit au travail, l’accès à la terre, les droits des Dalits et les droits des femmes. Le projet triennal vient donc supporter le réseau dans l’atteinte des objectifs fixés avec le financement de formations, séminaires, campagnes d’information et de sensibilisation, des enquêtes/études, une aide légale…organisés et mis en œuvre tantôt par la tête de réseau (Fedina), tantôt par les organisations elles-mêmes. Dans tous les cas, la mis en œuvre de l’ensemble du projet ainsi que son suivi est assuré par Fedina. Durant les 3 premiers mois de 2009, différents séminaires ont eu lieu, notamment concernant la question de la sécurité sociale dans le secteur informel (qui rappelons est inexistante à l’heure actuel) et les moyens d’assurer son financement. Les droits économiques, sociaux et culturels ont aussi fait l’objet d’un séminaire regroupant l’ensemble des organisations du réseau qui ont pu débattre de la question de la nature de ces droits, leurs violations et l’importance du lobbying et du plaidoyer afin de mettre le gouvernement devant ses responsabilités premières : assurer le respect et la réalisation concrète de ces droits. Outre les séminaires, différentes formations et réunions se sont déroulées localement sur les 5 priorités du projet sous la responsabilité des organisations du RGAS. Niveau actualité, un second séminaire sur les droits économiques, sociaux et culturels est prévu du 15 au 21 juin prochain à Bangalore. Il s’agit d’un séminaire international auquel participera l’association française Terre des Hommes ainsi que différents représentants d’organisations de la société civiles d’Amérique Latine, d’Afrique et d’Asie. Ainsi, les participants pourront échanger sur la notion de ces droits et les moyens que chacun utilise pour qu’ils soient respectés.

vendredi, mai 29 2009

Semaine marathon dans le Tamil Nadu

La semaine dernière, j’ai eu encore la chance de pouvoir mêler travail et découverte de l’Inde ! Avec, cerise sur le gâteau, ma maman à mes côtés ! Nous avons vécu d’excellents moments avec des rencontres géniales, des fous rires, de bonnes émotions…

15 mai : départ de Bangalore en avion pour Chennai. Nous arrivons en soirée à Chennai où nous passons la nuit à la « Guest House Paradise » qui n’a de paradis que le nom, mais cela fait bien l’affaire.

16 et 17 mai : A la sortie de la guest house, maman reste scotchée par la vision « apocalyptique » des rues de Chennai (beaucoup moins classe que Bangalore en effet !). Beaucoup de personnes dorment et vivent dans la rue, les bâtiments ne sont vraiment pas de première jeunesse, il y a des odeurs très désagréables, beaucoup d’agitation, une chaleur moite et nous sommes assaillis par beaucoup de monde. Maman n’est pas du tout à l’aise et moi je n’en mène pas large non plus. Nous prenons un rickshaw pour gagner au plus vite la gare routière et filer à Pondichéry. Après 4h de bus collé-serré… Nous arrivons enfin à bon port et découvrons une ville très agréable Au programme : ballades en bord de mer, petits restos sympas, visite de la communauté d’Auroville (créé en 1965 par la disciple de Sri Aurobino) et plage.

18 mai : Nicholas, le directeur de l’organisation « Integrated Rural Developement Society » (IRDS) vient nous chercher à Pondichéry pour nous conduire dans ses locaux à Villupuram. L’organisation, comme celles que nous visiterons cette semaine fait partie du réseau de Fedina. IRDS travaille surtout sur les droits des Dalits (intouchables), des pêcheurs et des populations tribales. Nous passons la journée sur place et nous rencontrons les animateurs de l’organisation qui nous expliquent comment ils parviennent à organiser les syndicats de travailleurs dalits et nous font part aussi des difficultés qu’ils rencontrent dans leur combat pour l’accès à la terre. Un peu partout, fleurissent des « Special Economic Zones » (on peut comparer cela à des Zones Industrielles ou Commerciales) qui engendrent des déplacements de populations expropriées contre une bien maigre compensation (dans le meilleur des cas). Après la réunion, Nicholas nous accompagne jusqu’à Chennai où il doit passer quelques jours. Il nous dépose dans un hôtel près de l’aéroport. C’est aujourd’hui que le chef des Tigres Tamouls a été tué par l’armée Sri Lankaise. Les autorités locales renforcent la sécurité à Chennai car elles craignent quelques réactions spontanées. Mais de notre côté, tout se passe bien si ce n’est que la chambre de l’hôtel est vraiment insalubre et que nous décidons de changer d’hôtel (même pour une nuit, c’était vraiment risqué de dormir là bas !). Décidemment, Chennai et nous, ça ne passe vraiment pas !

Rencontre avec les animateurs d'IRDS

19 mai : Départ en avion pour Trivandrum (dans l’Etat du Kerala) pour rejoindre Tirunilveli (sud du Tamil Nadu) où nous sommes accueillies par Nalan, le directeur de l’organisation Navan Jeevan Trust. Nous y restons une journée et une nuit. Nous rencontrons les 7 animatrices de l’association qui travaillent sur le programme soutenu par Fedina puis nous partons à la rencontre des groupements de femmes, des comités de la campagne Désarmer pour combattre la pauvreté et des rouleuses de Beedis dans un village. Nous rentrons dans les locaux de l’organisation vers minuit où nous passons la nuit.
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Echanges avec les animatrices de Navan Jeevan Trust

20 mai : Après un petit déjeuner avec Nalan, nous mettons le cap sur Kanyakumari (à la pointe la plus au sud de l’Inde). Nous trouvons un sympathique hôtel face à la mer et nous profitons de la fin de journée pour visiter les alentours.
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Enfants croisés sur le port de Kanyakumari

21 et 22 mai : Boaz de l’organisation Ahilam vient nous chercher à l’hôtel et nous rejoignons Nagercoil en bus pour commencer par une manifestation pacifique de soutien aux populations tamoules du Sri Lanka (mais aussi contre la guerre en général). Cependant, cela se termine assez rapidement car les autorités locales ont décidé d’annuler l’autorisation au dernier moment. Les militants présents sont menacés d’être arrêtés s’ils restent sur place. Nous suivons Boaz et son équipe de drôles de dames dans leur petit bureau de Nagercoil. Nous échangeons sur leurs activités autour d’un plateau de mangues et de noix de cajou. Les 4 membres de l’organisation sont des militants convaincus et passent la majeure partie de leur temps sur le terrain au plus près des populations avec lesquelles ils travaillent. Durant 2 jours que nous passons avec eux, nous vadrouillons en bus et passons de village en village à la rencontre de groupements de femmes, de pêcheurs et de travailleurs de la construction (briques).
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Avec le grouments de femmes du village de pêcheurs

23 mai : Nous visitons l’organisation Nava Jyothi située à Marthandam (non loin de Nagercoil). Nous sommes accueillies par l’équipe et les jeunes filles du groupe d’activités culturelles. Et quel accueil ! Chansons, fleurs et cadeaux. Nous passons une excellente journée en leur compagnie. Le matin nous prenons connaissance des activités et du fonctionnement de l’organisation puis après le déjeuner nous partons en minibus dans un village de pêcheurs où le groupe donne une représentation mêlant chants, danses traditionnelles et petites scénettes à travers lesquels ils abordent les difficultés auxquelles doivent faire face les villageois. Ce type d’activités permet d’aborder le sujet des droits fondamentaux de façon ludique et amènent les populations à réfléchir sur leur situation et les moyens à mettre en place pour faire respecter leurs droits.
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"Désarmer" mis en scène par l'équipe de Nava Jyothi

24 mai : Nous quittons Kanyakumari pour retourner à Trivandrum où nous reprenons l’avion pour Bangalore. Nous faisons une petite halte sur la plage de Kovalam Beach.
Nous gardons de cette semaine d’incroyables souvenirs de nos visites et nos rencontres avec les populations locales. L’accueil fut à chaque fois extrêmement chaleureux et les échanges tellement enrichissants. Très souvent, avec les villageois, même si nous ne parlions pas la même langue, nous réussissions à nous comprendre. C’est une expérience vraiment formidable ! Avec l’aide des membres des organisations qui nous accueillaient (et assuraient aussi les traductions), nous avons pu prendre pleinement conscience des difficultés auxquelles sont confrontées les personnes que nous avons croisées sur notre route (pauvreté, précarité, discriminations…), autant de choses qui les privent d’un accès aux plus basiques des besoins et des droits (se loger, se nourrir, se soigner…). Leur capacité à se mobiliser et à lutter pour le respect de leurs droits nous ont impressionné. Je pense sincèrement que nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres. N’hésitez pas à cliquer sur le lien « + de photos » pour visionner les clichés pris pendant cette semaine de visites !

vendredi, mai 15 2009

On the road again!

C'est reparti pour une dizaine de jours en mode baroudeuse... et un peu "à l'arrache" je dois l'avouer. Hier j'ai réservé tous les billets nécessaires à notre petit périple avec maman et ce matin j'ai réservé l'hôtel pour ce soir. Après, on verra sur place au fur et à mesure, c'est un peu ça l'Inde aussi; on ne prévoit pas les choses 15 jours à l'avance, c'est souvent de l'instantané ;-). Le guide du routard sous le bras et le petit baluchon sur le dos, nous décollons donc ce soir pour Chennai d'où nous rejoindrons Pondicherry. Sur place, je profiterai pour faire un peu de tourisme avec maman et je rendrai visite à Nicholas qui travaille avec des groupements de Dalits. Mardi matin, nous mettrons le cap tout à fait au sud (Trivandrum = capitale du Kerala) d'où nous rejoindrons Kanyakumari (dans le Tamil Nadu). Là bas, nous profiterons des levers et couchers de soleil au bord de mer (paraît il magnifiques!) et nous visiterons plusieurs organisations membres du réseau de Fedina. Nous rentrerons sur Bangalore le 24 mai au soir après une bonne semaine riche en aventures et en rencontres que je ne manquerai pas de vous raconter dans un prochain billet! Hier nous avons fait une petite bouffe avec des collègues et voisins à la maison. C'était vraiment super chouette et maman était vraiment heureuse de voir à quel point je suis bien entourée ici. Je pense qu'elle rentrera à Paris très sereine et rassurée, avec de belles images plein la tête! Carpe diem ;-)

mardi, mai 12 2009

Mam'Goudig in India!

La semaine dernière, je reçois un coup de fil de ma petite Mouns pour m'annoncer son arrivée! Moi qui ne l’attendais que pour Octobre, c’était une bonne surprise! Son avion a atteri vendredi dernier et elle a enfin pu découvrir en live le nouvel environnement de sa fifille ;-) Mise à part quelques frayeurs en rikshaw et la chaleur, elle se sent plutôt à l'aise ici. Comme toute bonne maman qui se respecte, elle finalise mon installation et veille à ce que je ne manque de rien... Ce week end, nous avons donc passé pas mal de temps au marché et j'ai eu droit à tout plein de cadeaux utiles (notamment ustensiles de cuisine!). Nous avons aussi eu le temps de faire une bonne ballade dans le grand jardin botanique de Bangalore avec Nazya (une voisine) et sa petite cousine qui ont passé le dimanche avec nous. Hier, maman a rencontré mes collègues de Fedina et je lui ai montré où je travaillais. Elle était tout émue, c'était mignon! Cette semaine, nous restons à Bangalore car il faut bien que je travaille un peu au bureau ;-) et dès vendredi je repars en visite auprès de groupes du réseau de Fedina accompagnée de ma petite Mouns. Au programme: Pondicherry et Kanyakumari (ville la plus au sud de l'Inde). On the road again!!! Ca promet!

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Maman, Nazya et Safia au jardin botanique de Lal Bagh

Du côté de Fedina, la semaine de séminaire sur les droits économiques, sociaux et culturels s'est achevé vendredi dernier. Pendant 5 jours, divers intervenants se sont succédés et ont abordés différents thèmes. De la définition même des droits fondamentaux, en passant par le droit au travail, à la nourriture, à la santé, à la terre…, ce séminaire était le lieu de réflexions et d’échanges d’expériences sur la notion de droits de l’Homme et sur la façon pour les organisations de base (société civile) de s’organiser pour l’application effective de ces droits (lobbying, plaidoyer). Différents représentants d’organisations indiennes et des Philippines ainsi que les organisations membres du réseau de Fedina ont participé au séminaire. J’ai pu développer de bons contacts avec les personnes du réseau et j’ai déjà quelques visites de prévues pour le mois à venir (au moins 4 organisations à découvrir sur le terrain !). Bien entendu, je vous tiens au jus ;-) A très vite.

mercredi, mai 6 2009

En mode baroudeuse

La semaine dernière fut riche en … « baroudage ». Et je confirme que j’adore ça ! Un ami de Paris est passé me voir à Bangalore et nous en avons profité pour faire un bon road trip mélangeant tourisme et boulot. Et oui, autant joindre l’utile à l’agréable. Tout a commencé par une entrée en douceur… impossible de trouver un bar d’ouvert le soir de son arrivée ! Il faut savoir que des élections parlementaires se sont tenues à Bangalore et en cette période, les tensions sont palpables et la vie semble s’arrêter pour quelques jours (on ferme les bars et on interdit les ventes d’alcool pour éviter les bagarres !). Mais nous ne nous sommes pas laissés abattre pour autant et nous avons décidé de partir en weekend à Ootie, une petite ville du Tamil Nadu située à 2 000 mètres d’altitude. Nous y avons trouvé un paysage magnifique, un climat rafraichissant, des plantations de thé, des populations tribales (Nilgiris, du nom des montagnes qu’ils habitent), un superbe jardin botanique, du chocolat (spécialité locale) et des bars ouverts ! Au passage, heureusement que j’étais accompagnée d’un garçon et que je suis occidentale car je me suis retrouvée bien seule (ce n’est vraiment pas dans la culture que les femmes fréquentent les bars). Nous avons rencontré des personnes très sympas dont un monsieur qui nous a conseillé des coins à visiter. Les deux jours sont très vite passés et nous nous en somme mis plein les yeux. Et c’est à Ootie que j’ai enfin pu vaincre ma peur des singes ! Bon, je n’étais pas non plus très rassurée mais j’ai réussi à prendre sur moi et à passer tout prêt de ces charmantes bêtes sans paniquer (méthode : respirer tranquillement et faire mine de ne pas les voir, attention cette méthode ne fonctionne pas si vous avez une noix de coco ou quelconque nourriture dans les mains...). Nous avons donc remis le cap sur Bangalore en passant par la réserve naturelle de Bandipur (à cheval sur le Tamil Nadu, le Karnataka et le Kerala). Nous n’avons pas vu les fameux tigres mais nous avons vu quelques éléphants, des paons, des daims… De retour à Bangalore, nous avons à peine eu le temps de nous poser que nous sommes repartis passer une journée au village d’Ullalu (tout près de Bangalore). Nous avons rencontré les groupements de Senior Citizens (retraités), les Self Help Group (groupements de femmes) et des travailleuses du textile. Le village d’Ullalu s’est constitué à partir de 350 familles musulmanes qui ont été chassées de quelques kilomètres et qui à partir de rien, ont réussi à créer ce village. Désormais, le village compte plus d’un millier d’habitants et différentes communautés se côtoient. Les groupes rencontrés nous ont impressionné par leur capacité à se mobiliser et à agir pour le bien être de la communauté entière. Ils nous ont aussi posé beaucoup de questions sur la situation en France et ce fut vraiment très intéressant de pouvoir échanger à ce sujet. Après cette journée, nous avons passé la soirée à Bangalore (les élections passées, la ville étaient déjà beaucoup plus vivante !). Et le lendemain nous avons mis le cap sur Trichy (Tamil Nadu) par le bus de nuit (environ 7h de trajet). Nous avons passé 2 jours au sein de Trust for Rural Development, une organisation membre du réseau de Fedina aux activités multiples, dont l’agriculture biologique. Nous étions à une trentaine de kilomètres de la ville de Trichy, en pleine campagne et nous avons été accueillis par une équipe très sympa et militante ! Nous avons vécu à la « roots », une chouette expérience. Le bureau de TRD est entouré d’un grand potager biologique avec des fruits, des légumes et quelques plantes médicinales. Nous avons visité pas mal de sites dont celui qui accueillera les terres de la future ferme modèle qui permettra la formation de paysans de la région aux techniques agro écologiques. Ce projet est soutenu par Frères des Hommes et l’initiative des Dynamo Solidaire, il doit débuter en ce mois de mai. Notre séjour à la campagne touchant à sa fin, nous avons remis le cap sur Trichy où nous avons pu visiter le Rock Temple qui surplombe la ville et offre une vue magnifique avant de reprendre le bus de nuit pour retourner à Bangalore. Voilà une semaine qui est encore trop vite passée mais qui nous a permis de découvrir encore plein de choses, de rencontrer tout plein de gens et d’en profiter à 100%. Me voilà désormais en plein milieu d’une semaine consacrée à un séminaire sur les droits économiques, sociaux et culturels, organisé par Fedina. La suite au prochain épisode ;-)

samedi, avril 18 2009

« Slumdog millionnaire»

Hier après midi, j’ai enfin réussi à voir le fameux film dont tout le monde parlait récemment : Slumdog Millionnaire. Il s’agit en fait de l’adaptation cinématographique (par Danny Boyle) d’un roman indien Les fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire de Vikas Swarup (diplomate et écrivain indien). En deux mots, c’est l’histoire d’un petit garçon des bidonvilles de Bombay qui, une fois grand, gagne le jackpot au jeu « Qui veut gagner des millions ? » avec en prime l’amour à la clef (c’était le destin !). Sur l’histoire en elle-même je vous avouerai que c’est un peu « gros » et vraiment très romancé, mais bon il faut bien rêver aussi dans la vie sinon ce serait bien trop triste. Le personnage principal est accusé d’avoir triché (bien sûr, ce n’est pas pensable qu’un gamin issu d’un bidonville puisse répondre à toutes les questions), s’en suit alors un interrogatoire assez musclé de la part des autorités pour lui faire « cracher le morceau ». Et c’est justement tout cet ensemble de flashbacks du héros du film, Jamal, qui est intéressant. Bienvenu dans la vie quotidienne des bidonvilles… Du massacre des communautés musulmanes par les Hindous jusqu’à l’exploitation de la misère par certains pour faire du fric en passant par la corruption, un « joli » panorama de la dure réalité. Mon but ici n’est pas de vous raconter tout le film mais plutôt de vous inviter à le regarder si ce n’est déjà fait. J’ai eu la chance de pouvoir le regarder avec des amis indiens qui m’ont confirmé que les pratiques dénoncées dans le film sont malheureusement toujours d’actualité et plutôt réalistes. Cependant, je ne peux m’empêcher de penser : ok, ce film nous donne des émotions, peut aussi nous révolter mais, après que se passe-t-il concrètement pour les personnes dont c’est la réalité au quotidien… ? Pas grand grande chose au final. Bien sûr, je ne m’attends pas à ce que chacun devient un militant acharné de défense des droits de l’Homme et que la misère puisse être éradiquée du jour au lendemain. Mais je m’interroge assez souvent sur le rôle de chacun de nous dans notre univers quotidien sur la protection et l’application de ces droits. Récemment, dans mon quartier ici même à Bangalore, j’ai été confrontée à quelque chose qui m'a mis très mal à l'aise. Des travaux de nettoyage des caniveaux sont actuellement en cours et des hommes travaillent toute la journée dans ce nid à microbes avec comme seuls outils leurs mains et bien entendu sans aucune protection. Et puis mon attention s’est focalisée sur un petit bonhomme, les pieds et les mains dans la m… sous une chaleur de plomb. Je me suis frottée les yeux à plusieurs reprises mais c’était bien un enfant d’une douzaine d’années je pense. Et bing, le travail des enfants en pleine poire à deux pas de chez moi… Les gens passaient à côté comme si de rien n’était, c’est normal ! Je suis consciente que ce n’est pas le seul dans ce cas et que les choses prennent du temps à changer mais c’est typiquement le genre de situation à laquelle je ne pourrai jamais m’habituer et je le revendique fièrement. S’habituer, fermer les yeux c’est la solution de facilité et la porte ouverte au démantèlement de tous les droits acquis jusqu’à présent. Bien loin de baisser les bras, cette anecdote parmi tant d’autres ne fait que renforcer mon engagement au quotidien et mon incroyable envie de comprendre, de m’impliquer pour pouvoir lutter efficacement. J’apprends en même temps que je transmets et je n’ai pas la prétention de faire la leçon à qui que ce soit. Je ne porte pas en permanence mon costume de « Warrior de la Paix », je souhaite simplement continuer de vous faire partager au mieux mon expérience et pourquoi pas enclencher des échanges constructifs et positifs. N’hésitez donc pas à faire part de vos réactions ou de vos propres expériences. A très bientôt.

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