L’APEF… que de lectures sur cette structure, sa responsable et sur le projet avec Frères des Hommes avant mon départ pour BUKAVU …je pensais avoir appris beaucoup de choses, recueilli beaucoup d’éléments  mais en définitive, je ne savais rien. Je ne savais rien de la personnalité de cette femme Nunu SALUFA, coordinatrice de la structure, investie corps et âme pour son association. Il suffit de l’entendre parler de son « bébé » et de regarder ses yeux briller pour comprendre…. Des questionnaires passés auprès des petites commerçantes d’habits usagés dans le cadre d’une recherche action jusqu’à aujourd’hui: il y en a eu du chemin parcouru tout au long de ces presque 20ans.

Je ne savais rien non plus des membres composants l’APEF. Je pourrais faire le tour de chacun d’entre eux et retranscrire leurs propos mais cela serait inutile car ils ont tous un même objectif, une même pensée : aller vers l’égalité de l’homme et de la femme.

Et puis, il y a le regard porté par l’APEF sur Frères des Hommes que je représente actuellement sur le terrain. Ce dernier est presque fraternel …en tant que partenaire historique depuis les tous débuts, forcément, cela aide…je pense que cela joue beaucoup sur mon intégration ici : je suis dorloté, associé, impliqué dans la vie de l’association mais également en dehors.

Ma mission – appuyer la formation

Mais en quoi consiste ma mission. Pour contextualiser, afin d’apporter une autre  pierre à l’édifice du changement, l’APEF s’est doté d’un centre de formation en 2002. Ainsi, les femmes vulnérables sont formées à des métiers techniques – teinture, coupe-couture, broderie - afin d’être en mesure de travailler et d’accéder à un emploi ou d’ouvrir leur unité de production. Mais il ne faut pas oublier que le but est également de faire prendre conscience à la femme qu’elle a des droits et qu’il existe des moyens de faire évoluer les mentalités patriarcales. Ainsi, elles sont aussi formées sur des thématiques telles que le genre, l’organisation communautaire, la gestion de conflit…

Et Frères des Hommes là-dedans ?  Et bien son  but est d’apporter un appui en ingénierie de formation et ingénierie pédagogique…En d’autres termes, nous allons travailler sur les référentiels (métiers, compétences, formation et d’évaluation) et outiller les formateurs sur le plan pédagogique. En un mot : passionnant. Et comme le public concerne les femmes vulnérables…cela prend tout son sens !

Où en sommes-nous ? Et bien après une phase d’observation, d’intégration - somme toute plutôt rapide- et de prise de connaissance du fonctionnement de la structure, les choses sont maintenant bien lancées. Je travaille ici en binôme avec le Responsable Pédagogique du centre de formation. Au commencement il n’était pas facile de collaborer. Différences de cultures de travail, dimension temporelle différente,  une envie d’aller plus vite que la musique de ma part… Et puis, on prend ses marques, on commence à comprendre le fonctionnement de chacun et là, le plaisir d’installe. Forcément, deux mois ne suffisent pas pour une collaboration optimale mais l’espoir est présent. Il y aussi le dynamisme de l’équipe qui n’a pas faibli depuis la mission de juin avec Estelle (Bergerard) – responsable de projet chez Frères des Hommes – et Chloé (Inisan) – chargée de formation à FDH - et qui motive chaque jour. Nous avons recueilli à travers différents entretiens les avis des formateurs, animateurs et d’apprenantes sur des points tels que le nombre d’apprenantes idéal, la durée de formation nécessaire pour former les bénéficiaires, mais également sur des thèmes de fond tels que l’organisation pédagogique ou les critères.

S’adapter

L’APEF s’est adaptée à leurs avis, désormais, la formation ne se fera plus en alternance (jusqu’à maintenant, la formation se faisait un jour sur deux et il y avait deux groupes distincts par semaine) comme lors des années précédentes mais en continu. Ainsi, il y aura désormais deux sessions par an au lieu d’une seule, et un seul groupe à la fois. Cette nouvelle organisation aura bien des avantages. Pour ne citer que quelques-uns : continuité dans le processus d’apprentissage et des périodes de stage pour les apprenantes et pour les formatrices, pas de répétition du contenu, continuité pédagogique, temps de repos…Il y a eu également discussion et définition des critères de sélection afin de mieux cibler les femmes « nécessiteuses ». Et c’est dans cette phase que nous sommes actuellement. Après avoir travaillé sur les différentes étapes du processus de sélection, nous lançons cette semaine les démarches de recrutement. Première étape, appeler les 150 candidates pour vérifier certains critères (notamment la disponibilité tous les jours du lundi au vendredi de 8h à 13h…) et le cas échéant les convoquer pour des tests écrits et des entretiens la semaine prochaine…car les choses pressent… Il faudra très certainement faire face à des impondérables ; ainsi, nous sommes prévenus : même si les candidates ne sont pas invitées aux tests, certaines se présenteront pour passer les épreuves. Petite anecdote au passage, les années passées,  il arrivait qu’une femme ne soit pas retenue et qu’elle pleure tellement ou qu’elle vienne plusieurs jours de suite demander « pardon » pour qu’elle soit retenue…On considérait alors qu’elle voulait vraiment sa formation et que la motivation était là. Ces pratiques vont changer et comme tout changement, un temps d’adaptation sera nécessaire. Affaire à suivre…