Voici quelques enseignements de ce mois de campagne :

  • En temps de campagne, la loi du vide n’existe plus sauf si on vit isolé

Les candidats et leurs partis occupent tous les espaces publics possibles mais aussi les espaces privés. Les façades des maisons, les arbres et les voitures prennent les couleurs des partis. Bien évidemment, cette présence physique est inégalement répartie, puisque en général, les partis se concentrent sur les zones urbaines et délaissent les campagnes. Rare sont ceux qui prennent le chemin des routes sableuses et rocheuses pour aller à la rencontre des villages isolés des montagnes. Mais il y en a.

  • En temps de campagne, l’inégalité des portefeuilles importe peu

Cette occupation de l’espace est bien sûr dépendante des ressources financières dont disposent ces acteurs. Ainsi, selon les moyens disponibles la présence physique des partis dans l’espace public varie. Par exemple, à Jacmel, (ville du poète René Depestre, du sud-est du pays) il y deux frères qui se présentent pour le même parti, le parti présidentiel, aux postes de sénateur et de député. Il y a des milliers d’affiches à leur effigie dans le centre-ville (cf. photo ci-dessus). D’autres candidats, organisent des rencontres dans les espaces publics à renfort de musique où le temps des débats ou d’un hypothétique dialogue avec les citoyens est souvent absent.

  • En temps de campagne, la classe politique se rappelle (un peu) des citoyens…

Les candidats n’ont de cesse de promettre d’écouter les citoyens afin de bien se rappeler de tout ce qui aura été dit une fois au palais présidentiel. D’ailleurs, nombreux sont les candidats qui les écoutent distraitement en leur offrant des tee-shirts et un peu d’argent… peu nombreux sont ceux qui n’ayant que leur temps et leur volonté de changer le pays, les écoutent vraiment.

A la veille des élections : les tensions et les craintes apparaissent

Si on se promène dans le pays dans cette période importante (pour rappel, à Haïti, rare ont été les élections qui n’ont pas été entachées d’irrégularités ou de violences), il alors possible d’entendre  des citoyens qui ne croient plus du tout à la participation comme moyen de changer la situation politique du pays. Au contraire, le souvenir est encore fortement douloureux d’un candidat porté au pouvoir par un immense mouvement populaire. Mais il est aussi possible d’entendre, une jeunesse de la capitale faiblement politisée et au contraire une jeunesse du monde rural fortement impliquée. 

La participation aux prochaines élections pourrait donc surprendre. Néanmoins, ce qui pourrait surprendre aussi c’est la façon avec laquelle les mauvaises habitudes de certains partis (bourrage d’urnes, menaces ou violences) pourraient de nouveaux se manifester.

Des observateurs seront présents. De son côté, l’état affirme qu’il sera très vigilant. Mais déjà, on entend de ci de là qu’il y aurait eu des violences sur certains candidats….