Le chant de la Kora

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vendredi, août 6 2010

Clap de fin

Cela va faire un an que je me suis installé au Sénégal pour travailler au sein de l'équipe de la Kora. Pendant cette année, j'ai passé de très bon moments avec l'ensemble de l'équipe. J'ai aussi appris beaucoup, notamment sur la manière dont se gère concrètement un programme de développement. J'ai enfin largement développé ma connaissance de la société sénégalaise à travers nos discussions professionnelles et informelles. Je connais maintenant les rouages compliqués d'une cérémonie de mariage au Sénégal, merci Aby. Ce fut aussi une année riche en apprentissage sur les relations que peuvent entretenir des associations du Nord et du Sud. Collaborer avec les équipes des Pôles Projets et Communication de Frères des Hommes était enrichissant. Les échanges que j'ai eu avec leurs membres (Nicolo', Laurence, Raul ou Maia) m'ont permis de mieux connaitre les impératifs d'un dossier de financement à déposer auprès de l'Union Européenne, ou les nécessaires besoins qu'une association a en images et en remontée d'informations depuis le terrain.

Malheureusement, cette année prend fin, et j'arrête ici ma collaboration avec Frères des Hommes et la Kora. Je suis venu au Sénégal en famille, avec ma femme et ma petite fille. Aujourd'hui, nous attendons un second enfant. Les conditions de vie à Dakar étant difficiles (chaleur, transports, coût de la vie, etc.), nous préférons rentrer en France. De plus, ma position de chargé d'appui n'a pas toujours été évidente à gérer, et n'a pas toujours occuper l'ensemble de mon temps. Alors, malgré tous les points positifs de cette année de volontariat, je préfère essayer de relever un nouveau défi en m'orientant vers un emploi, dans le domaine solidarité internationale, qui répond mieux à mes attentes.

Je conclu en remerciant tout ceux qui ont lu ces lignes et qui m'ont suivi au cours des 12 derniers mois. Bonne continuation à tous.

François

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Innover pour se développer

Au sein du programme d’appui à la menuiserie sénégalaise que mènent la Kora-PRD et Frères des Hommes au Sénégal, les activités de formation occupent la place la plus importante. Ces formations, dont j’ai souvent parlé, s’adressent aux apprentis menuisiers, mais aussi aux leaders des organisations professionnelles partenaires, et enfin aux maitres-artisans. C’est de ces dernières dont je vais vous parler aujourd’hui.

Pour les maitres-artisans nous proposons une formation à l’innovation. Nous les formons à la conception de prototypes et à des techniques de montage modernes. Il s’agit donc d’une formation qui porte non sur la nature des produits mais sur leurs méthodes de fabrication. Son objectif est de former les menuisiers de l’ONP Bois à de nouvelles techniques leur permettant de répondre au mieux à l’évolution du marché du meuble. Elle doit ainsi leur permettre de développer des produits autres que massifs, démontables et plus facilement transportables pour répondre à de nouveaux besoins, notamment en milieu urbain où l’habitat en hauteur se développe. En effet, l’un des enjeux majeurs pour les artisans réside dans leur capacité à innover et à proposer à leur clientèle des produits adaptés aux nouvelles attentes.

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Nous avions déjà réalisé, il y a environ 1 an, une session de cette formation à Touba. Cette année, cette formation a regroupé une quarantaine de menuisiers issus des régions de Kolda, Kaolack, St Louis, Ziguinchor, Sédhiou, Kaffrine, Fatick, et Matam, pendant 6 jours. Au Centre de Formation Professionnelle de Kolda, les participants, encadrés par des formateurs venus de Tambacounda, ont réalisé : • des tables démontables, • des portes de sécurité, • des étagères de rangements, • et des meubles vitrés de salons et de hall.

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Pour valoriser le travail accompli, dans le cadre du plaidoyer en direction des autorités locales pour la prise en charge de futures sessions de formation, une cérémonie de remise d’attestation à été organisée lors de la clôture de la formation. Des représentants du gouverneur, et la RTS (la télévision publique sénégalaise) étaient notamment présents.

mercredi, juin 9 2010

Un travail de fourmis

Voila une activité dont je crois ne jamais vous avoir parlé : le recensement des ateliers de menuiserie.

Dans les régions où se déroulent les formations pour apprentis menuisiers, les 3 animateurs font la tournée des ateliers de menuiserie qu’ils arrivent à identifier. Pour cela, ils s’appuient sur les menuisiers de la ville qui leur indiquent les ateliers qu’ils connaissent. Car il n’existe aucun fichier, aucune liste des menuisiers installés. La très grande majorité d’entre eux (voir la totalité moins quelques exceptions) font partie de ce que l’on appelle le « secteur informel », ils n’ont donc pas d’existence légale et ne sont enregistrés nulle part. Ainsi, auprès de chaque maitre-artisan, les animateurs recueillent des informations sur le nombre d’apprentis et de salariés, l’équipement de l’atelier, l’état des machines, le type de produits réalisés, en plus des informations concernant le maitre-artisan et l’emplacement de l’atelier.

Un tel travail, long et répétitif, a pour objectif de fournir à l’ONP Bois à la fois une liste la plus complète possible des artisans menuisiers, ce qui est très intéressant pour transmettre de l’information au plus grand nombre et éventuellement pour mener une campagne d’adhésion, mais aussi de lui fournir des arguments pour les activités de plaidoyer. En effet, un message à teneur politique, « l’Etat devrait s’impliquer financièrement dans la formation des apprentis menuisiers » par exemple, a plus de poids si l’organisation qui porte ce message peut afficher un nombre important de membres. Et oui, l’homme politique est ce qu’il est : un homme qui souhaite se faire réélire et qui cherche à répondre aux attentes de ses potentiels électeurs (désolé pour cette petite phrase un peu cynique mais certainement assez pragmatique !).

En fin d’année 2009, nous avons ainsi procédé à une première journée de saisie des données collectées dans les régions de Louga, Thiès et Diourbel, dont voici un résultat synthétique : - 531 ateliers ont été recensés - qui emploient 3517 personnes - dont 2774 apprentis. - Sur ces 531 ateliers, 342 ne sont équipés d’aucune machine.

Depuis le recensement a continué, notamment dans les nouveaux sites de formation : St Louis, Kaolack et Kolda.

François

mercredi, juin 2 2010

Les femmes tisseuses de Méckhé

Rappelez-vous : en 2009, des formations pour apprentis s’étaient déroulées à Méckhé (entre autres). Méckhé, ce n’est pas, à proprement parlé, un grand centre urbain comme le sont les autres villes d’intervention du programme. C’est plutôt un gros village assez dynamique et très connu pour son artisanat et notamment ses chaussures en cuir. Mais Méckhé, c’est surtout la ville où se trouve l’UGPM (Union des Groupements Paysans… de Méckhé, bien sûr !!), une structure partenaire depuis longtemps de Frères des Hommes. Alors, lors de la construction du projet, les menuisiers de la ville ont été intégrés au public des formations. Les maitres-artisans ne sont pas très nombreux et l’effectif de la formation a été réduit de moitié. Mais que cela ne tienne, la Kora décide de mener une formation en technique de tissage traditionnel pour les femmes de la ville.

Pourquoi le tissage ? Car cette activité est artisanale et s’inscrit donc dans le champ d’action de la Kora qui a réalisé une première formation de ce type à Tambacounda ; mais surtout car elle est complémentaire de la menuiserie. En effet, il existe aujourd’hui un marché en pleine croissance pour des meubles mixtes composés de bois mais recouverts de pagnes tissés. Le pagne tissé est très connu au Sénégal, c’est l’élément constitutif du vêtement traditionnel et c’est encore un pagne de ce type qui est utilisé lors des mariages et des baptêmes.

Tissage méckhé

Alors en une session d’une dizaine de jours des formatrices de Tambacounda sont venues apprendre à dix femmes issues de Méckhé et des villages alentours à préparer les fils, à les monter sur le métier à tisser et à utiliser celui-ci pour réaliser un pagne uni. Prochainement, viendra un temps de formation à la teinture et à la composition de motifs. Entre les sessions, les participantes à la formation peuvent venir à l’UGPM où les métiers sont stockés et continuer leurs pagnes en cours. Enfin, quand la formation sera complétée, les femmes pourront acquérir les métiers contre un somme forfaitaire qui représente seulement une partie de la valeur du métier.

Cette activité, en marge du programme d’appui à la menuiserie bois, lui est pourtant très liée, car les meubles qui pourront être produit, en combinant bois et tissu, seront un atout supplémentaire pour la reconnaissance de la menuiserie artisanale et pour l’accroissement de ses ventes. C’est aussi un moyen d’améliorer le niveau de revenu et les conditions de vie des femmes de Méckhé en leur permettant de créer une activité professionnelle supplémentaire.

A bientôt François

lundi, mai 17 2010

L'ONP Bois en formation.

Bonjour à tous,

Voila quelques semaines que je n’ai pas écris. Je répare ma faute aujourd’hui en vous parlant d’une activité nouvelle au sein du programme d’appui à la menuiserie artisanale que mènent la Kora-PRD et Frères des Hommes.

Pour rappel, nous soutenons l’Organisation Nationale des Professionnels du Bois (l’ONP Bois) dont les membres assurent la gestion et la logistique des formations d’apprentis dans les villes où les cours ont lieu. L’organisation nationale est en fait un regroupement d’organisations régionales de menuisiers, qui sont les véritables structures avec lesquelles nous travaillons localement. Ce sont les membres dirigeants de ces organisations régionales qui ont participé à la formation dont je vais vous parler. Fin avril à St Louis, nous avons invité les représentants de l’ONP Bois des régions de Thiès, Louga, St Louis et Matam. Une trentaine d’entre eux ont fait le déplacement pour se retrouver pendant 3 jours. La formation s’est construite autour de l’intervention de l’équipe de la Kora et d’intervenants extérieurs, qui ont tour à tour présenté un thème en lien avec la gestion d’organisation. Ainsi, Makhtar, Aby, Samba Souna, ainsi qu’un juriste, des membres d’ONG ou de coopérations agissant dans la région de St Louis et le secrétaire général de la Chambre de Métiers de St Louis ont traité des différentes formes juridiques d’association, de la gestion des conflits, de la communication, du processus de prise de décision ou ont illustré ce que peut-être un partenariat entre deux structures. La forme de la formation peut paraître déroutante pour un européen, car l’oralité est le seul mode de transmission des connaissances : pas de diaporama, peu de documents écris. Mais les participants sont extrêmement attentifs à ce qui est dit et la pertinence de leurs interventions à la fin de chaque prise de parole témoigne de leur vigilance.

Formation leaders ONP Bois

Cette formation est très importante dans le processus de structuration de l’ONP Bois, car elle favorise la connaissance, et donc la confiance, entre ses membres, et donne à ces artisans des bases dans des champs de compétences qui sont étrangers à leur pratique professionnelle mais qui sont indispensables à leurs nouvelles responsabilités. Elle favorise ainsi le maintient de la dynamique créée, la vie démocratique de l’association et renforce ses chances de pérennisation. Pour preuve, la bonne humeur des artisans à la fin de la réunion qui ont dressé une liste des participants les plus dynamiques, les plus éloquents, les plus fous…

Je vous avoue que je n’ai suivi qu’épisodiquement cette formation, bien que j’étais à St Louis en même temps. Car les dates de cette rencontre ont coïncidé avec la venue de Nicolo’, chargé de projet au siège de Frères des Hommes, avec qui j’ai travaillé à la rédaction d’un nouveau document de projet pour prolonger les activités de soutien à la menuiserie sénégalaise. Inch Allah, comme on le dit ici.

Equipe et Nicolo' Vous remarquerez que sur la photo j'essaie de me grandir, mais au Sénégal, je suis (largement) sous la moyenne ;) !

A bientôt François

mercredi, avril 7 2010

C'est le printemps ?!

Bonjour,

Nous voici début avril, et sans se découvrir d’un fil (la température atteint les 40°c à l’intérieur du pays), le programme suit son bonhomme de chemin. Les formations en prérequis se déroulent bien à Kaolack et à Kolda, où les animateurs de Touba et Thiès ont maintenant été définitivement déplacés. A Kaolack, les 100 apprentis inscrits ont été scindés en deux groupes pour assurer des cours d’une qualité suffisante. A St Louis, où les formations en prérequis n’ont pas été jugées nécessaires (voir mon billet précédent), les cours de dessin et de sculpture vont commencer prochainement. Les formateurs ont déjà été identifiés et le programme et leur rôle leur ont été présentés par Samba Souna Fall, l’animateur sur place. Une soixantaine d’artisans se sont préinscrits.

Fin mars, une réunion a rassemblé l’ensemble des formateurs en prérequis, le même type de réunion aura lieu à la mi-avril avec les formateurs en dessin et en sculpture. Ces rencontres permettent aux formateurs d’une même matière d’échanger sur le contenu des cours et sur leur progressivité. Ainsi, ceux qui ont déjà réalisé le programme de formation peuvent donner quelques trucs et astuces aux nouveaux, et l’ensemble de leurs critiques permettent d’améliorer de façon continue la pédagogie des cours. Un peu de la même façon, une rencontre a été organisée entre les Comités de Formation des anciens et des nouveaux sites. Une passation a pu ainsi avoir lieu, et on peut espérer que certaines difficultés rencontrées lors de l’année 2009 pourront être évitées. Enfin, le rassemblement de toutes ces personnes a été choisi pour réaliser la première réunion du nouveau Comité Directeur de l’ONP Bois issu de l’AG nationale de décembre, un grand nombre des membres des CF étant aussi des membres des bureaux régionaux l’ONP Bois. Un programme d’activités a été présenté qui servira de base aux actions de plaidoyer mises en place au cours de l’année 2010.

Pour compléter ce billet, j’emprunte à Samba Souna un témoignage qu’il a recueilli lors du recensement des ateliers de St Louis : « M. Assane Boye est un menuisier basé à Pikine. Il est âgé de 47 ans et est chef d’un grand atelier tant du point de vue de l’espace que de l’équipement. Il dispose d’un bureau où habituellement il reçoit la clientèle et gère les différentes commandes. Il est très intéressé par la structuration des artisans en général et des menuisiers en particulier. « Je suis d’avis que la réussite des menuisiers se doit de passer forcément dans leur regroupement. En unifiant nos forces il est possible de créer des systèmes de solidarité pour une meilleure couverture sociale des menuisiers. C’est en cela que votre programme (celui de La Kora) est salutaire parce qu’il va agir sur l’amélioration de la qualité des produits en même temps qu’il pourrait mettre en place une mutualisation forte et durable. Je pense tout de même qu’il faudra déployer beaucoup d’énergie pour rétablir la confiance entre les menuisiers. Sans la confiance à l’égard de ceux qui nous dirigent, beaucoup d’entre nous aurons du mal à adhérer à ce vaste programme de structuration. Plusieurs tentatives du genre ont échoué parce qu’elles n’ont pas su effacer les doutes et les suspicions qui planaient au sein des menuisiers. Je pense aussi qu’en agissant de manière transparente, il est possible de faire rallier tout ce beau monde à ce projet qui, à vrai dire, fait notre affaire. » »

François

mercredi, mars 17 2010

160 nouveaux apprentis

Jeudi et vendredi passés, Makhtar Anta Diop, Lat Déguène Faye et moi-même avons rejoint Kaolack puis Kolda pour le lancement officiel des formations dans ces deux villes. Les objectifs étaient de rencontrer les pouvoirs publics locaux pour leur présenter le programme et de participer au premier temps de rassemblement des apprentis intéressés par les cours.

Pour préparer ces deux journées, les animateurs El Hadji Bara Kane et Alphousseiny Dramé ont passé quelques jours avec les menuisiers. Ensemble, ils ont pu caller les rendez-vous, diffuser de l’information aux responsables locaux qui ne pouvaient pas être vu ce jour là, et organiser le temps d’échange avec les apprentis.

Pour l’instant, les formations qui vont être dispensées sont celles en prérequis (alphabétisation et calculs), elles constituent un préliminaire indispensable aux cours de dessin technique et de sculpture qui nécessitent des bases en écriture, géométrie, etc.

à Kaolack

A Kaolack, c’est au sein de la Chambre des Métiers que se tiendront les cours. Ce partenariat est important, car la Chambre est la structure étatique représentative de l’artisanat et c’est déjà une reconnaissance que d’obtenir la mise à disposition d’une salle. Après avoir rencontré trois adjoints au maire, nous avons retrouvé, accompagné des membres du Comité de Formation, les apprentis et leur employeurs dans la future salle de cours. Nous avons présenté les modalités de la formation, puis la parole a été donnée aux apprentis pour qu’ils définissent leurs jours et leurs heures de cours, qu’ils élisent un représentant chargé de discuter avec les formateurs en cas de problème, qu’ils fixent quelques règles de vie… Le public était nombreux : plus de 100 inscriptions ont été prises !! Cela dépasse très largement les capacités financières du programme qui prévoit une cinquantaine de personnes. Heureusement pour eux, la formation en prérequis prévue à St Louis n’aura pas lieu faute de besoin (et c’est plutôt bon signe, cela veut dire que les apprentis saint-louisiens ont un niveau suffisant). Les ressources budgétées à St Louis pourront donc servir au financement de la formation de l’ensemble des apprentis inscrits à Kaolack.

à Kaolack 2

A Kolda, c’est dans le bureau de l’adjoint au Gouverneur que nous passerons quelques minutes pour parler des formations et de l’organisation des menuisiers de la ville. Puis au centre régional de formation professionnelle, nous retrouvons les apprentis menuisiers. La réunion se finit alors que la lumière tombe. Les formateurs seront, ici, ceux du centre de formation qui abritera les cours. Une soixantaine d’inscriptions sont prises. Les formations peuvent donc débuter la semaine prochaine.

François

mercredi, février 17 2010

C'est reparti !

Bonjour,

La semaine dernière, nous avons relancé les activités de formation du programme. En 2010, les sessions de formation vont débuter sur 3 nouveaux sites et seront complétées à Touba. L’étape préliminaire nécessaire au lancement de ces formations est la mise en place de Comités de Formation issus des organisations professionnelles régionales de menuisiers.

Nous avons donc repris la route pour nous rendre à St Louis, Kaolack et Kolda, et rencontrer les représentants des menuisiers. Les 4 menuisiers volontaires pour faire partis du Comité de Formation devront, avant début mars, identifier des lieux de formations, identifier des formateurs et recruter des apprentis. Cela peut paraitre simple, mais ça demande beaucoup de mobilisation dans un pays où tout se passe par la rencontre et la parole. Il faut par exemple aller voir les artisans menuisiers pour leur expliquer ce qui est proposé comme formation et à quoi ils s’engagent en y inscrivant leurs apprentis. Il n’est pas non plus facile de recruter des formateurs locaux alliant les compétences techniques et le sens pédagogique nécessaires, pour que les formations apportent une plus-value aux apprentis formés par rapport à la formation pratique qu’ils reçoivent en atelier.

Mais c’est toute la stratégie du projet qui repose sur la mobilisation de ces compétences locales. L’engagement bénévole des Comités de Formation, ce qui est un cas très rare au sein de la société sénégalaise, et le recours à des formateurs issus du milieu artisanal local complexifient la mise en œuvre du programme, mais assurent sa pérennité. Si plus tard, les menuisiers souhaitent reproduire ces formations grâce à des financements qu’ils auront eux-mêmes négociés, ils seront en possession de la méthodologie et des moyens nécessaires. De plus, leur implication est un moyen important de structuration et d’autonomisation de leurs organisations professionnelles. S’ils arrivent à mener ces activités avec la plus grande autonomie possible, le programme les aura amenés à développer et à se prouver leurs capacités de mobilisation. C’est (encore) un pas important dans la prise de conscience collective nécessaire à la construction de l’ONP Bois au niveau national.

François

Du côté de St Louis

Bonjour cher lecteur, chère lectrice,

Après plusieurs semaines de silence « bloggistique », je suis de retour ! Le début d’année n’a pas été propice à de longs billets sur les activités du programme, et pour cause : le mois de janvier a principalement été occupé par la rédaction du rapport d’activité pour le « Service de Coopération et d’Action Culturelle de l’Ambassade de France au Sénégal » (ouf ! on reprend sa respiration…). C’est certainement une activité des plus importantes, mais ce n’est pas très exaltant à lire.

Alors dans ce billet, je vous parlerai plutôt d’un petit tour que j’ai fais du côté de St Louis.

St Louis, c’est le symbole du passé colonial français au Sénégal. La ville est construite sur l’embouchure du fleuve Sénégal et se compose donc de plusieurs iles coincées entre les bras du fleuve et l’océan. Cette position en a fait un port idéal pour les premiers colons. Le commerce s’y est rapidement développé en profitant de l’axe de circulation qu’était le fleuve. L’architecture de la ville traduit ce commerce. Tout le long des anciens quais se trouvent d’importants bâtiments constitués d’une façade qui est occupée par des entrepôts donnant sur le port , et d’une façade donnant dans les rues de la ville sur laquelle débouchent au rez-de-chaussée des boutiques et à l’étage les appartements des anciens propriétaires. Ce commerce ne fait pas honneur à la France, car beaucoup d’esclaves ont transité par St Louis dans le cadre du commerce triangulaire avec l’Amérique. Ce patrimoine architectural colonial et l’homogénéité de ses constructions ont permis le classement de St Louis comme site du patrimoine mondial de l’humanité. En effet, on retrouve sur l’île de nombreux bâtiments privés, administratifs et militaires possédant d’élégants balcons en fer forgés, des escaliers majestueux ou de nombreuses arcades. Mais aujourd’hui St Louis est à la limite de perdre son titre. Pourquoi ? Car le classement oblige les restaurations à se faire avec des matériaux identiques à ceux utilisés à l’époque, et que la terre sénégalaise ne permet pas de reproduire les briques et les tuiles qui étaient importées de France à l’époque. Le coût des travaux est ainsi bien au-dessus des moyens des autorités sénégalaises, malgré l’aide de la coopération internationale. Alors les saint-louisiens entretiennent comme ils le peuvent leur ville avec le béton qui est disponible, chargé de sel et peu solide ; et nombre de bâtiments s’abiment petit à petit.

Au sud de la ville s’étend le parc national de la Langue de Barbarie. Cette «langue », c’est un mince cordon de sable planté de filaos qui sépare sur plusieurs dizaines de kilomètres le Sénégal et l’océan. C’est un lieu touristique à l’écosystème original. Le mélange des eaux douces du fleuve et de l’eau de mer crée un milieu aquatique favorable à la prolifération des poissons et donc à l’hivernage de nombreuses espèces d’oiseaux. Pélicans, sternes, goélands, échassiers de toutes sortes… sont observables. Je me suis donc retrouvé, en famille, à buller au soleil au bord du fleuve dans un cadre plutôt sympa !! Plage, tour de pirogue et sieste ont « animé » ces 3 jours. Hélas, cet écosystème est en grand danger. En 2003, pour éviter à la ville de St Louis une série d’inondations, une brèche a été ouverte en urgence dans la Langue de Barbarie. Presque rien !! 4 mètres de sable enlevés permettant à l’eau du fleuve de sortir plus vite vers l’océan. Mais aujourd’hui, la brèche fait plus d’1 kilomètre de large… et ses bords sont rapidement rongés par les vagues. Les conséquences sont dramatiques pour plusieurs raisons : entrée massive d’eau salée dans le fleuve, ensablement de son embouchure naturelle, création d’une zone où les vagues sont extrêmement fortes mais que les pêcheurs empruntent pour éviter le détour de plusieurs kilomètres (plusieurs naufrages sont à déplorer chaque année), et maintient du risque d’inondation ! Cette brèche, c’est une solution d’urgence qui met en péril l’ensemble de l’écosystème de la zone avec des retombées sur les activités économiques (pêche et tourisme).

La richesse architecturale et écologique de tels lieux est mise en péril par le manque de moyens qui entraine une absence de vision à long terme. Les solutions recherchées doivent être économes en argent et applicables par les compétences locales, souvent limitées par le manque de formation. Le faible développement ne s’exprime ainsi pas seulement dans les problèmes quotidiens de la population sénégalaise mais aussi dans la destruction des richesses du pays.

François

jeudi, décembre 31 2009

Assemblées Générales

Pendant 2 semaines l'équipe a été très occupée par les AG régionales et nationale de l'ONP Bois.

Deux représentants de l'ONP Bois, Aby et moi-même avons d'abord fait le tour du Sénégal pour assister aux Assemblées Générales (AG) des associations locales des menuisiers de Matam et de Kolda. Je dis le tour du Sénégal car la route pour rejoindre Matam la plus praticable (mais les nids de poule y sont parfois tellement nombreux que nous roulons sur le bas côté pendant plusieurs kilomètres) passe par St Louis. Nous sommes ainsi partis de la pointe ouest du Sénégal (Dakar) pour rejoindre son extrémité est (Matam) en passant par la ville la plus au Nord (St Louis), tout cela avant de rejoindre Kolda en Casamance, la région la plus au Sud : plus de 2 000 km !! Les paysages que nous avons traversés vont ainsi des zones désertiques que longe le fleuve Sénégal à la forêt autour de Kolda. Si le voyage n’a été « agrémenté » par aucune panne (Merci Maka, notre chauffeur-mécanicien), nous avons croisé une manif’ d’écoliers qui réclamaient un professeur, de nombreux troupeaux, une troupe de babouins… et plus inquiétant, un nombre important de militaires et de check-points dès notre entrée en Casamance. En effet, cette région enclavée du Sénégal est depuis de nombreuses années soumises à une rébellion indépendantiste et au banditisme que l’insécurité favorise. Pour rejoindre Kolda, nous avons ainsi été bloqués dans un petit village, le préfet de la région ayant interdit la circulation de nuit à cause des trop nombreux braquages.

Moussa Mbaye et Lat Déguène Faye Les menuisiers à Kolda

La semaine suivante ce fut au tour de Louga, Touba et Thiès de tenir leurs AG. L’ensemble des ces réunions régionales se sont correctement déroulées et ont ainsi permis le renouvellement des bureaux des associations de menuisiers.

Le dimanche 27 s'est finalement tenu l'AG nationale avec 80 délégués venus de 13 (sur 14) régions. L'importance en nombre et l'étendue de l'origine géographique des délégués sont un signe très positif de l'intérêt des menuisiers pour la dynamique de l'ONP Bois. Certaines régions (Sédhiou, Fatick) ont même envoyées des représentants sans avoir été officiellement invitées car étant hors du champ d'action actuel de l'ONP Bois.

Tribune à l'AG nationale Assemblée Générale nationale

Le nouveau Conseil d’Administration est composé d'un nombre important de menuisiers issus des régions (c'est-à-dire hors de la capitale). Cela contraste fortement avec la composition de l'ancien CA qui n'était composé que de représentants de Dakar. Ceci traduit l'évolution des rapports de force au sein du syndicat et peut être vu comme un signe positif de l'extension de l'ONP Bois à l'ensemble du Sénégal. Mais il y a un revers à la médaille : certains membres du CA et même du Bureau viennent de localités très éloignées de Dakar et la difficulté à se déplacer va rendre plus difficile la tenue des réunions statutaires.

L'AG nationale a été perturbée par les interventions d'un groupe de menuisiers de Dakar, qui font partie des membres fondateurs de l'ONP Bois mais qui s'en étaient éloignés. Ils contestaient notamment la légitimité de Masseck Diop, l’actuel président de l’ONP Bois. Les nombreuses interruptions ont finalement fini par exaspérer l’ensemble des participants qui leur ont demandé de quitter la salle. Ce fut donc une AG très « vivante », mais comme le dit Makhtar Anta Diop, directeur de la Kora : « Ce fut une vraie AG, houleuse, et pas une AG consensuelle sans débat ». Dont acte.

Voici un lien vers une vidéo pour vous mettre dans l’ambiance, avec le groupe contestataire et la réponse de Masseck Diop (en wolof !!) :

Ambiance à l'AG nationale

Malgré les dissensions au sein des menuisiers de Dakar, l'ONP Bois est sortie renforcée de la tenue de ces AG qui ont stimulé le débat et favorisé notamment la prise de conscience de l'importance d'une telle structure par les menuisiers des régions.

François

mardi, décembre 1 2009

Le calme avant la tempête

Météo de La Kora : fin novembre = mer calme, décembre = beaucoup d’agitations prévues.

En effet, les formations sur les sites de Thiès, Louga et Meckhé étant terminées le suivi des comités de formation a demandé peu de temps en cette fin du mois de novembre.

Mais à partir du 8 décembre les Assemblées Générales de l’ONP Bois par région commencent. Ainsi, c’est 8 AG qui devront se tenir avant le milieu du mois. Et puis, le 26 décembre (ne vous étonnez pas de la date ! Le Sénégal est un pays à 90% musulman et Noël n’est pas une fête importante) les délégués élus lors des assemblées régionales se retrouveront à Thiès pour l’AG nationale.

Il y aura aussi le compte-rendu de fin d’année à réaliser pour le Service de Coopération et d’Action Culturelle (SCAC) de l’ambassade de France au Sénégal, le service par lequel le financement du Ministère des Affaires Étrangères nous parvient. Il faut ainsi rassembler les données quantitatives, qualitatives et financières du programme qui permettront à notre bailleur de fond de juger de la pertinence du projet. Le travail de collecte des données est réalisé tout au long de l’année mais la rédaction du rapport va prendre du temps.

En plus de ma participation à ces activités, je travaille actuellement sur le recensement des ateliers de menuiserie et sur la rédaction d’une charte de l’apprentissage.

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Depuis plusieurs mois, les 3 animateurs de l’équipe ont parcourus les rues des villes de leurs régions respectives pour identifier et interroger les maitres-artisan. Vendredi prochain, nous organisons une journée de saisie des questionnaires posés pour construire ainsi une base de données la plus exhaustive possible. L’objectif est de permettre à l’ONP Bois de connaitre ses membres potentiels, leur niveau d’équipement, leur nombre d’employés et d’utiliser ces données comme arguments dans ses actions de plaidoyer.

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Quant à la charte d’apprentissage, elle doit permettre de mettre « noir sur blanc » les engagements respectifs des maitres-artisan, des apprentis et de leurs parents les uns envers les autres. Ainsi, le cadre dans lequel évolue l’apprenti sera mieux défini et la qualité des relations entre les différents acteurs de la formation améliorée. C’est aussi un moyen d’avancer vers une homogénéisation de la formation par apprentissage pour viser à long terme la reconnaissance et la certification de ces parcours par l’Etat.

Lors des AG régionales les premières données du recensement et une première version de la charte seront présentés pour être discutées par les artisans membres de l’ONP Bois.

François

lundi, novembre 9 2009

Douze artisans et une charte

A Mékhé, la semaine passée, nous avons mené l’une des actions du programme qui doit permettre de capitaliser* la formation reçue par les apprentis menuisiers.

En effet, une partie du programme est consacrée à la formalisation des cours dispensés par les formateurs de La Kora mais aussi à celle de la formation pratique que reçoivent les apprentis au sein des ateliers de menuiserie. A terme, ce travail aboutira à la création de référentiels permettant de définir le déroulé complet de la formation d’un apprenti en menuiserie, et, pourquoi pas, de permettre de reproduire le programme qui est en train d’être mené.

La première étape consiste à concevoir des chartes de compétences avec les menuisiers. Ces chartes sont une liste des thèmes que doit maitriser le menuisier « accompli », chaque thème étant ensuite associé à une série de tâches à effectuer ou d’habiletés à maitriser. Ainsi, l’un des thèmes qui est cité est évidemment « Fabriquer des meubles » mais on trouve aussi « Organiser l’atelier » ou « Gérer les finances ».

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La construction de cette charte se fait grâce à une séance de brainstorming puis de relecture des idées produites sous la direction d’un animateur. C’est un travail très difficile pour les menuisiers. Nous leur demandons, pendant 2 jours, de réfléchir à ce qui fait leur métier. La prise de parole en public et l’analyse de leur pratique professionnelle ne sont pas dans leurs habitudes et demande pour beaucoup un effort important. Pourtant le résultat est là.

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Ainsi, nous avons réunis à l’UGPM, notre partenaire à Mékhé, 12 artisans menuisiers reconnus pour leur savoir-faire. Encadrés par Aby Diop, la responsable formation de La Kora, les maitre-artisans présents ont su échanger et produire une charte commune. La recherche du consensus sur telle compétence ou telle tâche a bien sûr provoqué la tenue de vifs débats ! Mais en fin de compte, les menuisiers ont été très intéressés par la démarche, certains interpellant même Alphousseyni Dramé (l’animateur de Thiès et Mékhé) le surlendemain pour lui soumettre des modifications à la charte, d’autres se félicitant des rencontres entre professionnels que ces activités permettent.

groupe charte de compétences Mékhé

Ce travail va être poursuivi par la réalisation de chartes de compétences sur 8 produits phares de la menuiserie sénégalaise. Au cours de l’année 2010, ce sont les autres sites du programme qui accueilleront ainsi à tour de rôle une douzaine de maitre-artisans.

François

  • c’est-à-dire recueillir et mettre en forme avant de diffuser

vendredi, octobre 30 2009

Le Tour du Sénégal

Quoi de neuf à la Kora ?

Ces trois dernières semaines ont vu l’équipe, accompagnée des représentants de l’ONP Bois, se déplacer sur les différents sites de formation.

Nous avons d’abord fait le tour de 6 des 7 villes dans lesquelles se déroule le programme. Pour certaines (Thiès, Mekhé, Louga, Touba), c’était l’occasion de faire un point sur l’avancée des formations et de régler les éventuels problèmes rencontrés. Les contacts téléphoniques s’avérant insuffisants pour gérer un programme aussi étendu dans le temps et dans l’espace, ces tournées régulières permettent de conserver un lien direct avec les Comités de Formation, avec les formateurs et avec les apprentis.

A St Louis et à Kaolack, l’enjeu était différent. Il s’agissait d’installer les Comités de Formation. Ceux-ci devront avant janvier recruter les formateurs et informer les menuisiers de leur localité de l’organisation des formations. Makhtar Anta Diop, directeur de la Kora, et Ibrahima Ndoye, chargé des régions à l’ONP Bois, avaient déjà contacté les responsables des structures professionnelles locales. Nous avons réexpliqué les enjeux et le contenu du programme et visité les futurs lieux de formation.

Lors de cette tournée, nous avons pu assister à Louga au cours de sculpture dispensé par Abdoulaye Diaby à une quinzaine d’apprentis. Dans certaines localités il est difficile pour les Comités de Formation de recruter des formateurs bons techniciens et pédagogues. C’était le cas à Louga pour le formateur en sculpture. Mais La Kora a profité de son réseau au sein des menuisiers pour faire appel à M. Diaby : formateur à Tambacounda, il est venu vivre pendant plusieurs semaines à Louga pour assurer les cours de sculpture.

Abdoulaye Diaby forme les apprentis de Louga

Dans une salle d’un centre de formation technique mis à disposition par le Conseil Régional, les apprentis réalisent des pièces à la difficulté croissante. Après avoir dessiné les formes à sculpter, ils vont utiliser gouje et ciseau pour petit à petit faire apparaitre la représentation voulue. Ce jour là, certains travaillaient à la réalisation d’une « fleur » tandis que d’autres finissaient un plat en forme de poisson.

Apprenti de Louga en cours de sculpture

Réalisation Louga sculpture

Les sculptures sont très demandées par les clients sénégalais. Elles ornent les lits, les coiffeuses et les armoires des chambres à coucher fastueuses que se font faire les sénégalais notamment comme dots lors des mariages. Ces meubles se vendent ainsi plus chers et l’artisan y gagne beaucoup en valeur ajoutée. On comprend alors l’engouement des apprentis pour acquérir ces compétences et donc pour participer spécifiquement à ce module de formation.

lundi, octobre 19 2009

Une semaine dans mon lit

Je viens de faire connaissance avec l’un des habitants les plus « charismatiques » du Sénégal : le paludisme. Quand vous le rencontrez, vous ne pouvez plus l’oubliez.

C’est un personnage avec un certain « sans-gêne », il s’est installé chez moi lundi passé et n’est reparti que samedi. Quand vous l’avez chez vous il vous demande une attention constante, il ne tolère pas que vous essayiez de vous occuper d’autres choses, immédiatement il vous rappelle à l’ordre ! J’ai donc passé une semaine dans mon lit en compagnie de cet invité inopportun, qui m’a causé des nuits blanches et des journées fiévreuses. Il ne me reste aujourd’hui que beaucoup de fatigue et un bien mauvais souvenir que je n’ai pas hâte de voir revenir.

A part cet épisode, ma vie continue de s’organiser. Je vis dans un quartier qui est encore en grande partie en construction donc peu habité. C’est agréable car le quartier est très calme (à la différence de nombreux quartiers de Dakar où la circulation automobile règne), mais en contrepartie il y a encore peu de petites boutiques qui permettent ici de se ravitailler en tout. Il nous faut donc petit à petit repérer les plus proches, celle qui a tel produit, la « supérette » qui vend du fromage et du Nutella…

Mon quartier est en construction et ce n’est pas le seul. La presque-île du Cap-Vert sur laquelle est bâtit Dakar semble déjà bien rempli, mais cela n’empêche pas la ville de s’étendre toujours plus. Des quartiers sont construits au bord de l’aéroport, les nouveaux quartiers sont constitués d’immeubles de plusieurs étages (ce qui est nouveau pour les habitations), et les dernières friches sont occupées. Tout cela pourrait représenter un marché potentiel de fenêtres, de portes et de mobilier pour les menuisiers que nous soutenons, mais l’ampleur des commandes et la trop petite taille des ateliers ne sont pas compatibles. Leur structuration est là aussi nécessaire pour pouvoir répondre à ce type de marché.

jeudi, octobre 8 2009

La parole à Barakat

Bonjour,

En attendant que la Kora-PRD ai son propre blog, j'ouvrirai de temps en temps les pages de ce blog à Barakat Aboudou-Salami, responsable de la communication et du plaidoyer au sein de notre équipe. Je la laisse ainsi vous présenter l'action de formation qui a eu lieu à Thiès le samedi 3 octobre. A bientôt.

François

"Thiès : Fin des activités de formation, 50 artisans sont sensibilisés sur la vie citoyenne

Le Samedi 03 Octobre fut un jour spécial pour les artisans et apprentis menuisiers de Thiès (70 Km au sud de Dakar). Il est 9h30 et nous sommes dans l’enceinte de l’Ecole Primaire Iba Cathy Ba. Un petit repos après une demi-heure passée à ranger la classe devant abriter la rencontre avec les artisans. Les apprentis menuisiers arrivent petit à petit. Certains s’excusent d’être arrivés en retard, d’autres, un peu intimidés rejoignent directement leur siège. Les retrouvailles entre les apprentis se font dans un climat bon enfant. Il faut dire qu’ils avaient fini leurs cours en acquisition de pré requis (alphabétisation), sculpture et dessin technique depuis la fin du mois d’Août. S’ils se retrouvent de nouveau, c’est pour suivre un module complémentaire pas du tout ordinaire. Ce module parle des « menuisiers et la vie citoyenne ».

Thiès vie citoyenne

Organisée par la Kora-PRD en partenariat avec l’Organisation Nationale des Professionnels du Bois (ONP Bois), cette journée d’animation et de sensibilisation vise à outiller les artisans dans les domaines de la citoyenneté (le Sénégal et ses institutions), la formation professionnelle, la souscription à l’Institution de Prévoyance Retraite (IPRES), la sécurité au travail…etc. Les échanges ont été animés par des personnes ressources telles que le président de la chambre des métiers de Thiès, un élu local, un représentant de la Caisse de Sécurité Sociale, un Inspecteur du Travail pour ne citer que ceux là.

Très attentifs aux différents exposés, les artisans ont été édifiés entre autres sur l’importance d’une chambre des métiers, le code du travail, la nocivité du bois et la nécessité de s’en protéger, les conditions d’adhésion à la Caisse de Sécurité Sociale, l’ouverture d’un compte d’épargne, l’accès au crédit. A la fin de la journée, un groupe d’apprentis interpellent Makhtar Anta Diop (Directeur Exécutif de la Kora-PRD). Ils ont une question qui leur tient à cœur : « est-ce la fin définitive des cours ?». La réponse ne les enchante guère. Toutefois, ils partent avec le sentiment d’avoir acquis de nouvelles connaissances utiles à leur vie professionnelle. Des journées similaires sont prévues dans 3 autres zones d’intervention de la Kora-PRD (Méckhé, Louga et Touba).

Barakat Aboudou-Salami"

jeudi, octobre 1 2009

Premieres activités de terrain

Le programme actuel d’appui à la menuiserie bois qui est prévu sur 3 ans (2009-2011) fait suite à plusieurs projets menés conjointement par Frères des Hommes et la Kora-PRD. La particularité de ces actions est de s’appuyer sur la formation par apprentissage pour favoriser l’organisation des artisans en syndicat professionnel et pour donner à celui-ci une réelle légitimité vis-à-vis des artisans et des pouvoirs publics. Là où d’autres structures utilisent, par exemple, le crédit ou les mutuelles d’équipement pour rassembler les acteurs d’une filière, la Kora a choisi de s’appuyer sur la formation.

Ces activités de formation visent à renforcer les compétences de l’ensemble des acteurs de la filière, les apprentis bien sûr par les cours de pré-requis, de dessin technique et de sculpture, mais aussi les maitres-artisans et les membres des instances de l’ONP Bois.

Mon premier contact avec les activités du programme sur le terrain fût ainsi la clôture de la formation en prototypes et techniques de montage proposée aux maitre-artisans des sites de Touba, Thiès, Louga et Mékhé. Cette cérémonie en présence de nombreux responsables locaux a été relaté et commenté par Henri Lefebvre sur son blog. J’y ai senti un réel enthousiasme de la part des artisans, pas seulement sur le contenu des formations mais aussi sur les liens que la semaine de travail en commun avait pu créer. Ils formaient un groupe heureux d’avoir travaillé et appris ensemble. C’est ces relations nouées qui permettront à La Kora et à l’ONP Bois de continuer à rassembler les menuisiers et à améliorer ainsi la prise en compte de leurs revendications au sein de la société sénégalaise.

Au sein de la Kora, mon arrivée a coïncidé avec la programmation des activités qui doivent être réalisées d’ici décembre. Cette fin d’année sera ainsi marquée par la fin des formations sur les sites qui ont participé au programme précédent : Thiès, Mekhé et Louga. Les apprentis inscrits auront alors suivi l’ensemble des modules en deux ans.

Autre activité importante : l’installation des Comités de Formation sur les nouveaux sites de St Louis, Kaolack et Kolda, qui auront ensuite à charge de recruter les formateurs et de trouver les lieux de formation.

Kolda n’était pas prévu dans le programme, pourquoi décider d’y développer les actions de formation ? Car cette ville est située en Haute-Casamance qui est une région riche en bois et où les menuisiers sont très présents. Mais c’est aussi une région qui reste marginalisée de par son éloignement géographique et son histoire récente conflictuelle avec le pouvoir central. Ainsi, le déroulement des formations permettra à l’ONP Bois de fédérer une base nombreuse, motivée pour se former et d’améliorer sa représentativité et sa légitimité. C’est aussi un choix politique qui participe à réduire les différences entre la Casamance et le reste du Sénégal.

François

mercredi, septembre 30 2009

(Re)découvrir Dakar

Mon premier mois à Dakar peut se résumer en un mot : intégration.

Intégration, dans cette ville africaine que je redécouvre. Il me faut réapprendre à vivre avec la chaleur, à m’orienter dans les rues tentaculaires qui font de Dakar une des plus grandes villes d’Afrique, à indiquer au taximen le bon repère dans le bon quartier dans une ville où les adresses ne permettent pas d’arriver à destination. Il faut me réhabituer au chant du muezzin à 5h du matin, aux klaxons et à la foule, à cette activité intense et désordonnée en apparence qui contraste tant avec les campagnes africaines.

Intégration, linguistique et sociale. J'apprends les quelques mots de wolof qui me servent tous les jours : les salutations, les remerciements, les questions de base... Je redécouvre aussi les subtilités de la politesse et des relations humaines en Afrique, un mélange de pudeur, d'éclats de voix et de rires avec lesquels il faut jouer.

Intégration enfin, de ma famille dans notre nouveau lieu de vie. Sophie, ma femme, et Lucille, ma fille d’1 an et demi, m’ont rejoint une semaine après mon arrivée. Car cette mission de volontariat, c’est un projet professionnel et un projet de vie. Après nos premières expériences de vie en Afrique chacun de notre côté, ce départ en famille est une envie commune. Si il pose beaucoup de questions (notamment sur la vie au quotidien), il est aussi plein de promesses de partage et d'échanges.

François

Introduction

Bonjour à tous,

Bienvenue sur mon blog où j’essayerai de vous tenir informé de mes activités, et si possible de vous faire partager un peu de mes ressentis au cours des 2 ans de ma mission de volontariat.

Le dernier numéro de « Résonnances » vous présente le programme d’appui à la menuiserie sénégalaise mené par l’ONG La Kora-PRD. C’est au sein de cette structure, partenaire de Frères des Hommes depuis de nombreuses années, que je travaille comme chargé d’appui depuis 1 mois. Je vous fais grâce de mon parcours, vous trouverez mon portrait fait par Iuna (stagiaire à Frères des Hommes) dans ce même numéro.

« Chargé d’appui », kesaco ? Prenez un peu de gestion, un peu de formation, un peu de communication. Mélangez. Vous obtiendrez un poste qui permet de participer à l’ensemble de la vie de l’association, qui permet de faire quelque chose de différent tout les jours, et qui surtout n’est pas là pour « faire à la place » mais pour « faire avec ». Bien sûr, il va falloir que je trouve ma place au sein de l’équipe, mais l’accueil chaleureux et l’ambiance de travail sont des signes prometteurs. Pour l’instant, j’observe comment circule les informations, comment se prennent les décisions, quel est le rôle effectif de chacun, pour pouvoir progressivement prendre part à la vie de la structure de manière plus active. Travailler au sein d’une équipe sénégalaise est l’une des motivations qui m’ont fait postuler sur cette mission, mais s’intégrer à une équipe déjà constituée et d’une culture différente de la mienne est un vrai challenge.

A bientôt. François