Les bouts de bois, Sénégal

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mardi, octobre 13 2009

Retour sur le retour

Trois semaines depuis mon retour en France et la fin de cet expérience au Sénégal. Mais les relations entre Frères des Hommes et le Sénégal continuent et Timothée Bindi est le prochain stagiaire à y partir. En attendant, il clôture ce blog en revenant sur mon stage et comment je l'ai vécu.

Henri est de retour pour la deuxième fois d’un pays qu’il commence à bien connaître, le Sénégal. Après un stage de 3 mois à la Kora-PRD où il a travaillé sur la conception d’un spot télévisuel, pour valider un master 2 en cinéma, c’est une bonne occasion pour lui de revenir sur son expérience, ses motivations et ses envies.

L’offre de stage de Frères des Hommes, trouvée à travers le réseau de solidarité internationale Coordination Sud, était l’opportunité de concilier ses projets professionnels, ses compétences et des envies plus personnelles, comme celle de revenir au Sénégal, 8 ans après y avoir vécu toute son adolescence.

Passionné par l’anthropologie et la culture, conscient des injustices et des enjeux du monde actuel, Henri voulait essayer de relier ces aspects, fils conducteurs de ses choix de formation, avec un moyen de continuer concrètement la recherche dans cette spécialité : le film documentaire. Ce stage lui a donc permis d’agir dans le milieu de la solidarité internationale, mais également d’approfondir sa connaissance du monde de la production audiovisuelle en Afrique, en particulier dans le monde associatif. Ce domaine prend en effet de plus en plus d’importance en Afrique, notamment grâce au succès des films nigérians, à l’équipement toujours meilleur des ménages en matériel visuel et malgré…la disparition des cinémas.

C’était aussi le moyen de découvrir une association de développement basée sur une corporation (la menuiserie), mais à visée universelle. Ainsi, la Kora-PRD organise par exemple des séances de formations sur les métiers du bois mais aussi sur des points plus généraux comme les droits de l‘homme, etc. Une bonne expérience d’action locale et concrète !

Frères des Hommes n’était donc pas vraiment un choix déterminé, mais Henri a été séduit par le mode de fonctionnement de l’association et de ses partenaires. C’est en effet selon lui un bon exemple du fait que « l’on peut faire beaucoup avec peu de moyens ». De plus, les projets de Frères des Hommes s’inscrivent souvent dans une démarche politique affirmée, ou au moins dans une volonté réelle de changer notre mode de fonctionnement sans appliquer un « pansement » temporaire à un problème rencontré, ce qui lui a également plu (en plus, bien sûr, d’encourager les jeunes à partir à l’étranger).

Henri est donc de retour avec une nouvelle expérience en poche, un bagage supplémentaire dans la vie déjà bien chargée de ce jeune homme de 24 ans. Et continue toujours à penser à son avenir avec autant de voyages et d’idées en tête…peut-être dans la recherche ? En tout cas il n’a pas oublié les romans d’aventure de sa jeunesse, et il n’est pas prêt de s’arrêter …Bon vent à toi !

Timothée Bindi

mercredi, septembre 16 2009

Une semaine de contacts et de convivialité entre les artisans

Depuis avril, tant de choses se sont passées. Les menuisiers de trois régions du Sénégal se sont investis derrière la Kora, dans un programme d’échange, de formation et de renforcement des capacités. Des jeunes ont pu ajouter à leur formation traditionnelle au sein des ateliers, des contenus théoriques et techniques leur permettant de disposer d’une réelle valeur ajoutée au sein des ateliers et des outils permettant leur émancipation. Une organisation regroupant les professionnels du secteur du bois, l’ONP-Bois, s’est engagée dans une politique de prise de contact et de communication au niveau national comme international. Il serait illusoire et injuste de penser que tout ceci est né en cinq mois. L’engagement de l’ONP-Bois, de la Kora et Frères des Hommes dans ce type d’action remonte déjà à presque une dizaine d’années. Mais pour de nombreux menuisiers, c’est un engagement neuf. Ont-ils le sentiment d’avoir bénéficier de cet engagement ? Se sentent-ils partie prenante d’une aventure collective, d’une lutte pour sauver leur savoir-faire dans un contexte économique prédateur ?


bis_le_president_de_la_chambre_des_metiers_et_un_recipiendaire_bis.jpg Le directeur exécutif de la Kora (2ème à g.), le directeur de la chambre des métiers de Touba (au centre) entourés d'artisans


El Hadj Bara s’enthousiasme : « C’était la joie. La joie d’une grande retrouvaille. » Dans le visage serein et débonnaire de ce cinquantenaire, se dégage une confiance en l’action collective, fondée sur son expérience de militant comme sur sa connaissance approfondie du projet et des hommes qui le font. « Je suis formateur en GERME (GERez Mieux votre Entreprise). Cela consiste a aider la création d’entreprises et à les assister dans leur développement. » Il gère brillamment son cabinet de consultance à Touba, la ville sainte du Sénégal, mais en parallèle, c’est à l’engagement associatif qu’il consacre la plupart de son temps. En 2006, il conclue en tant qu’animateur d’un programme de la FENAS, la Fédération Nationale des Artisans au Sénégal : le Promart. C’est une action triennale qui contribuait à la formation, à la promotion et au suivi des artisans. El Hadj Bara était en charge d’animer la région de Djourbel, autour de Touba, comme pour le programme de la Kora. « C’était un programme qui comporte des volets similaires. C’est pour cela que j’ai pris contact avec la Kora. »


El Hadj Bara Kane, animateur de la ville de Touba


S’il est si enthousiaste aujourd’hui, c’est que la semaine passé, il a travaillé dur pour que les rencontres de menuisiers qui se sont déroulées à Touba se passent le mieux possible. Ce fut un des points marquants de ces premiers mois de travail. L’occasion de se rendre compte de l’implication de chacun. Vingt-deux artisans venus des quatre centres de formation (Une dizaine de Touba, quatre de Louga, trois de Meckhé et trois de Thiès) se sont réunis pour travailler sur des prototypes. Il s’agissait de leur permettre d’apprendre de nouvelles techniques de réalisation de meubles. Un formateur spécialiste des techniques de montages leur a apporté connaissances théoriques et pratiques pour construire quarante-cinq tables, trois étagères et trois portes. Les artisans se sont mis à la tâche plusieurs jours durant, divisés en trois ateliers. Dotés de nouvelles compétences, ils ont maintenant pour mission de les valoriser au sein de leurs ateliers et de les diffuser auprès de leurs apprentis et des artisans de leurs villes. Les meubles réalisés ont été ensuite distribués à des écoles locales ou conservés par l’Association des Menuisiers de Touba pour équiper les salles de cours de la Kora. Les artisans ont beaucoup appris. « Plusieurs n’avaient jamais vu ce type de tables-banc. Elles sont montables et démontables. En cinq jours ils ont réussi à faire quelque chose qu’ils ne pensaient pas pouvoir. Ils ont expérimenté le travail à la chaîne. Traditionnellement, ils n’utilisent pas de vis, c’est encore une découverte pour de nombreux artisans. Les techniques de montage étaient complètement nouvelles. »


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Des artisans de trois régions différentes apprennent ensemble à fabriquer des meubles démontables


En plus de la réalisation des prototypes, la Kora a rassemblé l’ensemble des formateurs en alphabétisation, en sculpture et en dessin technique. « Pour les réunions de formateurs, c’est Samba Souna Fall, l’animateur de Louga, qui s’en est plus occupé. Mais ce que je peux en dire, c’est que ça c’est très bien passé. Beaucoup d’idée ont été avancées sur la forme. C’est une première rencontre. Le but est à long terme de définir des contenus de formation précis et un cursus similaire pour chaque centre où nous nous implanterons. Uniformiser la formation permettra de valoriser les enseignements et la reconnaissance des qualités des apprentis. »


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La rupture du jeûne, moment de convivialité après une journée de labeur


Mais ce qu’El Hadj Bara, le Dakarois devenu Baol Baol (habitant de Touba) d’adoption il y a près de vingt ans pour des raisons religieuses, a le plus retenu, c’est certainement les contacts humains qui se sont tissés. « Tous les participants étaient hébergé chez moi. Je n’ai pas arrêté de courir d’un endroit à l’autre pour que la nourriture arrive à temps. Ma femme, restauratrice devait s’en occuper, mais comme ma fille est tombée malade, bientôt on se moquait de moi : ce n’était plus El Hadj Bara le formateur, mais El Hadj Bara le restaurateur… » Le contact avec les artisans, comme avec les membres de la Kora a été très intéressant. « L’ambiance était très saine, il n’y a pas eu le moindre couac. Cette première expérience est une grande réussite par rapport aux attentes. Tous les participants ont fait preuve de bonne volonté. Chez moi, j’essayais de leur faire parler de ce qui les unissait : leur métier. J’ai organisé des projections de films, notamment sur le voyage du président de l’ONP-Bois, Masseck Diop, en Tchécoslovaquie. Ca les a fait réagir. Ils étaient intéressés. La majeure partie n’était pas au courant que Masseck était parti en Europe défendre leurs intérêts. Cette semaine, ils se sont rendus compte qu’unis, ils pouvaient faire plus que ce qu’ils font isolés. » Une conscience de la condition menuisière est en train de naître.


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Projection d'un film documentaire sur la menuiserie


Tout ne finit pas toujours par un banquet, surtout pendant le ramadan, nonobstant une belle cérémonie marqua la fin de cette grande semaine le jeudi 10 septembre avec la présence de journalistes et nombreux notables de la ville. Puis la pression est retombée, El Hadj Bara Kane a retrouvé son rythme de travail habituel, presque plus calme. « En tant normal, je ne finis le travail qu’à 22 heures. A Touba les gens travaillent en continu, les week-ends n’existent pas. Maintenant que la formation est finie, j’ai beaucoup de retour de partout : de la population qui a vu les tables exposées pendant la formation, des artisans pour exprimer leur satisfaction et même de personnes d’autres secteurs, comme les menuisiers métalliques. » Au Sénégal, des solidarités se construisent transcendant les régions, les secteurs d’activités, les structures sociales traditionnelles et mêmes les frontières nationales.


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Tables-banc démontées, prêtes à être transportées


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Makhtar A. Diop, le directeur exécutif de la Kora et le chef de village de Darous Khoudoss pour lequel une dizaine de tables-banc est destinée


lundi, septembre 14 2009

Sosso, menuisière douée et respectée

Barakat, journaliste et chargée de communication à la Kora, me permet de poster sur ce blog son portrait de Sosso, une menuisière thièssoise.

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Sosso - Portrait d’un « menuisier » hors du commun

Tee-shirt et casquette, l’accoutrement de Sosso peut paraître négligé au Sénégal, tant les filles qui ont la chance d’avoir un métier ou d’être en apprentissage le prouvent en s’habillant « class ». Pourtant, à 25 ans, Amsatoulaye Diop (communément appelé Sosso) est une jeune sénégalaise qui a un rêve hors du commun : devenir un menuisier professionnel.

Aujourd’hui, Sosso fait partie des bénéficiaires des formations en renforcement de capacité des menuisiers initié par l’ONG La Kora-PRD en collaboration avec ses partenaires Frère des Hommes et l’Organisation Nationale des Professionnels du Bois. Sa préférence est le cours de sculpture car « ça se pratique immédiatement ».

Sa passion pour la menuiserie a commencé après la classe de 3ème. « J’ai voulu m’orienter vers un métier manuel qui me donne la possibilité de créer. J’ai choisi la menuiserie car j’aime le bois et les meubles ». C’est alors sans hésitation qu’elle s’est inscrite au Centre de Formation Professionnel Don Bosco à Thiès (ville située à 70 kilomètres de Dakar). Après un cursus de 3 ans, elle sort avec son CAP (Certificat d’Aptitude Professionnelle) en Menuiserie. Assidue et dévouée au travail, elle a vite su marquer son territoire dans ce monde masculin. A la question « pourtant la menuiserie est un métier assez masculin… », sa réponse n’est pas surprenante : « en effet, on me l’a souvent expliqué mais ça ne m’a pas fait peur. Mes collègues garçons me respectent beaucoup car contrairement à bon nombre d’entre eux qui apprennent la menuiserie sur le tas, j’ai mon CAP en menuiserie. J’ai aussi la chance d’avoir un patron qui me fait totalement confiance et me laisse autonome (…). J’aime le contact avec les clients. Leurs attentes et divers goûts sont aussi un défi à relever. Pour l’instant, le suis plutôt douée en fabrication de meubles ».

L’horloge affiche 17 heures, il est temps de livrer les commandes aux clients. Sosso se transforme en « petit patron ». Elle donne des consignes à ses collègues sous le regard attentif du patron. Il faut dire qu’elle inspire le respect et l’admiration…Elle en est consciente. Tout comme chaque apprenti, Sosso aimerait créer plus tard sa propre entreprise. Pour l’heure, face au contexte de concurrence entre les produits locaux et les meubles importés, son rêve est d’effectuer des stages de perfectionnement en Europe. Ce, afin de mieux s’approprier les normes internationales en menuiserie.

Barakat Aboudou-Salami

vendredi, septembre 11 2009

A Tambacounda, les femmes bâtissent leur avenir sur la toile de la solidarité

Dans la rue, ou dans des cours peu ombragées, elles sont souvent en groupe, derrière leur outil de travail, à discuter, à tisser une solidarité. A une demi-dizaine de mètres face à elles, de sous des briques rongées par les saisons, des traits de lumières, blancs ou colorés, traversent les ternes teintes du décor. A l’autre bout de ces discontinuités éclatantes, un métier vorace avale les fils. Sous l’expertise des mains des tisserandes, ces-derniers sont bientôt assemblés en une surface textile unie. C’est l’alchimie qu’opèrent chaque jour les tisseuses formées par la Kora-PRD.


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Une tisseuse de Tambacounda


La Kora Programmes Ressources Développement est un partenaire de longue date de Frères des Hommes. Ensemble, ces associations développent un projet de structuration du secteur menuisier au Sénégal. Le but est de permettre aux artisans de mieux s’adapter à un marché rendu inégal par une concurrence internationale très agressive.


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Makhtar Anta Diop, directeur exécutif de la Kora, assiste à une
formation de tisseuses


La Kora développe encore d’autres projets. Ainsi, dans le sud du pays, elle est allée à la rencontre de groupements de femmes, pour introduire le tissage comme nouvelle activité génératrice de revenus. En effet, depuis les années 1990, à la faveur des avancées démocratiques et face à l’aggravation des difficultés économiques, de nombreuses femmes ont cherché à s’associer pour parvenir à s’insérer dans la vie économique. Traditionnellement marginalisées, elles font preuve d’autant plus de dynamisme dans ces associations qui cherchent à renforcer leur statut social, mais qui bien souvent n’ont pas les compétences suffisantes ou les capacités financières pour valoriser le temps investi ainsi que les efforts consentis dans leurs activités.

Jusqu’en 2004, plusieurs enquêtes ont été menées par la Kora. Leurs buts étaient de déterminer quelles étaient les activités économiques les plus pratiquées par les membres des groupements féminins, et d’estimer l’intérêt que ces artisanes pourraient porter à un projet de mutualisation des outils de production, mais aussi de repérer quels types d’activité avaient fonctionné dans d’autres pays de la sous-région (Mali, Burkina Faso, Togo, Bénin et Guinée). Très rapidement, autour d’une zone géographique déterminée, la région de Tambacounda, au sud-est du Sénégal étendu à la proche frontalière malienne (quatre agglomérations : Tambacounda, Bakel, Kédougou et Kayes.), des rencontres entre groupements de femmes de différents pays se sont déroulés.

A l’issue de ces contacts, les femmes Sénégalaises ont décidé de travailler autour de la filière textile. En effet, la région de Tambacounda est une zone importante de production de coton. L’accès à la matière première n’est donc pas un problème. Par ailleurs, un marché existe également, car la consommation de pagnes tissés correspond à des usages et coutumes encore bien vivant dans cette région.


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M. Thiam, un enseignant, est le seul homme dans ce
groupement de femmes


Le programme mis en œuvre est ambitieux et cherche à transformer en profondeur les habitudes sociales des populations. Tout d’abord, le tissage est une activité essentiellement masculine, dans ces régions. Mais il y a encore la volonté d’importer une technique mise au point au Burkina Faso, le tissage de bandes de tissu de soixante centimètres. Jusqu’à présent, les métiers utilisés au Sénégal ne fabriquaient que des bandes d’une dizaine de centimètres, qui sont ensuite cousues les unes avec les autres. Cette idée est venue des groupements de femmes même, après une rencontre avec des tisseuses burkinabè en 1998 Depuis 2008, des formations ont lieu, réunissant une vingtaine de femmes. Elles en sortent capables d’utiliser les métiers de type burkinabé, et ont accès, chez elle, où dans un cadre collectif, à une de ces machines. A partir d’un modèle importé du Burkina Faso, de nombreuses copies ont été réalisées par les artisans locaux.


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Les métiers de type burkinabè facilitent le travail des femmes


Il s’agit ici d’une opération de développement renforçant le statut d’un groupe défavorisé au sein de la société sénégalaise, en lui transmettant des compétences créatrices de richesses. C’est encore une action concertées avec la base, les groupements de femmes ont contribué en grande partie à définir ce projet. Il y a une dimension de solidarité entre pays du Sud, avec l’importation d’une technique ayant connu un succès auparavant au Burkina Faso, et la construction d’une solidarité locale entre urbain et rural par l’exploitation de la filière coton.


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Les tisseuses formées par la Kora lors de la quinzaine de la femme


lundi, août 24 2009

Tournée dans l'est et le sud

Du 16 au 21 août, l’équipe de la Kora-PRD a effectué une tournée dans l’est et le sud-est du Sénégal. Le but est de promouvoir le développement de l’ONP-Bois dans les régions de Matam, Tambacounda et Kolda. Je n’étais malheureusement pas présent dans cette expédition. J’en rapporte tout de même brièvement le contenu.

Matam est une ville posée sur le fleuve Sénégal. Poussiéreuse en saison sèche, ses rues verdissent pendant l’hivernage. C’est dans cet ancien poste avancé colonial que les membres de la Kora, accompagnés du Chargé des régions de l’ONP-Bois, Ibrahima Ndoye, ont rencontré l’Association de Développement des Menuisiers Bois de Matam, créée en 2005. Forte de 62 membres, elle œuvre à la promotion de la menuiserie et à la contribution à l’émancipation sociale et à la formation civique des artisans. Le contact est bien passé avec le président de la chambre des métiers. Dans cette région éloignée, les agents locaux se plaignent du manque de suivi des projets, et espèrent que la Kora-PRD reviendra bientôt.




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Un atelier à Kolda


La délégation a rencontré également les chambres des métiers de Tambacounda et Kolda, ainsi que l’Association des Menuisiers et Ebénistes de Kolda (AMEK). Tous les membres de cette association sont inscrits à la chambre des métiers. L’AMEK est prête à rejoindre l’ONP-Bois dans sa mission et à s’engager dans le programme de formation de la Kora. Kolda est une ville située en Casamance, région soumise à une révolte indépendantiste, le problème de la sécurité a été abordé dans cette rencontre. M. Lang Sao, secrétaire général de la chambre des métiers, a rassuré tout le monde sur ce point.

jeudi, août 13 2009

Masseck Diop, un syndicaliste engagé

Deux mètres, peut-être. En tout cas, Masseck Diop est un géant. Quand il me surplombe de sa stature, je manque de tomber en arrière en me torticolant le cou sur ma chaise. Affable et souriant, on sent pourtant chez lui, dès le premier regard, la force de caractère de ces individus qui emplissent les pièces de leur présence.


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Masseck Diop, en pleine argumentation


Masseck est le fondateur de l’Organisation nationale des professionnels du bois (ONP-Bois). C’est lui qui donne son dynamisme à la structure. A cinquante ans, ce Thiésois connaît son métier de menuisier et les problèmes que rencontrent ses collègueset lui. Il gère deux menuiseries, à Dakar et à Thiès. A une époque encore pas si lointaine, c’était plus de cent apprentis dont il avait la charge. Aujourd’hui, il n’en a plus que trente, et il n’est pas le plus à plaindre. « Avec la dévaluation du Franc CFA en 1994, la plupart des menuisiers ont du fermer boutique. Le prix du bois est passé du simple au double. Ca nous a tués. C’est plus de 94 % de la menuiserie qui a disparue. Et ce n’est pas moi qui le dit, c’est le Ministère des finances ! » Après la dévaluation, le secteur de la menuiserie a dû faire face aux friperies du meuble, importations des occasions européennes et américaines. Depuis les années 2000, un troisième facteur négatif a fait une arrivée retentissante sur le marché : les importations asiatiques à bas coûts. Cette paupérisation du milieu a conduit des familles à se disloquer, des menuisiers sont devenus fous après avoir perdu leur statut.

Face à cette mort programmée de la menuiserie, Masseck a réagi. Il a fondé l’ONP-Bois en juin 2005, et lui a donné pour mission de redynamiser le secteur du bois. Pour cela, il faut insister sur la formation. Il n’y a pas d’endroit où apprendre son métier. La formation est nécessaire pour diminuer les coûts, car la menuiserie sénégalaise produit trop de déchets pour un pays importateur de bois. Avec la Kora, une dynamique est enfin créée à ce niveau. L’association a réussi de grandes avancées en matière de communication. Elle a été la première organisation professionnelle reçue par le Président de la République du Sénégal, Abdoulaye Wade. Ce dernier a même fait une déclaration au Journal Officiel. L’organisation tisse des liens de coopération internationaux, avec des pays d’Europe de l’Est, le Maroc, la France ou le Canada.

« Même si le président nous a soutenu, il n’y a pas eu de suivi, se désole Masseck. La préférence nationale pour le mobilier d’Etat devrait être obligatoire. Chaque haut fonctionnaire touche dix millions (15.000 euros) à sa nomination pour s’équiper. Les menuisiers sénégalais ne voient rien de cet argent. » Sa voix s’élève, le corps de Masseck s’agite et témoigne du réveil du syndicaliste. « Au ministère, on les paye cinq millions par mois (7.500 euros), on leur offre voiture et logement de fonction, tout ça pour qu’ils fassent quelque chose pour nous. Ils ne font rien, ils détournent l’argent et voudraient que nous nous taisions. Tu peux égorger le mouton, mais tu ne peux pas lui demander de ne pas crier ! »

Masseck est ouvert aux aides extérieures, mais il ne veut pas être un sujet de développement. Un jour, dans une conférence de bailleurs, il s’était fait remarqué. « Vous êtes tous réunis pour nous aider, mais personne n’a même pensé à convoquer les menuisiers. Un médecin ausculte son malade avant d’établir son diagnostic. La Banque mondiale fait des directives depuis ses bureaux climatisés à New York, mais personne n’a même pensé à demander aux Africains ce qu’ils voulaient. Si à Bakel, la terre est fertile pour la production d’arachide, vous allez demander de planter du Sorgho, parce qu’il y a un marché pour ça. Mais ça ne marchera pas. Il faut remettre l’homme au cœur du développement. » C’est ainsi que s’est monté le partenariat avec la Kora et Frères des Hommes. Masseck a de plus en plus de mal à croire en la bonne volonté d’une administration kafkaïenne. « En huit années, nous avons connu huit Ministres de l’artisanat. Il n’y a pas de suivi des dossiers. A chaque remplacement, il faut tout reprendre à zéro. Pendant ce temps, un tiers de ceux qui s’embarquent sur les pirogues vers l’Europe sont des menuisiers. Ils payent leur passage par la fabrication et l’entretien du bateau. »

mercredi, août 12 2009

Lancement des cours à Meckhé

Meckhé est peut-être la capitale sénégalaise de la babouche. Quand on traverse la ville, nonchalamment posée entre Thiès et Saint-Louis, c’est un cortège de pompes qui se mettent au garde-à-vous, mais pas seulement. La petite cité a encore comme spécialité la broderie colorée de tuniques blanches, ou encore la vannerie, des éventails au petit mobilier en passant par les corbeilles et autres étagères. « Ils font du cuir alors qu’ils n’ont pas d’élevage ; ils font du tissage alors qu’ils n’ont pas de coton ; et ils font de la vannerie alors qu’ils n’ont pas de bois ! » remarque Makhtar, le directeur de la Kora-PRD, quelque peu dubitatif sur le déterminisme écologique dans les faubourgs du Sahel. C’est donc dans une ville dédiée à l’artisanat que débutent ce mardi 11 août 2009, le programme de formation des apprentis.

Tout commence dans la langueur d’un après-midi, écrasé par le soleil frustré et revanchard de l’hivernage. On se salue, comme d’habitude, avec moult salutations et formalités. Les mains défilent, on ne prend pas la peine de dévoiler son nom qui sera oublié bien trop vite. Nous sommes arrivés très en retard, les cours devaient commencer à 16 heures. Bien élevés, les formateurs locaux nous rendent la politesse. La séance s’ouvrira vers 17 heures et demi et le cours d’alphabétisation initialement prévu sera remplacé par celui de dessin technique, le professeur de français n’ayant pas répondu présent.


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Apprentis attendant le début des cours


Ici, les apprenants sont âgés. A l’inverse de Louga, où peu semblaient avoir plus de vingt ans, ici ils semblent plus flirter avec la trentaine. Dix étudiants sont présents et le cours peut avoir lieu. Ils s’assoient sur des tables-bancs fabriquées à l’époque du précédent programme de la Kora, entièrement démontables. Pour le lancement, les formateurs, la chargée de formation, le directeur de la Kora et le président du comité y vont de leurs discours, de leurs explications ou de leurs encouragements.


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Le centre de l'UGPM de Meché dispose d'un atelier bois


Nous quittons les locaux de l’UGPM (Union des groupements paysans de Meckhé) où les formations ont lieu, juste avant le début du cours. Cette association agricole est également partenaire de Frères des Hommes et elle a appuyé l’implantation de la Kora-PRD à Baboucheland. L’UGPM réunit plus de 5000 familles et travaille à leur sécurité alimentaire et à l’insertion professionnelle des jeunes.

mercredi, août 5 2009

Etat des lieux des formations

La réunion de l’équipe de la Kora à Dakar ce vendredi 31 juillet, me permet de revenir sur l’avancée des formations dans les différents centres.


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Samba, Alphousseyni et El Hadj Bara, les trois animateurs régionaux de la Kora


Louga : Après plus d’un mois de cours, les formations ont bien avancées en dessin technique et en alphabétisation. Le comité de formation est cependant toujours dans l’attente d’un enseignant en sculpture. Il y a certes peu d’inscrits, mais la motivation et l’assiduité semblent être au rendez-vous. Maintenant que les différents avec l’administrateur du centre de formation où ont lieu les cours sont réglés, il ne reste que la question de l’impact de la saison des pluies sur la dynamique des apprenants, deux cours ayant déjà dû être annulés en juillet. La propension à s’absenter se verra encore renforcée au mois d’août pour cause de ramadan et de navétane, compétition sportive de quartier extrêmement populaire au Sénégal. Mais le démarrage des cours de sculpture, plus mobilisateurs devrait compenser cette concurrence. Un autre problème est celui de l’ONP-Bois Louga, léthargique et minée par des conflits politiques. Il faut redynamiser un milieu artisanal caractérisé par un fort individualisme.

Meckhé : Les cours à Meckhé doivent commencer vers le 10 août. Là encore il y a des conflits au niveau associatif avec l’UGPM (Union des groupements paysans de Meckhé) qui accueille les cours. Cependant ils sont en voie de résolution et Meckhé devrait progresser plus rapidement dans la formation.

Thiès : Alphousseyni, animateur de la capitale du rail, avance dans le recensement des ateliers de menuiseries. Pourtant, au niveau de la formation, nombre de maîtres-artisans sont méfiants. Les cours sont presque finis, mais ils n’auront pas eu l’impact que la Kora aurait souhaité. Le comité de formation a également constitué un problème difficile à gérer.


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A Thiès, Sosso est une des rares filles apprenties


Touba : J’ai déjà fait plusieurs fois écho à l’enthousiasme de Touba sur ce blog. Après un mois de formation, il ne se dément pas et il y a plus de 130 inscrits dans deux classes. La salle reste un problème, située dans les locaux de l’AMT (Association des menuisiers de Touba), elle est petite, certains élèves se tiennent debout dans l’encadrure de la porte pendant les cours, et ne dispose pas de table ou de chaise, ce qui va poser problème pour les cours de dessin et de sculpture. Il faudrait identifier les domiciles des apprentis pour approcher les centres de formation de leur lieu de résidence. La Kora-PRD va se servir du dynamisme de la capitale cultuelle mouride en y organisant les réunions de formateurs et la construction de prototypes par les artisans.

lundi, juillet 27 2009

Atelier de dessin technique à Louga

Louga est une ville du nord-ouest du Sénégal, à une trentaine de kilomètres de Saint-Louis sur la route de Thiès. Ville d’origine de l’ancien président du Sénégal Abdou Diouf, elle est percée d’un boulevard pharaonique contrastant singulièrement avec la platitude de son architecture urbaine. D’autant plus que les infrastructures ont été quelque peu négligées, le revêtement des routes a disparu sous l’appétit des nids de poules. Les rues, bordées de maisons coloniales en ruines, sont envahis par le sable et arpentées par de nombreuses calèches, donnant à cette ville ensevelie sous le sahel des allures de Far-West.


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Carte postale représentant la gare de Louga au début du XXe siècle


Près de la vieille gare et juste à-côté de la poste, unique bâtisse du XIXe siècle soigneusement rénovée, se trouve un centre de formation professionnelle. C’est ici que le comité de l’ONP-bois de Louga utilise des locaux pour la formation des apprentis. Les cours ont commencé depuis un mois, et les étudiants, s’ils ne sont pas aussi nombreux que prévus (une trentaine seulement), sont assidus. Ils sont formés à l’alphabétisation et au dessin technique, en attendant le lancement des cours de sculptures. Trois fois par semaines, les jeunes quittent donc leur atelier vers 17 heures pour rejoindre cette salle du centre de formation pour deux heures d’enseignement.


Apprentis s'exerçant au dessin


Ce soir, c’est dessin technique et avant de commencer le cours, les apprentis disposent des supports de dessin sur les établis de la salle. A 17 heures, il n’y a encore que deux ou trois jeunes, les autres arrivent petit à petit. Finalement, ils sont une trentaine, encadrés par un formateur et un assistant, dans une salle exigüe. Ils prennent crayons et feuilles qu’ils punaisent au support, puis commencent à travailler, recopiant des motifs artistiques (plumes stylisées, visages, animaux) et plus techniques (bureaux, chaises). Le formateur, Mamadou Thiam, et son assistant, Adama Sow, circulent entre les tables, distribuant conseils et commentaires. Concentrés, les jeunes travaillent pendant une heure en silence.


Jeunes recopiant des motifs artistiques sur les supports de dessins


La deuxième heure du cours est consacrée à la réalisation commune d’un dessin technique. Sur le tableau noir, une série d’une quarantaine de points, repérés par de lettres de l’alphabet, sont disposés sur un quadrillage. A gauche, une liste de segments permet d’indiquer les distances en centimètres entre chaque point. Mamadou Thiam interroge les élèves. Quelles est la distance entre A et C ? Pouvez-vous les montrer au tableau ? Qui est volontaire pour venir tracer le segment ? Motivés, les étudiants lèvent leur main et claquent des doigts pour se signaler. Ils passent un par un au tableau et complètent la figure qui au fur et à mesure de sa réalisation se transforme en représentation d’un meuble ; peut-être une table ou une commode. Sur sa feuille, chaque apprenti a recopié le dessin à l’échelle.


Réalisation d'un dessin collectif sur le tableau noir


Les capacités en dessin technique sont un outil indispensable à leur future carrière de menuisier. Elles servent à déterminer la quantité de bois nécessaire, les délais de production, les compétences techniques à mobiliser ou encore le coût global. C’est par ailleurs un atout commercial important pour donner aux clients l’image la plus fidèle du produit fini dans le cadre d’un devis.

vendredi, juillet 17 2009

Les bouts de bois de quoi?

Les bouts de bois. Pourquoi donner ce titre hermétique à ce blog ? En 1960, l'écrivain et cinéaste sénégalais Ousmane Sembene publie un roman qui, dans le contexte de la décolonisation, insiste sur l'importance de la solidarité pour construire un collectif. Dans Les bouts de bois de Dieu, les ouvriers de la ligne ferroviaire Dakar-Niger mènent une grève. Ils subissent la répression d’autorités coloniales conservatrice, désireuse de faire perdurer leurs conditions de vie sous les tropiques. Ce sont donc des colonisés, doublés de prolétaires qui s’emparent de la modernité et de ses outils, la grève et l’organisation syndicale, pour s’émanciper. Si c’est une émancipation face à la coercition française, les hommes révoltés se soulèvent encore contre des instances traditionnelles collaboratrices et égoïstes.

Roman social, émancipateur, publié alors que le Sénégal accède à l’indépendance. Roman sur un combat progressiste, sur la solidarité, l’union des travailleurs. Roman porteur d’espoir, espoir dans une solution élaborée en commun. A travers les différentes expériences que je vais retirer de mon stage, c’est donc d’un engagement social que je veux rendre compte.

Enfin, les bouts de bois demeurent ce que les menuisiers manipulent chaque jour, dans leurs ateliers. Les éléments disparates à partir desquels ils constituent une œuvre globale. De l’agencement de ces bouts de bois, de leur capacité à s’insérer et à contribuer au dessein collectif dépend le progrès social.

mardi, juillet 14 2009

Touba ou le triomphe de la volonté

Et pourtant, le lancement a eu lieu le 11 juin. "Et pourtant" car la partie n'était pas gagnée une semaine auparavant. Ainsi, ce samedi, nous arrivons à Touba pour le lancement des formations. En quelques jours, le comité a trouvé des salles de cours, des enseignants. Plus d'une centaine d'apprentis et artisans se sont d'ors et déjà inscrits aux cours. Le professeur d’alphabétisation, El Hadji Bara Kane, l’animateur de la Kora et Babacar Wade, le président du comité de formation de Touba, nous accueillent dans un local qui servira à la fois de siège social et de bureau. Un ordinateur a même déjà été acheté.


Babacar Wade, président du comité de Touba


Une nouvelle réunion a lieu. L’assistance est composée d’une quarantaine de personnes qui se pressent à l’entrée du bureau, sous le panneau neuf annonçant le siège social. On y trouve plus d’artisans que la dernière fois, et surtout quelques apprentis. C’est la première fois depuis le début de mon stage que j’en rencontre. Un peu timides, en retrait, ils ne prendront pas la parole pendant la réunion, laissant aux maîtres artisans le loisir de débattre. Comment considèrent-ils ce projet ? Y voient-ils un moyen d’acquérir de nouvelles compétences, de se renforcer techniquement et socialement ? Est-ce pour eux de nouvelles contraintes, quelque chose d’étranger qui limite leur liberté déjà restreinte par un statut professionnel flou ? Anxiété ou espoir, que lire dans ces visages fermés, concentrés ?


Apprentis pendant la réunion


Les discours et débat du jour ne diffèrent pas tant que ça de ceux de jeudi dernier. On va cependant plus dans les détails, dans le concret. Aby, la responsable de la formation, appuie le nouvel enseignant sur la description du détail des cours. On parle des nécessités pratiques, du recrutement de formateurs en dessin technique et en sculpture. Encore une fois, la prise de parole revient en premier lieu à ceux qui ont clairement un statut social particulier. Mais nombreux sont les artisans qui se joignent au débat.


Panneau réalisé par les menuisiers de l'association


La rencontre s’achève dans l’empressement. Nous sommes arrivés trop tard et il faut repartir, au moins avant la tombée de la nuit. Les artisans de Touba offrent à l’ONP-bois et à la Kora un minaret en bois vernis. On expédie une prière et on se quitte sur les chapeaux de roues, mais tout de même avec chaleur et maintes accolades. Le projet est lancé à Touba, avec une dynamique que je n’osais espérer il y a une semaine encore, en homme de peu de foi que je suis.

vendredi, juillet 10 2009

Apprentissage

Pour comprendre les programmes dont je parle ici, il faut clarifier la dimension principale de l'action de la Kora-PRD : la formation professionnelle au sein des ateliers de menuiserie.

L'apprentissage est le type le plus courant de formation professionnelle au Sénégal. Il constitue une réponse, souvent sous la forme d'une solidarité familiale, aux tensions sur le marché du travail et sur le système scolaire. Il permet la socialisation des jeunes et leur entrée dans la vie active. Pourtant, fonctionnant par mimétisme, il ne permet pas l'innovation, dans un environnement changeant. Il est aussi peu contenu dans le temps, la période d'apprentissage pouvant s'étendre sur plus de dix années. Les conditions de rétribution et les contenus éducatifs diffèrent dans chaque ateliers.

Structurer cette formation, c'est s'appuyer sur un outil traditionnel de négociation du changement social pour développer un artisanat patrimonial inventif et conscient de ses atouts. Les trois piliers du programme : alphabétisation, dessin technique et sculpture, permettent aux apprentis de fournir des devis, des schémas, des factures. Si les contenus des cours sont fixés par la Kora, ce sont des comités de maîtres artisans qui organisent les formations.

Selon le Centre international d'études pédagogiques il y aurait plus de 300.000 apprentis en formation au Sénégal. La Kora rejoint l'Etat sénégalais et le Service de coopération et d'action culturelle de l'Ambassade de France à Dakar dans leur volonté de normaliser les dispositifs d'apprentissages qui touchent presque essentiellement le secteur informel. La compétence professionnelle et la capacité d'innovation permettront aux menuisiers de demain de construire leurs droits économiques et sociaux au Sénégal.

lundi, juillet 6 2009

Touba, rencontre avec le comité de formation (02/07)

A 7 h. 15, mon téléphone portable sonne. Mohammed, le chauffeur de La Kora, m’attend devant l’immeuble où je loge en attendant d’emménager dans mon appartement, ce soir. Je monte mes valises dans le coffre de la voiture et je grimpe sur le siège passager. Barakat, la responsable de la communication est déjà assise sur la banquette arrière. On quitte Yoff pour le quartier de Nord-Foire, où l’on récupère Aby, une autre employée de La Kora. Enfin, le secrétaire général de l’ONP-bois, Lat Déguène Faye, se joint à nous avant Thiaroye. En route pour Touba où nous devons rencontrer les artisans mobilisés autour du programme de formation. Ce-dernier doit-être lancé dans dix jours à peine, et il faut s’assurer que tout se passe bien.

SN-Touba.png A la sortie de la presqu’île du Cap-Vert, la ville de Rufisque constitue un goulot d’étranglement toujours difficile à passer. Mais ensuite, la route est nickel jusque Touba. L’ambiance est détendue dans la voiture, malgré la chaleur, et je me laisse envahir d’une somnolence vaporeuse. On arrive à Touba, je n’ai pas vu le temps passer. El Hadji Bara Kane, l’animateur de cette région, nous retrouve dans une station service. Dans le projet, les animateurs ont pour mission d’accompagner la structuration des activités de l’ONP-bois et de ses membres.

On suit la moto de Bara dans les ruelles en terre de la ville sainte. Touba est une ville horizontale, avec un point culminant, l’impressionnante mosquée construite en 1926 par Cheikh Ahmadou Bamba. Les maisons basses semblent s’étendre à perte de vue. Ce serait aujourd’hui la deuxième agglomération du Sénégal avec près de deux millions d’habitants. Finalement, on se gare devant une grande villa où les membres du comité de formation local nous accueillent.

Une grande pièce ventilée servira de salle de réunion, des chaises y sont alignées face à un bureau. Pour l’instant on nous fait asseoir dans un salon mitoyen. Le maître artisan qui nous reçoit est très affable, il joue un rôle important dans le comité. Il nous propose des boissons, puis un repas. En attendant que tous les participants arrivent, je prends connaissance de la situation du projet à Touba. Les artisans sont très motivés, ils ont déjà créé un comité de formation qui aura la responsabilité des cours. Pourtant, les formateurs potentiels n’ont pas encore été identifiés, de même pour les locaux. Dans ces conditions, Bara voit mal comment la date du 11 juin peut rester réaliste pour le lancement du projet. Si l’on repousse la date, le problème est qu’il faudra attendre un mois encore que Makhtar Diop, le directeur de La Kora soit de retour de Tambacounda.


Lat Diop

Lat Déguène Faye, secrétaire général de l'ONP-bois


La première salle se remplit. Certains menuisiers portent des boubous en basins, d’autres sont encore en bleu de travail. Tout le monde n’est pas là alors que la réunion commence, plusieurs arriveront en cours de route. Lat prend la parole en premier. Les menuisiers doivent se regrouper pour être plus fort face aux importations. Une bonne formation des apprentis est nécessaire pour que le secteur soit capable de s’adapter et de se moderniser. Aby explique ensuite plus en détail les contenus et le déroulement des formations. Ensuite, les artisans posent de nombreuses questions, ils semblent très intéressés et motivés. Les discussions se déroulent en wolof, et je suis complètement largué, mais je peux néanmoins remarquer l’enthousiasme qui anime les participants.

Soudain, on frappe de grand coup à la porte. Un homme entre dans la pièce en plein milieux de la réunion et ne cherche absolument pas à ne pas se faire remarquer. Il porte un boubou blanc éclatant, parle fort. Et chacun d'aller le saluer. Le calme revient, jusqu'à la première occasion que trouve l'illustre pour saisir la parole... et ne point la relâcher. Après avoir épanché son trop plein d'opinion, et d'après ce que l'on me dira par la suite, répété des banalités de maintes manières, il se fond dans une attitude de torpeur intéressée ou de participation contemplative, qui me laisse tout à mes spéculations.


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Comité de formation des menuisiers de Touba


En prenant congé des artisans et avant de quitter la ville, nous passons par la mosquée hérissée de cinq minarets, centre cultuel de la confrérie des mourides. Touba est une ville particulière, constituée d'un seul titre de propriété au nom du Khalife, le descendant du premier marabout. Alcool et tabac tu n'y consommera pas et seul l'éducation coranique tu y recevra. Malgré cette allure austère, Touba est une ville d'immigration, et l'activité économique y est florissante. La mosquée est pour le moins surprenante. Chaque marabout y a laissé son empreinte par l'ajout d'une aile, d'un minaret, d'un dallage aux prix exorbitants. Bleu, vert, gris, jaune, rose... Les couleurs et les matériaux s'assemblent avec plus ou moins d'à-propos. Les jours de grand magal, pèlerinage annuel commémorant le départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba, elle peut accueillir près de 10.000 fidèles, sans conter ceux qui se massent dans les rues alentours. Arrivé trop tard, je ne peux visiter le dôme doré sous lequel repose le fondateur de la confrérie.


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Grande mosquée de Touba


Après un énergique café Touba, nescafé dopé aux clous de girofle, nous reprenons la route, pleins d'allant et de courage face aux épreuves qui nous attendent à l'entrée dans la capitale. Et en effet, le retour sur Dakar met notre patience à rude épreuve. Après 3 heures dans les gaz d'échappements, nous rentrons enfin.

mercredi, juillet 1 2009

Mode d'emploi

 

Bonjour,  bonjour,

 

Bienvenue sur le blog qui contera mes aventures au Sénégal, lors de mon stage au sein de l'ONG La Kora-PRD. Dans ce blog, je livrerai mon expérience sur les programmes menés dans cette association et mes rencontres avec ses protagonistes. Je pourrai également traiter de manière plus large de l'activité sociale et associative dakaroise et sénégalaise.

 

Maintenant l'objet de notre ouvrage clarifié, décrivons en quelques mots l'association la Kora-PRD (Programmes, ressources, développement) et ma propre mission en son sein.

 

La Kora est une association sénégalaise qui se donne pour fin de promouvoir l'artisanat par la formation, l'appui à la structuration des organisations professionnelles et l’accompagnement pour l’accès au crédit et à divers programmes d’appui, la négociation et le plaidoyer envers les pouvoirs publics. Dans le cadre de son exercice 2009, cette structure se consacre presque à plein temps à un projet de renforcement du secteur de la menuiserie artisanale, qui se structure au sein de l'Organisation nationale des professionnels du bois (ONP-bois). Le dit projet se décompose en quatre parties:

 

         1. Pousser encore plus loin la structuration des artisans au sein de l'ONP-bois

         2. Promouvoir un cadre fixe de formation des apprentis

         3. Renforcer les capacités de production des artisans

         4. Promouvoir les produits de la menuiserie locale

 

Et maintenant, il ne me reste plus qu'à raconter mon rôle dans tout ça.

 

Dans le cadre du point 4. (pour rappel: promotion de la menuiserie), je suis chargé de la conception d'un spot télévisuel pour mettre en valeur ce secteur. Il m'appartient donc de définir les facteurs de faisabilité (budget, devis, modalités de diffusion) ainsi que des pistes de scénario, en collaboration avec la responsable de la communication de La Kora.

 

Une autre dimension de mon stage sera de fournir des informations à Frères des Hommes, association partenaire de La Kora, sur les programmes menés ici. D'où le présent blog, mais également une participation au magazine de l'association Résonnances.

 

Sur ce, bonne lecture.