Au sein des mouvements

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mardi, janvier 17 2012

Manifestation Je nan Je

Mercredi 11 janvier 2012 - A la veille de la célébration du deuxième anniversaire du tremblement de terre du 12 janvier 2010, les dirigeants de la plateforme Je nan Je (dont fait partie le Mouvement Paysan de Papaye) ont organisé une manifestation à Port-au-Prince qui avait pour destination le Parlement haïtien. Plus de 7 000 personnes, majoritairement des paysans et paysannes sympathisants des organisations-membres, ont déambulé dans les rues pour demander au gouvernement de tenir ses engagements pris à la suite du tremblement de terre. Actuellement, encore 600 000 haïtiens vivent sous des tentes.

banderole
Dans le but d’y déposer un cahier des charges contenant diverses revendications, entres autres concernant la reconstruction du pays après le séisme du 12 janvier 2010, les membres de la plateforme « Je nan Je » (traduction : les yeux dans les yeux) ont donné rendez-vous à plusieurs milliers de personnes, venant de tous les départements du pays, dans les rues de Port-au-Prince. Deux des principales revendications sont d’une part l’accès à la terre par le biais d’une réforme agraire intégrale et d’autre part la construction de logements sociaux sains et décents. Le document réclame également au gouvernement présent plus de transparence quant à l’utilisation des fonds reçus au nom des victimes du tremblement de terre et suggère notamment la publication d’un rapport annuel faisant foi des dépenses. Ce document devra être facilement accessible à la communauté internationale. Concernant l’agriculture paysanne, ce document appelle à la mise en place d’une politique de développement de l’agriculture nationale, en respectant les semences locales et en permettant aux paysans de bénéficier de terres exploitables et non destinées à la production d’agro-carburants.

Ce document a été délivré après une longue manifestation durant laquelle les participants chantaient et scandaient des slogans tels que : « Nous voulons des logements pour ceux qui vivent sous les tentes. DES LOGEMENTS. » Portant tous des chapeaux de paille avec inscrits dessus différents messages, des pancartes et des tee-shirts à l’emblème de la plateforme Je nan Je, le cortège a su se faire voir et entendre des autres passants, en les sensibilisant à leur cause et ainsi faire passer leur message. La marche a commencé à Port-au-Prince, plus exactement au Carrefour Aéroport- Route de Delmas, et s’est achevée 5 km plus loin, devant le parlement haïtien, à l’avenue Pie XII.

Arrivés au Parlement haïtien, une dizaine de sénateurs et députés ont reçu la délégation « Je nan Je », dont le président de la chambre des députés fraichement élu. Après avoir entendu tout à tour les représentants des organisations formant la plateforme, les députés se sont publiquement engagés à former une commission qui étudiera les revendications formulées, à statuer sur leurs actions futures dès le mercredi 18 janvier et à prendre leurs responsabilités concernant les promesses tenues à la suite du tremblement de terre.
Chavannes senateur
A gauche, Chavannes cite certaines revendications de la plateforme. A droite, un sénateur répond au discours de Chavannes.

(Re)vivons cette journée exceptionnelle au gré des événements.

5h du matin : Départ de Hinche en convoi exceptionnel. En effet, 1 véhicule de 10 places, 8 tap-tap et 1 bus scolaire ont servi d’escortes pour le Mouvement Paysan de Papaye.

banderole MPP7h : Regroupements de tous les partisans du Plateau Central du MPP à Terre Rouge. Sortis de Hinche, Papaye, Mirebalais, Lascahobas entres autres, nous nous sommes suivis pour une arrivée en fanfare à Port-au-Prince.

8h30 : Arrivés à Port-au-Prince où nous avons rejoint tous les autres manifestants sortis de tout le pays.
Vers 10h : « En route vers le Parlement », comme dirait le slogan de la plateforme Je nan Je.
10h21 : Derrière le char qui diffuse des chansons militantes, les manifestants s’en donnent à cœur joie pour faire entendre leurs revendications.
11h23 : Passage devant le Ministère à la condition féminine et aux droits des femmes, nous campons. Les sympathisantes de l’organisation Fanm Deside (les femmes decident) scandent des chants louant la femme haitienne. L’une des revendications des femmes dans le cahier des charges concernent la violence faites aux femmes spécialement celle faites aux femmes sous les tentes.
12h17 : Passage devant les camps du Champs de Mars.
12h56 : Chavannes, posté sur le toit du char, prononce un discours sur ce que souhaite la plateforme Je nan Je et sur l’objectif du cahier des charges.
Vers 13h : A peu près une dizaine de sénateurs et députés ont accueillis au Parlement la délégation de « Je nan Je » composés de quelques dirigeants des organisations membres.
Vers 15h : Retour vers Hinche

Foule panneaux panneau
ministere condition feminine masque mur camps camps2
manifestants dos

Focus sur la plateforme JE NAN JE La Plateforme JE NAN JE regroupe 10 organisations paysannes, de femmes et une organisation travaillant à Port-au-Prince et qui aide les victimes du tremblement de terre dans la période d'urgence et qui aide dans la construction des maisons pour reloger les victimes. Je nan Je représente près de 800,000 haïtiens qui souhaitent être considéré comme des partenaires égaux dans la reconstruction de leur pays. Le but de cette campagne est de travailler dans la solidarité avec les haïtiens les plus vulnérables pour influencer le processus d’aide dans le soulagement et la reconstruction d’Haïti. A travers des analyses politiques participatives et des stratégies de plaidoyer, la plateforme JE NAN JE souhaite participer à la reconstruction d’Haïti en réformant des lois sur l’accès à la terre et au logement.

lundi, novembre 14 2011

Où en est mon Kreyol…

M'ap eseye ekri yon atik an kreyol, se pou montre w kouman m'ap degaje. Kounyeya m ka ekri yon mesaj an kreyol e diskite avec moun yo. Li posib lè m ap ekri e menm pale m ta fet fot yo men m t’ap toujou mande moun avek ki map pale yo dwe korijem si m pa pale yon bon kreyol. M pa kwe yon jou m’ap pale yon kreyol net men konyeya m ka ankontre nenpot ki moun nan lari e diskite avel. Kreyol ayisyen se yon lang m renmen anpil, li bel, ase fasil, li direkt. M pito ekri li. Depi kek jou, m konprann mye lè moun pale m menm si yo dwe pale dousman. Map travaye ak 7 moun ki aprann mwen konprann e pale plop plop (m pa konnen si m ka itilize ekspresyon sa a isit).
Kreyol la se yon lang ki proch franse, ki pi fasil men pi komplike osi. M jwenn li komplike parske pa gen ekivalan pou pwonon relatif franse « que » e vèb « être » e nou ka kwe m li difisil pou pa itilize « que » pou yon franse. Nou dwe chanje konstriksyon fraz la. Men se yon abitid nou prann. Bon m dwe ale parske nou genyen travay epi m te di nou tout bagay sou kreyol mwen m pap di anyen anko.
N’a wè !


TRADUCTION : Je vais essayer d’écrire un article en créole pour vous montrer comment je me débrouille. Désormais je peux écrire un message en créole et discute avec des gens. Il est possible que je me trompe quand je parle et écris mais je demande toujours à mes interlocuteurs de me corriger quand je ne m’exprime pas en bon créole. Je doute qu’un jour je puisse parler un créole totalement parfait mais maintenant je peux discuter avec n’importe qui dans la rue. J’aime énormément le créole haïtien : c’est une belle langue, assez simple et directe. Je préfère l’écrire. Depuis quelques jours, je comprends mieux lorsque l’on parle même si pour se faire, ils doivent parler doucement. Je travaille avec 7 personnes « extraordinaires » (je le rajoute ici car je ne saurais comment bien le traduire en créole sans en perdre de sa valeur) qui m’apprennent à comprendre et parler très vite (je ne sais pas si cette expression est utilisable dans ce sens).
Le créole est une langue proche du français, mais qui est plus simple et plus compliquée aussi. Je la trouve compliquée car il n’existe pas d’équivalant du pronom relatif «que » et du verbe « être » et vous pouvez me croire, il est difficile pour un français de ne pas utiliser ces deux mots. Dans ce cas, nous devons changer la construction de la phrase. Mais bon c’est une habitude que nous prenons. Bon je dois m’en aller parce que nous avons du travail et puis parce que je vous ai tout dit concernant mon créole et je n’ai rien à ajouter.
A bientôt !

lundi, novembre 7 2011

Les formations au Sant Lakay

Voilà une semaine que je n’ai pas donné de mes nouvelles et bien croyez-le ou pas mais je travaillais… et surtout j’observais toutes ces activités et tous ces va-et-vient qu’il peut y avoir au Sant Lakay. Il ne passe pas une semaine sans qu’il n’y ait une formation au centre de formation du MPP, certaines plus longues que d’autres. Il y a des formations sur la conservation de sol, les semences, l’agroécologie, la gestion d’une pépinière, etc. Les formés sont en général des membres des groupements du MPP. Cette semaine sera une semaine active au centre, en effet il est prévu qu’il y ait plus de 200 personnes ici (pas toutes en même temps rassurez-vous). En ce moment, il y a un groupe de formation qui restera avec nous 15 jours ; ils sont venus se former sur la question de l’agroécologie. Il s'agit de la deuxieme promotion entrant dans le cadre du projet Freres des Hommes/MPP. (Pour avoir des informations concernant la premiere promo, cliquez ici) J’ai pu assister à un de leur cours, sur « comment retourner un pneu ».

Vous vous demandez bien pourquoi apprendre à retourner un pneu ? Et bien figurez-vous, que les pneus usagés ont une seconde vie en Haïti et en particuliers au MPP. Ces pneus usagés sont aménagés et réutilisés pour une culture que j’appellerai de proximité. Proximité dans le sens où cette technique essaye de palier aux problèmes fonciers et d’accès à la terre que connaissent les paysans haïtiens. En effet, les paysans peuvent désormais cultiver des produits dans leurs petites parcelles, les vendre au marché et ainsi faire face aux difficultés économiques que connait ce secteur.
Animée par Octave Justimé, découvrez en images, la manière dont on retourne un pneu…

pneu decoupe pneu
Ici, on voit Octave Justime choisir un point où il introduira la lame de sa machette. Après avoir percé un coté, l'animateur fait le tour du pneu pour en retirer le dessus.

decoupe pneu2 pneu ouvert
Une fois la partie decoupée retirée, voilà le résultat!

pneu pied pneu 2 mains
Retourner un pneu, c'est tout un art et surtout une technique! Il faut dans un premier temps, prendre appui avec son pied et tirer à l'aide de ses deux mains afin de retourner une premiere partie.

pneu retourne3 pneu retourne4
Ce qu'il faut savoir lorsque l'on retourne un pneu, c'est qu'il faut toujours avoir un pied qui sert d'appui et l'autre qui permette aux parties déja retournées de ne pas se (re)tourner à nouveau. Tout est dans le tourner-retourner!!!

pneu retourne5 pneu retourne6
Et le dernier coup de pied, voila le pneu retourné et prêt à être utilisé pour y planter des legumes. En base, on pose 2/3 planches de bois, de la tole et pour finir de la terre.

vendredi, octobre 21 2011

Installation de ma nouvelle petite vie

Voilà, ca fait désormais presque deux semaines que je suis ici et je peux dire que j’en ai vécu des aventures. Alors pour commencer, nous nous sommes envolés le 09 octobre. Après une dizaine de vol au total et une escale en Guadeloupe, nous sommes ENFIN arrivés à Port-au Prince. Non pas que le trajet ait été long, je ne l’ai pas trop senti passé mais « ENFIN », dans le sens où la curiosité et la hâte ont pris le dessus. Je savais que je partais mais lorsque l’on ne sait pas ce qui nous attend sur place, on s’imagine toutes sortes de choses, autant positives que négatives. Bon maintenant j’y suis et donc C’EST PARTI POUR L’AVENTURE !!!

Quand je dis « nous », c’est parce que j’ai été escortée par Yves, le directeur de Frères des Hommes, et de Raul, le responsable de l’information et de la communication. Arrivés à Port-au-Prince vers 17h, il faisait déjà nuit ici. Après un peu moins de 2h de route, grâce à Carel le "chauffeur-racer" du MPP, nous sommes arrivés à Papaye, ville dans laquelle j’allais vivre 7 mois. Durant ces 2h de route, le klaxon nous a servi de musique. Ici ça klaxonne pour tout : pour dire bonjour, pour dépasser, pour prévenir de son arrivée, pour dire au revoir, etc.
Bon je me suis installée et ai fait connaissance avec ma colloque, collègue, autre volontaire Frères des Hommes, NATHALIE JARNO (son blog) !!!
Puis la semaine, j’ai fait connaissance avec Chavannes Jean-Baptiste, le directeur du MPP et l’équipe avec qui je vais travailler durant les 7 prochains mois, j’ai nommé Lakay Production. L’équipe se compose de Ronel (mon tuteur), Lunel et Gerda (les informaticiens), Axide et Mercidier (les caméramans) et Benette et Excène (les photographes). Cette première réunion du lundi a servi de première approche concernant la politique de communication du MPP, leurs objectifs futurs et également concernant le site Internet sur lequel nous allons devoir travailler.
Dès le mardi, nous avons commencé la semaine de formation, animée par Raul et moi sur la communication.

Le week-end, j’ai été à Port-au-Prince rejoindre Nathalie et ses amis pour un weekend dans les montagnes, précisément à Valu (enfin je crois). Là-bas j’ai pu voir ça :

Montagne Haiti plage


Retour à Papaye le lundi, car le 17 octobre est férié ici. On célèbre la mort de Jean Jacques Dessalines, héros national qui a dirigé la Révolution haïtienne au cote de Toussaint Louverture. Puis j’ai passé 2 jours et demi à Papaye avant de retourner à Port-au-Prince pour une formation avec les autres services civiques (que j’avais déjà rencontré à Melun lors de la formation pré-départ). J’y suis toujours, je suis arrivée hier et j’y reste jusqu’à dimanche. C’est tranquillement posé à l’hôtel Plaza de Port-au-Prince, avec une très bonne connexion Internet que je vous laisse et vous dis à très bientôt.

mercredi, octobre 19 2011

TRANSITION

Cet article sert de transition entre mes deux missions. J’ai souhaité garder le même blog car c’est plus pratique pour moi et surtout que certaines thématiques des deux mouvements sont proches. Je suis actuellement en Haïti, mais cette fois-ci en tant que volontaire Service Civique. Je travaille pour le Mouvement Paysan de Papaye sur leur communication, et notamment leur communication web. Je travaille avec l'équipe communication qui se compose de 1 journaliste, 2 informaticiens, 2 photographes et 2 caméramans. Le Mouvement Paysan de Papaye est une organisation paysanne qui a pour but d’unir tous les paysans d’Haïti et de rassembler les jeunes travailleurs ruraux organisés en groupement en vue de leur promotion culturelle et économique. Le MPP promeut une agriculture paysanne, saine et respectueuse de l'environnement qui l'entoure.

A partir de cet article, tous ceux qui suivront, traiteront de mon passage au sein de l’Ecole Nationale Florestan Fernades (ENFF) à Guararema, région de São Paulo au Brésil. L’ENFF est une école de formation politique qui accueille des jeunes du monde entier souhaitant de former sur des thématiques sociales toujours liées à l’agriculture paysanne. Je vous laisse découvrir au fur et à mesure des posts mon expérience brésilienne.

Bonne continuation !

graff mpp graff enff

lundi, juillet 25 2011

Au revoir Florestan Fernandes

petit_garcon pelle

C’est toujours difficile de se dire au revoir, quoiqu’on puisse dire lorsque les habitudes ont pris racines en nous, il est compliqué de les couper. Le lever à 7h, la mystica a 7h45, les pause-café à 10h et 16h, les cours, les « noites culturais », le travail de la terre, les nombreuses discussions avec tous les étudiants, Socorro, Tico et pleins d’autres ont fait partis de mon quotidien. Ce rythme effréné me faisait peur avant d’arriver car j’ai cette réputation de prendre « un peu trop » mon temps. Néanmoins, j’ai vite pris le rythme et les habitudes brésiliennes. Je faisais partie intégrante du paysage ENFFois. Ces personnes que je ne connaissais pas il y a à peine 6 semaines, que je porte désormais dans mon cœur pour tout ce qu’ils ont partagé avec moi.

statue-chevaux maracuja

C’est toujours pareil lorsque l’on part en voyage. On découvre des coutumes, une culture, des personnes, on vit à l’heure locale, on se prend à utiliser des expressions propre au pays d’accueil et le dernier jour semble irréel tant cet environnement nous est devenu familier.

Lors de ce séjour, j’ai pu :
- découvrir et me familiariser à l’agriculture paysanne
- jardiner et connaitre les vertus de certaines plantes médicinales
- connaitre et me former à un système agroécologique
- danser la samba
- savoir que la nourriture brésilienne était semblable à la nourriture africaine
- découvrir et ADORER la nourriture brésilienne
- rencontrer des familles sans-terre
- comprendre le quotidien des paysans latino-américains
- faire la connaissance de personnes extraordinaires
- connaitre différents mouvements sociaux du Brésil
- voyager dans presque tout le Brésil grâce aux récits de vie des étudiants
- visiter São Paulo

SP-haut tour-SP

Je tiens à remercier les membres de l’équipe de l’ENFF avec qui j’ai pu échanger, comprendre et vivre à la sauce brésilienne. Leur soutien, leur patience, le temps qu’ils ont pu m’accorder m’a permis de me sentir à l’aise et de faire partie de cette famille. Merci à Tico, qui a pu supporter durant six semaines mon accent bien français et mes tonnes de questions. Un grand merci à Donizete, grâce à qui, j’ai pu découvrir l’agriculture, la jardinerie, différents systèmes de production et d’autres méthodes d’entretien de la terre.

Merci à Adriana et sa famille, qui m’ont ouvert les portes de chez eux, m’ont accueillie et m’ont intégrée comme un membre à part entière de leur famille. Merci d’avoir partagé avec moi, les moments de vos vies, vos galères, vos joies et votre histoire.

Merci aux étudiants en formation, qui m’ont offert leur amitié et leur confiance !

Merci à Frères des Hommes qui m’a permis d’aller à la rencontre de leur partenaire brésilien et de revenir plus avertie sur les questions de l’accès à la terre, de la place de l’éducation dans les mouvements sociaux (brésiliens entre autres) et de l’auto—suffisance alimentaire.

Je tiens pour finir à remercier particulièrement mes parents brésiliens Socorro et Vanderleï qui m’ont « chouchoutée », se sont inquiétés, m’ont soutenue et ont été présents dans les bons comme les mauvais moments. Je ne sais pas à quoi aurait ressemblé mon séjour s’ils n’avaient pas été là, mais je suis persuadée que je ne serais jamais revenue autant touchée et éprise par tant d’amour, de générosité et de partage.

Merci à vous de m’avoir lue et j’espère que j’ai pu vous faire voyager à l’ENFF avec moi.

cathedrale_st-fé parc_soleil-couché
carte-drapeaux photo-groupe

Muito obrigada pra tudo e espero até logo !

jeudi, juillet 14 2011

Expérimentation du bambou

L’ENFF a souhaité, avec la construction d’une maison en bambou, innové dans l’éco-construction et de montrer qu’il est possible de construire des maisons avec des matériaux autre que du béton et du fer. En effet, le MST a développé une technique d’habitation écologique. La maison a été construite avec des matériaux venant en grande partie de l’école : bambou, herbes, terre, etc. Cette expérimentation sert de maison pour les militants de la brigade Apolônio de Carvalho, qui sont généralement ceux qui travaillent à l’ENFF.

La décision a été prise collectivement par l’ensemble de la coordination de l'ENFF et des membres du département du secrétariat nationale. Le travail a été effectué dans un système d'effort collectif, par des étudiants, des architectes du Laboratoire de cultures constructives (Canteiro Experimental), de l’EPA (Espace de Projet et Action), des militants, des éducateurs et aussi d’autres collectifs de l'Université d'architecture et d’urbanisation d'Université de São Paulo (USP). Comme toutes les besognes entreprises à l’école nationale Florestan Fernandes, l'union entre la théorie et la pratique a été la base de ce travail de création de la maison en bambou. Ce travail collectif y est devenu un espace où tous, et chacun avec des degrés de formations diverses, ont appris à produire une maison que jamais auparavant on avait vu. L’aspect « apprentissage » de cette technique est fondamentale du fait que les ouvriers peuvent désormais construire des maisons en matières naturelles dans leurs régions respectives. Ce travail a mêlé plusieurs corps de métiers tels que : peinture, tuilerie, maçonnerie, électricité, architecture, ingénierie, plomberie, etc.

Concernant le projet, son plus grand avantage est le confort thermique et acoustique des atmosphères internes. De plus, la maison en bambou offre une meilleure possibilité de l’utilisation d'eau de pluie, de matériels locaux et de production d'un jardin ou d'un jardin-potager. Ce projet s’est établit sur le principe de l’économie de ressources, et notamment sur le fait qu’il est possible de bâtir un projet avec les moyens dont on dispose en interne (ex : le bambou est extrait du terrain même de l’ENFF).

La maison au toit vert, comme elle est appelée, intègre dans un certain sens dans le mystique du mouvement. En effet, elle rassemble des valeurs que le Mouvement des sans-terre revendique haut et fort depuis de nombreuses années : avec et grâce à la terre, il est possible de trouver un abri et de vivre. C’est le fondement du combat du MST.

bambou_toit

lundi, juillet 11 2011

Le foot à Guararema

Le foot est une religion au Brésil, ça on le sait! Je me doutais bien qu’une fois le pied posé sur le sol brésilien, j’aurais de quoi discuter ici. Grande fan de football, j’ai bien entendu travaillé sur mes connaissances footballistiques afin de pouvoir échanger avec les brésiliens.

A l’ENFF, quand le soleil et la chaleur étaient présents, les moments de pause se transformaient généralement en partie de foot voire parfois en réel affrontement (toujours dans le fairplay et la bonne humeur). Cela me rappelle un match auquel j’ai pu assisté une semaine après mon arrivée. Ici le foot est à prendre avec beaucoup de sérieux, beaucoup trop parfois, c’est pour cela que je vais vous « commenter » un match en particuliers où le stress, la pression et la gagne étaient à leur comble.
Avec le groupe des formateurs latino-américains, les matchs opposaient souvent les étudiants brésiliens aux étudiants des autres pays d’Amérique latine. Comme me l’a dit mon ami Ademar de Bolivie « C’est une question d’honneur ! Il faut savoir se défendre et prouver au Brésil qu’ils ne sont pas les plus forts. »
Les deux équipes ont un parcours similaires, venant toutes deux d’Amérique latine, elles se connaissent et se côtoient depuis maintenant des semaines. Lors des trois dernières rencontres, les matchs se sont terminés par 1 victoire pour l’équipe des formateurs brésiliens, 1 victoire pour l’équipe des formateurs latino-américains et 1 match nul. Ce match est plus que déterminant puisqu’il peut permettre à l’une des deux équipes de prendre le dessus sur l’autre jusqu’au prochain match bien sur.

Sous les encouragements des quelques supporters présents, shorts, crampons, bouteilles d’eau font leur entrée sur la pelouse du stade mythique de l’ENFF à Guararema. Chaque équipe procède à une série d’échauffements afin de ne pas risquer la blessure, ça serait dommage ! 10 minutes plus tard, le coup d’envoi est donné.
Long ballon des joueurs latinos américains qui trouve directement le gardien adverse. Le gardien brésilien relance mais le ballon atterrit dans les pieds d’un adversaire. La balle passe d’un camp à l’autre sans véritable action de jeu, ce qui a le don d’énerver le gardien latino-américain. On a vite fait d’apprendre des « insultos españoles ». Mais revenons à nos crampons… Les fautes s’enchainent. Cela fait maintenant 20 minutes que le match a commencé et déjà 11 coups francs ont été tirés, c’est pour vous dire l’intensité de ce match. 27ème minute, but contre son camp d’un joueur latino-américain ! Il s’en veut, oh qu’il s’en veut, mais réconforté par ces coéquipiers, il se remet vite dans le jeu. Il n’a pas perdu de temps… 29ème minute, buuuut du malheureux qui ne se gêne pas pour fêter son exploit. Revenons sur l’action.
(FLASHBACK) Remise en jeu des joueurs latino-américains, on les sens plus engagés, plus mordants. Ils avancent vers le camp adverse en faisant preuve d’un esprit d’équipe fort remarquable. Le défenseur latino-américain marque alors qu'il est excentré côté gauche. Il a sans doute voulu centrer, toujours est-il qu'il trompe le gardien brésilien avec un ballon qui heurte le second poteau avant de franchir la ligne de but. (FIN DU FLASHBACK)
Le rythme du match s’intensifie de minute en minute, et les joueurs latino-américains mènent la danse. D’une reprise remarquable, le score est maintenant de 2-1 pour les joueurs latino-américains. Sur le terrain, nous avons le droit à un florilège d’onomatopée : « eh », « oh », « aqui », «  », « atràs », « esquer », « ouch », « hep », « argn », « uhuuu », etc. Apparemment, ces cris boostent l’équipe des formateurs latino-américains car ils marquent. Et de 3 ! Et de 4 ! Et de 5 , il semblerait que plus rien ne puisse arrêter la machine latino-américaine. Les joueurs brésiliens tentent temps bien que mal de construire du jeu mais ils se heurtent à la défense latino-américaine bien regroupée. 45ème minute, coup de sifflet final ! Nous assistons là à une scène digne de ce match, c’est-à-dire, ho-no-ra-ble ! Les joueurs quittent le terrain en se félicitant et en se prenant dans les bras ! Comme quoi le football en Amérique latine est bien différent du nôtre.
Merci à toutes et à tous d'avoir suivi ce match en notre compagnie. A bientôt. A vous la France!

foot1
foot2

Mais à Guararema, le foot ne résume pas seulement à la pratique, non non non messieurs dames, ici le foot on le regarde et on le vit différemment aussi. Lors de la copa america, la plupart des matchs du Brésil ont été diffusés à l’auditorium Patativa do Assaré (à l’école) et on s’y retrouvait souvent à plus d’une cinquantaine d’élèves pour soutenir le football sud américain ! Attention, le soutien et le support à l’ENFF est différent de ce que l’on pourrait croire. En effet, sur la cinquantaine de supporters présents plus des ¾ étaient contre le Brésil. Je me suis moi-même étonnée à me lever et célébrer - presque seule - le but de Jádson face au Paraguay. Eh oui, à l’école nationale Florestan Fernandes, la Seleção n’a pas la côte. Ici, on l’a souvent associée aux mots « traffic », « corruption », « délogement », « abus », etc. Le Brésil, pays émergent. Le Brésil, pays du progrès. Le Brésil pays qui se préoccupe de la justice sociale. Le Brésil, une démocratie. Le Brésil, pays où le football, qui est presque considérée comme une religion.
Selon certains dires, la réception de la coupe du monde en 2014 au Brésil chamboule la politique sociale. En effet, le Mondial qui devrait rapporter au Brésil un peu plus de 70 milliards de dollars, a pour objectif de montrer au monde entier de quoi il est capable. Il en va de l’image de toute une nation. Mais à en croire les associations sociales du pays, la coupe du monde n’apporte pas toujours que des bénéfices. Les populations, souvent pauvres, vivant à proximité des prochains ou des stades en rénovation, sont délocalisées voire parfois expulsées. En échange d’une modeste somme d’argent, pour les plus chanceux, les familles doivent quitter leur logement et en trouver un autre dans des zones reculées, notamment dû à l’indemnisation beaucoup trop basse pour rester dans les environs. Les délais sont généralement courts et les populations sont parfois pressées par les procédures.
La réception de la coupe du monde de football en 2014 puis l’organisation des jeux olympiques à Rio en 2016, sont des événements qui engendrent un enthousiasme auprès des entrepreneurs brésiliens mais qui désenchantent les mouvements sociaux. Ces derniers dénoncent ces pratiques et demandent aux brésiliens de boycotter le monde du foot qui, au delà des strasses, des paillettes et de la célébrité, cache un système d’opportunités, de non-transparence, de corruption et concernant la coupe du monde de 2014, un système d’irrespect des droits à un logement décent.

mercredi, juillet 6 2011

Départ/Arrivée

Tandis que le groupe des formateurs latino-américains est parti il y a maintenant 4 jours, deux autres groupes sont venus le remplacer. Et c’est tout le temps comme cela à l’école nationale Florestan Fernandes. Pas le temps de pleurer le départ des uns que d’autres arrivent de suite. Les deux groupes sont des habitués de l’ENFF. En effet, le premier groupe qui se compose d’étudiants de Géographie, en est à son 10ème passage à l’école. Depuis 2007, ils enchainent entre 4 mois à l’université de São Paulo (USP) et quelques mois d’apprentissage à l’ENFF (chaque passage a une durée différente). Les étudiants de géographie sont formés du 04 au 31 juillet.
Le second groupe en est quant à lui à sa deuxième venue à Guararema. Il s’agit de la formation des dirigeants de mouvements sociaux brésiliens. Ils resteront à Guararema jusqu’au 31 juillet également.
Cette fois-ci, il n’y aura que des étudiants brésiliens. Après avoir entendu et « baragouiné » quelques mots en espagnol durant trois semaines et demi, j’ai deux semaines désormais pour entrainer mon portugais brésilien. Vamos !!!!

Photo_groupeGroupe des formateurs latino-américains

vendredi, juillet 1 2011

Entretien avec un étudiant

Pedro
Pourrais-tu te présenter ?
Je m’appelle Pedro das Graças dos Santos et j’ai 46 ans. Je viens de Rio de Janeiro où je suis dirigeant pour le MST de Rio. Je suis divorcé.

Quel est ou quel a été ton parcours scolaire et professionnel ?
J’ai étudié l’administration coopérative avec le MST. J’ai travaillé en tant que commerçant, conducteur pour la ville de Rio et également en tant que cuisinier.

Depuis quand fais-tu parti du MST et pourquoi ?
J’ai pu participer à une occupation de terre à Valença (municipalité du Sud de l’état de Rio de Janeiro). Et à partir de là, je me suis intéressé au mouvement du MST. J’ai commencé à mieux comprendre ce que faisait le mouvement et j’ai compris qu’il fallait que j’entre dans le mouvement pour combattre les injustices. J’avais connaissance des injustices dans le pays mais je ne savais pas quoi faire pour y remédier, comment faire pour lutter pour l’accès à la terre. Alors j’ai commencé à suivre des cours mis en place par le mouvement, puis des formations. J’ai entrepris multiples taches pour devenir un dirigeant du MST, de ma région bien sur. Et tout ceci je l’ai commencé en 2010. Pour devenir dirigeant, cela se fait en trois étapes. Je vivais trop de pression en tant que conducteur, commerçant ou encore cuisinier et puis faut dire que j’ai été quand même influencé par ma famille surtout par mes grands-parents qui avaient une terre.

Qu’es-tu venu chercher à l’école nationale Florestan Fernandes ?
Je suis venu chercher de la connaissance générale, théories, connaissances pédagogiques mais aussi pratiques qui je trouve sont importantes car la théorie sans la pratique ne fonctionne pas.

Quelles sont tes impressions concernant : l’école - les cours - la vie ainsi avec les autres étudiants ? As-tu trouvé ce que tu étais venu chercher ici ?
L’ENFF est très importante pour le mouvement et pour la formation politique et idéologique des personnes. Il y a comme une relation structurelle du fait de vivre dans l’école, c’est comme un local très « mistico ». Les élèves même s’ils viennent chercher de la connaissance, participent également à la construction de l’école, la construction du travail pratique et à la construction de l’organisation de l’école. C’est intéressant car toutes les connaissances que l’on va apprendre ici, autant théoriques que pratiques, vont nous servir plus tard quand il faudra travailler en tant que dirigeant ou autre. Et c’est dans ce genre de moment que l’on se rend compte de l’importance de l’école, en particuliers pour le mouvement et pour les futurs formateurs. Les cours, je les trouve importants car ils nous apportent de l’aide, un nouveau regard et une nouvelle compréhension de la réalité. Ici, je me sens bien. Je suis enchantée d’être ici. Je n’ai presque pas envie de repartir tellement je suis bien ici. J’ai trouvé ce que j’étais venu chercher. J’étais venu chercher de la connaissance et je rentrerai avec plus de connaissance. J’ai une vision différente de mon état, du système.

Concernant le travail volontaire, tu sais qu’il y a un jardin-potager ici. Ce jardin existe dans un but précis qui est l’autonomie alimentaire et l’agroécologie. Que penses-tu de ce projet ?
Le jardin-potager tient une grande importance dans l’école parce que tout ce qu’on mange ici n’a pas été acheté au marché mais au contraire les aliments viennent de là. Un jardin potager agroécologique a une grande importance pour une école telle que l’ENFF. Au moins on sait ce que l’on mange, d’où ça vient et comment ça a été cultivé. Ce type d’opportunité propose une autre activité pour l’école, principalement une activité de travail pédagogique, et cela nous permet d’apprendre un métier aussi. Si un étudiant vient ici et apprend à travailler la terre de manière écologique, ça ne peut être que bénéfique. C’est une sorte de travail pratique.

Si l’école n’avait pas de jardin-potager, penses-tu que ca changerait quelque chose ?
Si l’école n’avait pas de jardin potager, on perdrait une forme pédagogique d’apprentissage d’un travail. C’est essentiel pour nous puisqu’il s’agit d’un travail qui mélange des aspects autant économiques, politiques que pédagogiques. Ca ne serait que de l’apprentissage théorique et ça serait dommage. C’est pour cela que le projet « horta » est d’une grande importance.

Pour finir… As-tu quelque chose à ajouter ?
Un partenariat comme celui qu’entretien Frères des Hommes et le MST est très important et doit durer.

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