Cela fait plusieurs semaines que l’on reporte cette fameuse caminata (trekking en espagnol). Cette fois c’est sur, nous partons quelques jours en forêts amazonienne avec un groupe de 4 touristes français, 3 guides de Kawsay Wasi (membre du réseau de tourisme solidaire) et moi de TUSOCO. Ce rendez vous avec la nature était réellement fascinant. C’est une zone tropicale humide ou la végétation est très dense, variées et parfois endémique. Elle est difficile d’accès, et il est nécessaire de connaître bien son environnement pour pouvoir s’alimenter et éviter quelques dangers. Nous comprendrons vite l’intérêt d’être avec des guides expérimenté. Une expérience de plus ici qui restera inoubliable.
La semaine dernière, Julio remet au centre des discutions l’organisation de cette caminata que nous avions reporté plusieurs fois. Nous allons réaliser 4 jours de marche dans la pampa bolivienne près de Villa Tunari. Par le plus grand des hasards, 4 touristes français tapaient à la porte de TUSOCO la veille de notre départ et se sont montrés très intéressé par cette aventure. C’est la première fois que des touristes passent sur ce chemin et peu de gens vivent dans ces forêts. Il nous faut donc une machette pour entretenir le chemin et nous permettre de passer.

Depuis le temps que j’attendais ce moment, je ne pouvais refuser une telle opportunité.
Julio, l’organisateur de la marche, nous préviens « il ne faut pas vous attendre à manger beaucoup pendant les quelques jours que nous allons passer. Il nous faut des sacs relativement légers ce qui veut dire que nous ne prenons que le strict nécessaire. » Bon, c’est parti, je ne sais vraiment pas a quoi m'attendre malgré toutes discussions que j'ai pu avoir. Comme on me l'a demandé, je me suis équipé de bottes hautes pour traverser les rivières. Nous prenons un peu de nourriture chacun. Le reste, nous le pêcherons. Cette végétation très dense n’est permise que par une altitude relativement basse (de 1 500 à 700 mètres), une très faible présence humaine mais aussi à plus de 4 000 mm de précipitation par an. C'est la pampa, cette zone de transition entre les terres cultivables et la selva qui est moins dense mais avec des arbres beaucoup plus grands.

Julio à donc prévu 4 jours de marche sur 70 km car il est difficilement prévisible de savoir jusqu’ou la voiture pourra nous déposer. Cela dépend de l'état du chemin. Nous avons un chauffeur qui connais visiblement très bien son véhicule et qui nous pénétrera relativement loin dans les chemins forestiers. Nous gagnerons ainsi quelques heures de marches en moins sur des chemins sans grand intérêt. Au bout de quelques heures du chemin de la colline, la voiture à du faire demi tour car on ne maitrisait plus grand-chose. L'humidité de la région a parfois transformé le chemin en patinoire. La voiture est partie tranquillement en glissant en direction du ravin…c’est le moment de faire le reste à pied et de trouver un espace un peu plat pour piquer les toiles de tentes, préparer notre premier repas ensemble et se reposer. Nous auront besoin de beaucoup de force pour les jours qui viennent. Alors que nous discutions autour de ce qui allais être un repas chaud succulent, un paysan et sa femme surgissent de la pénombre rendu flou par le nuage et sont venues nous saluer à la lumière de la bougie que nous avions installée. Ils ont déjà entendu parler de TUSOCO et son intéressé de faire connaître leur région à des passants tels que nous. En fait, ils reviennent de la tienda du coin avec leurs courses. Il leurs reste deux heures de marche sans lumière et dans des chemins très escarpés accessible seulement à pied en y laissant de la sueur. « On vous attend pour manger demain midi, ce sera l’occasion de tuer un poulet et prendre un moment ensemble ». Ni une ni deux, le rendez vous est pris.
La nuit sera très humide. Nous sommes vraiment dans les nuages. Comme nous dira Julio, « ici c’est soit le soleil et les moustiques soit l’humidité et la tranquillité ». Les conditions s’imposent d’elles même.
Au petit matin, nous décampons et nous commençons à marcher. Deux heures après, nous sommes chez le paysan, au milieu des bananiers, de papayer et de ses animaux. C’est une petite maison en bois au milieu de la forêt. Vraiment un endroit paisible loin des voitures et de ce stress, cette oppression que je ressens en ville. Bref, c’est cool et conviviale. Une ambiance favorable à la bonne humeur. Ca ressource. Le temps de manger, échanger du pain avec des Yukas (sorte de pomme de terre d’ici) et nous sommes reparti. Nous quittons le chemin de terre pour des chemins piétons façonnés par les habitants de plus en plus nombreux ici. La première journée sera physiquement la plus difficile. Nous ne sommes pas habitués à marcher avec des sacs sur le dos, le chemin est relativement périlleux. Nous passerons quelques endroits assez techniques avec des chemins de 20 centimètres de large à flanc de montagnes. Il faut éviter de regarder en bas malgré que les sensations que cela procure. 
Nous marcherons environ 7 heures dans la journée à un rythme tranquille. Une petite plage en bord de rivière nous attend. Première leçon pour piquer les tentes dans du sable. Herman, l’un de nos guides part avec un filet pour aller pêcher pendant que nous sommes trop claqués pour faire quoi que ce soit. Cela fait 6 heures que nous marchons et nous sommes des rigolos par rapport à des habitués comme nos guides. Au bout d’une petite heure, il revient avec 9 ou 10 sabalo, un poisson d’une trentaine de centimètres très présent dans les rivières ici. Qui a dit que nous mangerions peu ? Julian, un autre guide me fera part de son inquiétude quand à la quantité de poisson que nous pouvons pêcher. En effet, parfois, les gens pêche à la dynamite ce qui a un effet plutôt radical sur les poissons qui, quelques soit leurs taille et leurs nature, meurt en quantité. Heureusement super Herman était là. C’est le plus jeune d’entre nous mais un as de la pêche. Ce soir là se sera donc soupe de poisson avec des pommes de terre que nous avions dans nos sacs suivi de poisson fumé et en dessert, un peu de cingani de poire, alcool typiquement bolivien. Mais chose rare sur une bouteille d’alcool, il y a le drapeau de l’Union Européenne. En effet, il est produit par une petite communauté qui, pour certaines activités, est subventionné par des bailleurs extérieurs. A ta santé l’UE !

Le deuxième jour s’avèra beaucoup plus facile mis à part une difficulté qui sera l’une des plus importante de ce treck. Nous arrivons dans une zone de roche ardoisé mais très friable. Toujours à fleurs de montagnes avec un vide de quelques dizaines de mètres, il nous faut prendre un virage en descente assez abrupte mais sur de la pierre qui menace de nous faire glisser. Glops, avec quelques précautions, tout le monde arrivera à passer mais je n’en mène pas large.
Comme le deuxième soir, nous nous baignons dans la rivière callé entre les cailloux histoire de ne pas se laisser emporter par le courant ou glisser sur les cailloux. Une fois qu’Hermann est revenu, je me calle à côté de Julio pour vider les poissons et enlever les écailles. Une multitude de sardine de rivière nous accompagne dans cette activité pour récupérer les restes. Pas de perte de matière ici. Nous nous sentons vraiment faire partie de cette nature. Des aventures comme je les aime. Pendant ce temps, les autres piquent les tentes entre les galets sur les petits bancs de sables noirs. Cette couleur me rappelle celle des plages du Kerala au sud de l’Inde. Plage noir car riche en uranium.
Est-ce le cas ici ? En tout cas il n’est pas présent en quantité là où nous sommes. Une fois le campement installé, place aux différents jeux que j’ai appris ici : "Cultura chupistika" et autres…
Avant de dormir, et comme chaque soir, nous passons de la pommade sur les parties du corps qui ont souffert de la journée de marche (plante des pieds, épaule,…). Incroyable cette crème. Le lendemain, on se réveille frais comme des gardons. Prêt à attaquer une nouvelle journée !
Au réveil, sur l’autre rive, il y a un pêcheur. Julio traverse la rivière à sa rencontre pour savoir combien de km il nous reste. 25 environ. Nous pouvons les faire dans la journée avons-nous décidé. C’est donc au pas de course que nous ferons cette journée. La première partie ne présente pas de grosse difficultés ce qui me permet de partir avec de l’avance avec Julian. Après quelques heures de marches, nous nous arrêtons pour attendre les autres. C’est le moment où Julian décide de sortir son armonica de la poche et de jouer les beattles au milieu de cette forêt qui n’a jamais du entendre ce son. Très bon moment. Nous voyons au loin un pont, signe que nous sommes plus très loin de notre objectif final. Par contre, une route est en construction dans ce morceau de forêt que nous traversons. Beaucoup d’arbres sont coupés devant nous. A fleur de falaise, la coupe des arbres à entraîné des glissements de terrain qu’il nous faut traverser de biais. Ensuite, nous remarchons pendant quelques dizaines de minutes à flans de montagnes sur des sentiers qui permettent tout juste à une personne de passer…et nous arrivons 6 heures après le début de la journée de marche sur ce pont qui marquera la fin de ce trekking... enfin presque… Pour fêter ça, nous nous sommes arrêtés dans un bar. La patronne, qui à 15 heures était complètement bourrée me fera une déclaration qu’il aurait fallu enregistrer tant c’était folklo. Bref, une marche génial qui fini en beauté !
