Évènements « Mondialisons nos solidarités » du 8 et 9 mai : quand les deux hémisphères se rencontrent sur fond d’agriculture paysanne
Les 8 et 9 mai derniers, des amapiens d’Ile de France ont eu « l’occasion de regarder ce que font les voisins du Sud ». C’est ainsi que Patrick Thomas, de l’association d’éducation à l’environnement « Secondes nature », décrit le rassemblement organisé à Verdelot le samedi 8 mai dans le cadre de la campagne « Mondialisons nos solidarités ».
Lancée en janvier 2010, la Campagne vise à mettre en place un collectif d’acteurs du Nord et du Sud engagés pour une meilleure alimentation, une consommation responsable et le développement des agricultures paysannes. Par le biais d’un tel collectif, l’idée est de promouvoir et de favoriser tous ensemble un projet de société plus solidaire et durable, tant au niveau local qu’international. L’association Frères des Hommes, ses partenaires au Sud, ainsi que des AMAPs et producteurs d’Ile de France, s’unissent pour développer et faire vivre la Campagne.
Ce week end, sous un soleil printanier, et dans l’atmosphère conviviale des fermes de Jean Pacheco le samedi et d’Agnès Carlier et Richard Capitaine le dimanche, les maraîchers bios ont démontré leur engagement en accueillant les adhérents de leurs AMAPs, venus découvrir la campagne « Mondialisons nos solidarités ».

« Qu’est-ce que soutenir l’agriculture paysanne ? »
Ces journées avaient pour but de permettre la rencontre de tous ces acteurs, en vue de mutualiser les réflexions sur les enjeux de l’agriculture paysanne et de la consommation responsable dans le monde. Le samedi 8 mai, après l’intervention de Ndiakhate Fall, (représentant de l’Union des Groupements Paysans de Méckhé, UGPM), sur les initiatives des organisations paysannes sénégalaises, Jean Pacheco a fait visiter sa ferme, en initiant un petit groupe attentif aux méthodes de culture des asperges. Un atelier « porteur de paroles » a ensuite permis aux participants de confronter leur opinion sur la question,: « Etre engagé(e) pour le développement de l’agriculture paysanne, c’est... ?».

Les réponses proposées sont édifiantes : « c’est aider les paysans à avoir accès à la terre », ou encore : « c’est travailler au regroupement des paysans au Nord et au Sud »... En effet, malgré des contextes différents, les difficultés rencontrées par les paysans du monde sont globalement similaires. « Aujourd’hui, ici comme là bas, le monde rural attire beaucoup moins les jeunes. » constate, amère, Dorianne Herrera, directrice de « Secondes Nature ». « L’accès au foncier est également un problème global » ajoute Loïc Debray, jeune militant qui a travaillé aux côtés du TRD, organisation paysanne indienne, partenaire de Frères des Hommes. Pour Patrice, bénévole sur la journée, cet état de fait traduit un grave problème dans les habitudes de consommation : « il est temps d’exploiter ce qu’il y a à côté de chez nous, au lieu de consommer tout et n’importe quoi ! ». Ndiakhate Fall va lui aussi dans ce sens : « Au Sénégal, les produits cultivés sont voués à l’exportation, distribués par des gens mus par le seul intérêt financier». Patrick Thomas lui fait écho : « Ici, les gens ne mangent pas de produits locaux. C’est une absurdité ».
Et le rôle des Amaps dans tout ça ?
Pour cet architecte sensible à la vie du monde rural, cette journée est un premier pas vers une prise de conscience plus importante. Il est convaincu que ce rassemblement a renforcé la volonté de chacun d’agir localement, en ayant conscience du « désordre global ». Se responsabiliser individuellement, c’est aussi le leitmotiv de Mikhal Bak, présidente de l’association « Les paniers des Bordes » qui regroupe trois Amaps franciliennes : « il faut une réelle motivation, il faut y aller. C’est une question de citoyenneté ». Isabelle Gupta, membre de l’Amap « Les trognons de la Nation », envisage quant à elle de diffuser auprès des amapiens les échanges et contenus abordés dans la journée. « Il faut dépasser la simple adhésion, prendre conscience des dynamiques de fond, pour arriver à une vision globale des enjeux agricoles dans le monde », affirme-t-elle.

Il y a là une perspective intéressante, qui vise à faire des AMAPs, en plus d’un lieu de consommation responsable, des pôles de réflexion et de diffusion de l’information. Face à une dérégulation mondiale de la production agricole, et à un dérapage incontrôlé des comportements des consommateurs, il est essentiel de mettre en lien les initiatives locales du Sud et du Nord. C’est dans cette démarche que les AMAPs, acteurs incontournables pour la promotion d’un modèle agricole et de consommation durable, ont un grand rôle à jouer. Mikhal, dont l’association distribue des paniers à plus de 130 familles, en est persuadée : « il ne faut pas se contenter de prêcher des convaincus - ndlr : des amapiens confirmés - ».
Tous les participants à la journée en sont conscients, et les mêmes réflexions ont pris corps le lendemain, dimanche 9 mai, chez Agnès Carlier et Richard Capitaine à Cravent (78). A l’issue de ces deux jours d’échanges, le dernier mot est revenu à Ndiakhate, pour qui la réussite de ce rassemblement a livré cet enseignement : « Tous les citoyens du monde doivent s’engager pour que l’agriculture paysanne ne disparaisse pas et que chacun ait accès à une alimentation saine ».