En Amazonie péruvienne, accorder habitat avec économie solidaire

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Pour Cenca, notre partenaire au Pérou, changement de décor. Habitué à agir dans la banlieue de Lima, il est intervenu loin de ses bases, en Amazonie péruvienne. Marie Bouret, volontaire de Frères des Hommes auprès de Cenca les a accompagnés. Elle témoigne.

«Début novembre, je me suis rendue dans la région d’Iquitos en Amazonie péruvienne avec Cenca. Nous avons passé 5 jours à Belén, afin de réaliser une étude sur le relogement de 16 000 personnes qui vivent dans un bidonville en zone inondable au bord du fleuve Amazone. Tous les ans, de nombreuses personnes tombent à l’eau et se noient, et l’insécurité y est renforcée par les nombreux déchets du marché jetés au fleuve.

S’appuyer sur les capacités des habitants pour encourager le développement

Le Ministère de l’Habitat qui a pour obligation de reloger ces populations souhaitait avoir un avis extérieur sur le potentiel économique de la nouvelle zone. Il a donc lancé un appel d’offre auquel Cenca a répondu. L’objectif était que des spécialistes expliquent quelles seraient les stratégies économiques à mettre en place pour que cela fonctionne. Au-delà de regarder le potentiel de manière neutre, l’idée était de s’appuyer sur les capacités, les savoirs faire et de l’expérience de la population relogée. C’est là-dessus que Cenca a été choisi, car ils ont cette approche sociale au plus proche des populations et sont main dans la main avec les habitants.

Sur place, nous avons travaillé avec la délégation du Ministère de l’Habitat avec qui nous avons élaboré une cartographie des acteurs qui pourront avoir un impact sur le développement économique de la nouvelle ville. Nous avons également travaillé avec des représentants de la société civile, des habitants de la zone à reloger et des habitants de la nouvelle ville, Nuevo Belén. Ensemble, nous avons mené des ateliers participatifs pour faire émerger les capacités et les envies des habitants. Nous avons également fait un atelier sur les besoins en proposant aux dirigeants les filières économiques que l’on avait pu identifier. Dans tout cela, mon rôle était d’appuyer la mise en place des ateliers, mais j’ai également participé à l’animation de certains. J’avais aussi une posture d’observatrice qui m’a permis de voir la dynamique d’équipe, ainsi que les outils utilisés.

Entre espoir des habitants et opposition de la municipalité

Une grande partie de la population souhaite être relogée pour des questions d’hygiène, de salubrité et de réduction des risques. Ils vivent dans des maisons qui sont inondées tous les ans, il y a beaucoup d’accidents, et l’eau stagnante amène un certain nombre de maladies. Pour ces familles, le plan de relogement représente un vrai espoir d’améliorer leur quotidien. Du côté de la municipalité, en revanche, il y a une véritable opposition. Le maire qui voit potentiellement 16 000 personnes quitter sa municipalité cherche à mobiliser une partie de la population contre le projet. Par exemple, une semaine avant notre arrivée, il a organisé une marche d’opposition. Il arrive aussi que des professeurs qui travaillent sur la zone manipulent les enfants en leur apprenant des chansons contre le projet, ou en leur disant que cela ne se fera jamais. Dès maintenant, la municipalité prévoit également d’installer de nouvelles familles sur les espaces laissés vacants par les personnes relogées. C’est illégal, car normalement ces espaces doivent être rachetés par le Ministère de l’Habitat qui souhaite faire des projets d’assainissement et de restructuration de la zone en lieu touristique.

L’étude va maintenant être envoyée au Ministère, puis les résultats seront présentés à la population et aux dirigeants. Pour Cenca, même si aucun projet n’est encore prévu pour continuer leur action dans ce territoire, cette étude a permis d’alimenter leur réflexion autour de l’habitat mais aussi du développement par la formation de leader et par l’économie citoyenne. »

Mots clefs : Économie solidaire, Engagement citoyen, Justice sociale
Chaque contribution fait explicitement référence à au moins trois mots clefs du projet associatif de Frères des Hommes

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Infos de l'auteur

Marie Bouret

Marie Bouret est volontaire au Pérou auprès de notre partenaire CENCA-Instituto de Desarrollo Urbano pour deux ans.

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