Brésil, retour des vieux démons ou prélude à un renouveau ?

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Cela remonte à 500 années d’histoire, à l’arrivée des colonisateurs. Tenter de sortir de la misère est suspect, voire illégitime, en tout cas illégal quand il s’agissait des esclaves à l’époque coloniale.

« Le pauvre doit savoir où est sa place, et y rester. »

Certes aucun Brésilien ne dit une chose pareille aujourd’hui, mais on l’entendait dans certains milieux bourgeois il y a 40 ans. Il en reste quelque chose aujourd’hui dans une petite élite riche et très puissante, soucieuse avant tout de préserver ses intérêts. Sauf que ça ne marche plus comme çà.

Des Sans Terre font exproprier des grands domaines sous-exploités ou gravement en défaut vis à vis de la loi fiscale ou du droit du travail ! Mais où va-t-on !

Un Président, une Présidente, des gouvernements qui respectent les mouvements sociaux porteurs des revendications populaires dont le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST) : danger pour les uns, espoir pour les autres, même si les revendications en question ne sont que très modérément satisfaites.

Peut-on laisser les misérables de toujours envisager qu’ils pourraient sortir de leur condition ?
Danger pour une élite rétro et conservatrice, espoir pour une autre élite qui veut s’engager dans une voie sociale.

La première étant pour l’instant plus forte, il fallait que ça cesse, et ça a cessé.

Une opération montée en deux ou trois ans par certains affairistes et financiers de São Paulo, avec la connivence des médias, la complaisance d’élus vénaux, la bénédiction plus que probable du grand frère américain, et, s’ajoutant à des erreurs évidentes de gouvernement, voilà qu’une irrégularité comptable vénielle montée en épingle, poussée sur le devant de la scène, enflamme l’opinion publique au point d’entraîner députés et sénateurs croupions à voter en août 2016 la destitution de la présidente Dilma Rousseff.

Le bon vieux temps est-il revenu ? Celui du conservatisme économique et social, de la corruption érigée en système électoral et de nominations aux charges politiques et administratives ? Celui de l’impunité des riches ?

Pas si sûr. Des signaux contradictoires apparaissent.

D’une part, la criminalisation délibérée des mouvements sociaux : intrusion de policiers armés dans l’École Nationale Florestan Fernandes du MST le 4 novembre 2016 ; incarcération préventive en avril-mai 2016 dans l’État de Goias de trois membres du MST, libérés depuis lors.

Mais d’autre part, apparition d’une justice plus indépendante : condamnation de chefs de grandes entreprises et de politiciens de premier rang notoirement corrompus ; condamnation à 13 ans de prison dans l’État de Paranà le 31 octobre 2016 d’un grand propriétaire terrien politiquement influent, commanditaire de l’assassinat d’un paysan sans terre, alors que l’impunité est de règle dans l’un et l’autre cas.

Sous d’autres cieux la terre tremble également : un Trump, un Brexit, un État islamique. : bons vieux temps ou remise en cause globale ?

Rien ne paraît assuré, et les peuples ne sont pas lobotomisés. Les Brésiliens quant à eux n’oublieront par les années Lula – Dilma.

Mots clefs : Engagement citoyen, Justice sociale, Transformation sociale
Chaque contribution fait explicitement référence à au moins trois mots clefs du projet associatif de Frères des Hommes

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Infos de l'auteur

Jean-Luc Pelletier

Géologue et hydrologue de formation, Jean Luc Pelletier est membre de Frères des Hommes.

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