Rwanda, un grand travail de sensibilisation est à faire

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Gabriel Nkuliyimana est le directeur d’Adenya, partenaire rwandais de Frères des Hommes. A l’occasion d’une visite à Paris, il nous parle du Rwanda, où beaucoup reste à faire pour améliorer la vie des paysans. 

Quelle est la situation des paysans au Rwanda ?

Au Rwanda, les ménages paysans sont pauvres. A cela s’ajoute le problème de surpopulation. Les familles sont nombreuses pour parfois cinq ou six ares de terres exploitables. Ce qui rend la vie des paysans rwandais d’autant plus difficile est que ce processus ne se freine pas. Un paysan qui possède dix ares aura un enfant, qui à son tour aura cinq enfants et qui se retrouvera sans terres. De notre côté nous intervenons, par exemple à travers des dons de petit élevage ou de la sensibilisation mais c’est une goutte d’eau dans l’océan. Comme les petits paysans partent d’une situation particulièrement difficile, la moindre amélioration prend du temps. Si on donne cinq chèvres à une famille paysanne, elle devra attendre six mois pour que naissent des petits. Que va faire la famille pendant ce temps ? Comme elle n’a pas de moyen, elle va s’empresser de vendre les chèvres pour survivre. C’est particulièrement compliqué lorsque l’on aide un ménage, et que trois ans après, celui-ci aura quatre enfants et ses revenus n’auront pas suffisamment augmenté. Le développement économique est donc difficile à mettre en place pour ces familles et leurs besoins sont vraiment immenses. Pour y arriver, un changement radical est nécessaire.

De quel type de changement parles-tu ?

Je parle avant tout d’un changement de comportement. Au Rwanda, certains paysans pensent que s’ils font des enfants, ils auront la chance d’en avoir un qui arrivera à se débrouiller et à devenir riche. Ils espèrent alors qu’il pourra les aider à son tour en les prenant en charge. C’est un raisonnement qui n’est pas fondé, qui se base sur le hasard. Il est donc important que les personnes comprennent, en particulier les jeunes, qu’il ne faut pas penser comme ça. C’est là que nous avons un grand travail de sensibilisation et de conscientisation à faire. Au centre de santé d’Adenya, nous essayons de sensibiliser les jeunes ménages à limiter les naissances. Ceux qui ont compris et qui n’ont que deux enfants vivent mieux que ceux qui en ont six.  Les changements de comportement commencent à se voir, mais à petite échelle. Ces changements ne peuvent pas venir que d’appuis matériels ou ponctuels, d’où l’importance du travail de formation des animateurs.

Est-ce que l’agroécologie pourrait être vue comme un outil de développement pour les paysans rwandais ?

Depuis l’année dernière, nous pensons à un programme de sensibilisation et de formation à l’agroécologie. Nous avons commencé à sensibiliser les paysans et les autorités et on souhaite continuer. Nous avons également entamé cette sensibilisation dans les écoles avec les jeunes qui terminent le lycée pour leur montrer la relation entre nous et l’environnement qu’il faut protéger. Notre conviction est que l’agroécologie doit être considérée par tous comme la seule voie de sortie de notre problème de pauvreté. Il faut que cela soit compris comme la protection de notre propre environnement, que ce soit l’agriculture, l’élevage ou l’éducation, pour pouvoir survivre de manière adéquate en permettant aux générations futures de survivre aussi. Là encore, les effets ne sont pas directs, cela prend du temps mais il est important de s’y mettre le plus tôt possible.

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Infos de l'auteur

Cordélia Montenon

Cordélia est chargée de communication au sein de l'équipe de Frères des Hommes

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