Soutien aux migrants ou au développement local ?

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Que faire quand on ne peut rien faire…

Que faire pour tous ces réfugiés, ces millions de familles qui ont tout perdu, qui ont fui la Syrie dévastée, sans espoir de retour avant longtemps, et qui sont enfermées dans des camps dans les pays alentours ; plus d’un million de réfugiés pour le petit Liban, 2.5 millions pour la Turquie d’Erdogan, un despote qui nous fait payer cher son boulot de geôlier, en milliards d’euros mais aussi en achetant notre silence sur son coup d’état institutionnel et sa guerre aux Kurdes. Que faire pour tous ces millions de migrants dits économiques d’Afrique et d’Asie, qui n’ont souvent pas d’autre choix que de mourir de misère ou de partir à la recherche d’un ailleurs qu’ils espèrent moins pire pour eux et pour leurs enfants.

Que faire au delà des belles promesses des grand-messes à Paris, à Marrakech, à Washington…

Que faire pour limiter les drames à venir du changement climatique, ses dégâts considérables, ses millions de victimes et de réfugiés annoncés. Que faire au delà des belles promesses des grand-messes à Paris, à Marrakech, à Washington… et qu’une élection peut annuler d’un seul coup de menton d’un milliardaire-président. Que faire pour arrêter cette course infernale à la croissance qui nous fait consommer deux fois plus que ce que notre planète produit en ressources renouvelables, course qui accélère l’extraction d’énergie fossile sous toutes ses formes au lieu de la freiner.

Qui peut croire que les instances internationales se donneront rapidement les moyens d’établir une gouvernance mondiale en capacité d’imposer une taxe carbone réellement dissuasive. Ou d’imposer des trêves durables sinon la Paix, partout dans le monde. Certes en cette fin d’année 2016, l’ONU a enfin obtenu un vote unanime pour permettre d’évacuer la population-martyre d’Alep et a adopté une nouvelle résolution contre la colonisation des Territoires palestiniens … Mais la guerre continue partout ailleurs, sous bien d’autres formes encore.

Qui peut croire que les pays riches seront à l’abri de tous ces drames, qu’ils pourront continuer à faire des affaires, à vendre des armes, à prêcher la mondialisation heureuse et imposer leurs règles aux pays pauvres. Les attentats de Paris, Bruxelles, Nice, Berlin… nous rappellent à la dure réalité.
Alors, spectateurs impuissants, que pouvons nous faire sinon d’être indignés? Vraiment rien ?
Rappelons nous du petit colibri cher à Pierre Rabhi qui face à un immense feu de brousse fait mille vols pour déverser un peu d’eau sur le feu, sans se soucier des moqueries des autres, réalistes peut-être mais déjà résignés au pire, paralysés par l’immensité du drame.

Nous avons tous conscience de ces drames partout dans le monde, des urgences de la famine et des catastrophes sanitaires, et pire encore, des murs et des barbelés scandaleux que nos démocraties dressent face aux refugiés. Nous savons aussi que tout est lié, les affaires et la guerre, la dégradation du climat et des ressources naturelles, le flot des migrants et le creusement des inégalités entre riches et pauvres… Mais que faire face à cet impossible chantier ? Quelle étoile pour nous éclairer et nous indiquer un chemin d’espérance et de fraternité ?

Ce changement radical se fera d’abord par le soutien aux populations défavorisées

Je crois que ce changement radical, à la fois incontournable et improbable, dépend de chacun de nous, mais qu’il se fera d’abord par le soutien aux populations défavorisées, prenant en main leur destin, avec des femmes et des hommes qui ont forgé leurs convictions dans le travail et leur expérience de vie, même la plus modeste. Frères des Hommes se propose de les accompagner par la formation pour leur permettre de mieux valoriser leurs savoirs et leurs savoir-faire et d’acquérir de nouvelles compétences, pour mieux valoriser les ressources locales, pour mieux s’insérer dans l’économie régionale, et non pour exporter à bas prix sur le marché mondial. Pour pouvoir vivre au pays, y proposer un avenir à leurs enfants, tout en leur laissant le choix d’un autre métier, là ou ailleurs. Fils de petit paysan, militant du développement local et de la souveraineté alimentaire, ici et partout ailleurs, je me sens pleinement en phase avec cette vision du monde.
Utopie, rêve dangereux, voire piège trompeur face à l’évolution technologique. Peut être… si on ne cherche pas en même temps à remettre en cause ce système global infernal du profit à court terme et des accords de libre échange qui veulent institutionnaliser la suprématie des Etats puissants et des multinationales sur le reste du monde. C’est ce type d’accord inéquitable que l’Europe veut imposer à l’Afrique via les Accords de Partenariat Economique (APE) que nous dénonçons évidemment puisqu’ils ruineraient l’agriculture et l’élevage de ces pays et accentueraient leur vulnérabilité ainsi que le flot des migrants.

Agir local et penser global, mais toujours revenir au local pour ancrer cette volonté de transformation sociale dans une multitude de microréalisations, de microréalités humaines qui sont le levain du monde de demain. Comme le petit colibri, chacun peut prendre sa part dans cet immense chantier pour rendre ce monde plus vivable et plus fraternel demain, avec un brin d’espérance pour nos enfants et pour tous les enfants du monde, dès 2017.

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Infos de l'auteur

André Pflimlin

André Pflimlin est membre de Frères des Hommes depuis 2011. Il est membre correspondant de l’Académie d'Agriculture de France et l'auteur de « Europe laitière : valoriser tous les territoires pour construire l’avenir ».

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