Le Mouvement des Sans Terre au Brésil, un appel à la solidarité internationale

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Le 16 janvier 2017, un colloque était organisé à l’Assemblée Nationale sur le thème « Pourquoi faut-il défendre le Mouvement des Sans Terre du Brésil ? » Pour tous les participants, la réponse est claire: défendre ce mouvement, c’est défendre tous les mouvements sociaux menacés dans le monde.

Il y a quelques jours, Amnesty International publiait un rapport alarmant sur les menaces qui pèsent de plus en plus sur les droits humains dans le monde. La situation du Mouvement des Sans Terres (MST) au Brésil illustre bien cette tendance. De plus en plus menacé et criminalisé depuis l’arrivée de Michel Temer au pouvoir, le mouvement paysan a plus que jamais besoin de la solidarité internationale. C’est dans ce contexte qu’un député de l’Assemblée nationale, André Chassaigne, a pris l’initiative d’organiser cette rencontre aux côtés des Amis du MST et France Amérique Latine (FAL). José Damasceno de Oliveira, dirigeant du MST dans l’Etat du Paraná, a également fait le voyage depuis le Brésil pour témoigner.

Le MST : un mouvement de plus en plus criminalisé

En 1984, le MST voit le jour, indépendant de tout Parti politique et de tout syndicat. L’objectif est alors de mener un projet de Réforme Agraire et de transformation du milieu rural. A partir de 1988, l’occupation de terres inexploitées devient le socle de la lutte du MST. Le mouvement identifie des familles de paysans qu’il installe sur des terres inexploitées, puis il tente d’obtenir une reconnaissance juridique. Mais cette tâche est rendue difficile par la répression dont il fait l’objet. « La torture et les assassinats représentent l’essence du traitement de l’Etat Brésilien à l’égard du MST» déplore José Damasceno de Oliveira en rappelant les massacres de Corumbiara dans l’Etat du Rondônia en 1995.En août 2016, Michel Temer arrive au pouvoir. Dès ce moment-là, une campagne médiatique se déploie pour criminaliser le MST. Les décisions prises par le nouveau gouvernement menacent directement les intérêts des paysans et du mouvement. Le ministère du Développement agraire (en charge de la Réforme Agraire) est fermé et les arrestations se mutliplient. En tout, ce sont 12 militants actuellement emprisonnés avec pour chefs d’accusation « appartenance à une organisation criminelle », dans des conditions parfois inhumaines.

 « Une histoire de grandes propriétés et de production extensives »

Pourquoi une telle répression ? Pour Christine Riba, secrétaire nationale de la Confédération paysanne, cela est directement lié aux systèmes d’exploitation agricoles du Brésil. D’un côté, il y a l’agriculture familiale soutenue par le MST et qui produit 70% de l’alimentation brésilienne, et de l’autre, l’agriculture industrielle avec une production tournée vers l’exploitation soutenue par une grande majorité des sénateurs et des députés. C’est aussi l’avis de José Damasceno de Oliveira: « L’histoire de mon pays est une histoire de grandes propriétés et de production extensives ». Au Brésil, 1% des propriétaires terriens domine 47% des surfaces agricoles. C’est dans ce contexte que le MST inscrit sa lutte pour garantir le droit à la terre et les droits fondamentaux des personnes vulnérables. Pour le dirigeant du MST, « la Réforme Agraire est une dette sociale que les élites ont vis-à-vis du peuple paysan

« Une certaine décomplexion face aux mouvements sociaux »

La répression du gouvernement brésilien contre le MST illustre une tendance mondiale à la criminalisation des mouvements sociaux, comme le souligne Fabien Cohen, secrétaire général de France Amérique Latine. Pour lui, il existe aujourd’hui une « décomplexion de la société capitaliste face aux mouvements sociaux » qui mène à des attaques de plus en plus généralisées. Il donne notamment l’exemple des employés de Goodyear condamnés pour avoir protesté contre la fermeture de leur usine en séquestrant deux dirigeants. Romain Altmann, secrétaire général d’Info’Com-CGT, donne aussi l’exemple de la répression dont ont fait l’objet les mobilisations contre la loi travail l’été dernier. Selon lui, la violence de la police envers les manifestants a servi d’excuse pour justifier la répression de syndicalistes qui ne participaient même pas aux manifestations.

Dans ce contexte, quelles solutions apporter ? Pour José Damasceno de Oliveira : « Nous menons une campagne pour la libération de nos camarades. Ces arrestations déstabilisent les familles et la vie dans nos campements. C’est aussi pour ça que je suis en Europe, c’est pour dénoncer et vous dire que l’on a besoin de toute l’aide possible. »

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Infos de l'auteur

Cordélia Montenon

Cordélia est chargée de communication au sein de l'équipe de Frères des Hommes

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