Haïti : cultiver en toute saison grâce aux citernes

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En Haïti, la production des paysans du Plateau Central est fortement tributaire de la fluctuation des saisons, et plus particulièrement de la disponibilité de l’eau. Alors pour leur permettre de pouvoir cultiver même en saison sèche, Frères des Hommes et le Mouvement paysan Papaye ont mené un projet de construction de citernes pour récolter l’eau de pluie. Orlane Marris, volontaire Frères des Hommes en Haïti, a rencontré certaines de ces familles qui témoignent de l’impact que cela a eu sur leur quotidien.  

Avant la construction de la citerne, ils produisaient uniquement en saison des pluies

Renel est diplômé en agro-écologie depuis mars 2016. Il vit avec 9 autres personnes dans une maison sur pilotis située dans la première section de la commune de Hinche, un endroit magnifique mais très difficile d’accès. Lui et sa famille disposent d’un « carreau » de terre ce qui représente 10 000 m². Avant la construction de la citerne, ils produisaient uniquement en saison des pluies.

Aujourd’hui Renel a assez d’eau pour avoir un rendement qui lui permette d’aller vendre le surplus de la production sur le marché « Pendant la saison sèche je peux maintenant arroser mes cultures. » La solidarité entre les personnes du village nous a également frappé : « Avoir de l’eau nous permet aussi d’en donner aux voisins pour leur lessive et pour qu’ils se baignent. », Renel et sa famille ont choisi de faire profiter de leur chance à leurs voisins.

Elle se sent fière, la citerne lui a permis d’affirmer sa position d’agro-écologiste

Alta est agro-écologiste depuis près d’un an et demi. Elle vit avec son mari et ses six enfants dans une petite maison à la porte bleue et rouge. Alta nous accueille chez elle pour nous montrer la citerne construite dans sa cours au mois d’octobre dernier. Souriante et enthousiaste à l’idée de que nous voyons ce bloc de béton elle nous explique que depuis elle se sent fière, la citerne lui a permis d’affirmer sa position d’agro-écologiste de la zone dans laquelle elle vit. « Avant, je devais marcher 25 minutes pour atteindre le point d’eau le plus proche, maintenant, nous avons de l’eau en permanence ». Grâce à la citerne et à ses connaissances en agro-écologie, Alta a pu créer un petit jardin devant sa maison qui lui permet de diversifier les produits consommés par toute sa famille. Il lui arrive également de vendre quelques bidons d’eau aux voisins : « nous bénéficions d’un petit revenu supplémentaire » pas négligeable par les temps qui courent.

Yclebert et sa famille ont décidé de soutenir leurs voisins

Yclebert est issu de la même session de formation qu’Alta et Renel. Agro-écologiste depuis moins de deux ans, sans la citerne construite 7 mois après sa formation il n’aurait pas pu commencer à faire de profits. Dans son jardin, les cultures maraichères se développent et bientôt il pourra récolter les papayes qu’il a pris soin d’arroser régulièrement. Si sa production lui permet de diversifier les produits autoconsommés dans le foyer, avec les 8 bouches à nourrir dans la famille, il ne peut pas vendre de produits. Principalement, l’eau lui permet de gérer son jardin  mais elle est utile également en cuisine et dans les diverses taches de maison. « Je suis le seul à avoir une citerne dans la zone » ce qui lui permet de se sentir plus à l’aise au quotidien. Pour autant, Yclebert et sa famille ont décidé de soutenir leurs voisins et de faire cadeau de « bucket » dès qu’ils le pouvaient.

Agro-écologiste, il avait la technique et depuis, il a l’eau pour la mettre en œuvre.

Evenol, agro-écologiste depuis 2016 également, a bénéficié de la construction d’une citerne dans le cadre du projet. Nous posons la même question que durant les autres entrevues : « Combien de personnes vivent sur la citerne ? » là où les précédents agro-écologistes me donnaient le nombre de personnes dans la maison, Evenol me répond : « Tout le quartier vit avec la citerne ». Il nous explique que les autres sources sont très éloignées et que c’est pour cela qu’il en fait profiter le voisinage. La citerne lui a permis d’observer « anpil chanjman » (beaucoup de changement). Il se sert de l’eau pour la cuisine, la lessive, afin de la traiter pour la consommer mais surtout pour préparer ses plantules. Agro-écologiste il avait la technique et depuis, il a l’eau pour la mettre en œuvre. Si parfois il lui arrive de rencontrer des problèmes d’accès aux semences, Evenol se force de faire avec ce qu’il a. Ses plantules dont il est fier, il s’en occupe quotidiennement et prend soin d’en distribuer à son entourage.

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Infos de l'auteur

Orlane Marris

Orlane est volontaire de Frères des Hommes auprès du Mouvement paysan Papaye.

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