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août 27

Région de Solo, centre de l'île de Java

Après avoir rendu visite aux ateliers de batik, j'ai pu faire un petit tour dans la ville et assister à une répétition de musique traditionnelle javanaise (et là je fais une petite dédicace à ma tata Martine et mon tonton Jean-Pierre qui j'espère apprécieront ces photos), c'était très beau et envoutant comme musique, quel dommage de ne pouvoir joindre un fichier audio (help help please webmaster!). Les indonésiens sont vraiment très doués en art.

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Vieille maison coloniale avec meubles d'époque

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En Indonésie, toutes les parties du riz sont conservées et utilisées, ici les tiges séchées ont été utilisées pour faire ce balai, que j'ai essayé, c'est extra! Vive la récup!

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Notre dîner à Solo, typique de la région : pour Amalinda, des pattes de poule, de la peau de buffalo grillée et un œuf en quelque sortes fermenté et une énorme chips de riz ; pour moi, beaucoup moins risqué, des légumes cuits à l'eau, du tofu et une sauce très typique à base de cacahouète qui ressemble au saté, absolument divine. Sans oublier notre délicieux jus de tomate frais pour faire glisser le tout.

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Nos voisins de table, enfin de trottoir..

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Amalinda et moi sur le chemin du retour, le ventre bien rempli :)

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Sur la route du retour de Solo à Bandung, 8 heures de train à admirer des paysages magnifiques.

Les rizières encore et toujours... Ici c'est la pleine saison, d'où ce vert lumineux.

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A l'approche des villages...

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Tout le paradoxe de l'Indonésie et de son économie à deux vitesses : les pauvres dans des cabanes en bois et les riches à 30 mètres avec leurs belles maisons neuves, leurs paraboles... et toute la beauté de ce pays : le traditionnel et le moderne qui s'entremêlent sans cesse...

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L'heure de la lessive...

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Une petite gare à l'ancienne, et fonctionnelle! C'est à l'aide de cette machine à bras multiples que les deux hommes gèrent le contrôle ferroviaire de la ligne, vraiment impressionnant..

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Un peu plus au nord, la récolte de riz à déjà commencé, les cultures commencent à sécher.

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Arrivée aux alentours de Bandung, c'est carrément la fin de la saison et le début de la sècheresse...

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août 26

A la rencontre d'un art ancien...

En me rendant aux festivités organisées par le Forum des Paysans de Batang (une organisation paysanne de base membre de KPA) pour la fête de l’indépendance de l’Indonésie le 17 aout, j’ai rencontré une jeune femme étonnante, Amalinda, avec qui je me suis très vite liée d’amitié. Amalinda travaille dans un domaine tout autre que celui de l’agriculture et de l’accès à la terre. Elle fait actuellement, dans le cadre de son doctorat en sciences sociales, une recherche sur le rôle que jouent les nouveaux entrepreneurs indonésiens dans la classe politique émergente, en étudiant le cas des entrepreneurs dans le domaine du batik. Le batik (qui est un mot javanais) est une technique d'impression des étoffes, pratiquée en Indonésie mais aussi en Inde, Chine, Sri Lanka, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Togo, à l'île Maurice et Madagascar.


Mais qu'est-ce donc que le batik???

Le batik traditionnel est un véritable art de patience et de minutie. Le procédé consiste d'abord à copier des motifs sur du tissu (en général de la soie ou du coton) en utilisant du carbone, puis à appliquer de la cire fondue sur les endroits qui doivent être préservés de la couleur ce qui permet de préserver des zones plus claires. La cire est appliquée à la main avec un petit instrument en bambou avec une tige en cuivre (le canthing) qui contient un petit réservoir pour la cire. Bien sur la taille de l'aiguille en cuivre est différente selon si le tracé du dessin doit être fin ou plus épais.


Les patrons : les dessins sont ceux du fils de cette dame, inspirés par la vie quotidienne indonésienne et les fleurs qui forment le contour sont des motifs indonésiens très traditionnels

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Les employées recouvrent les contours des dessins avec de la cire à l'aide du petit outil en bambou



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Les modèles réalisés ainsi sont des modèles uniques. Il existe aussi une autre manière artisanale, plus rapide et qui permet de réaliser un même modèle plusieurs fois, en utilisant des tampons en cuivre imprimant directement le motif sur le tissu.

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Gamelle contenant la cire au dessus d'un réchaud à gaz plutôt artisanal... Le tampon est posé dans la cire pour s'imbiber avant l'emploi.

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Les tampons en cuivre : ces tampons ne sont plus fabriqués à l'heure actuelle, ceux là sont assez anciens.

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Ensuite les tissus sont plongés dans des bains de teintures en commençant par les tons les plus clairs.

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Une fois une couleur appliquée, les tissus sont plongés dans un bain d'eau bouillante avec une solution spéciale pour enlever la cire, puis les tissus sont rincés à l'eau froide.

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Quand la solution ne peut pas enlever toute la cire, le reste est enlevé à la main, en chauffant un petit instrument pointu et en appliquant localement la solution.

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Les tissus sont ensuite mis à sécher. Une fois le tissu sec, l'opération peut être renouvelée avec une autre couleur : c'est à dire qu'on recouvre une nouvelle fois de cire les endroits qui ne devront pas être colorés avec la prochaine couleur, on teinte, on enlève la cire, on rince et on fait sécher... Cette opération est répétée autant de fois que nécessaire pour l’obtention des couleurs et motifs désirés.

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Au final on obtient un tissu où se mêlent différents tons ou contrastes juxtaposés ou superposés, formant toutes sortes de motifs. Quand un morceau est réalisé entièrement à la main, cela peut prendre jusqu'à 4 mois. Quand il est réalisé avec un tampon en cuivre, cela va un peu plus vite, il faudra alors d'une à deux semaines pour le réaliser, suivant si le nombre de couleurs est important ou non. Un atelier ne peut pas produire plus de 400 pièces par mois, alors que dans l'industriel on parle de 2000 pièces par jour! A des prix défiant toute concurrence on l'aura bien comprit...
Et voilà ce que ça peut donner...

Ces deux morceaux sont réalisés entièrement à la main

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Ceux là sont réalisés au tampon en cuivre

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Il existe d’autres façons d'exercer le batik de manière non traditionnelle soit en appliquant la peinture directement sur le tissu avec des outils (pinceau, aérographe...) ou de manière industrielle ce qui permet certes un rendement largement supérieur mais n'a plus aucun attrait artistique.
Cet art a atteint son apogée dans le batik javanais (c’est-à-dire originaire de l’ile indonésienne de Java), le plus élaboré de tous. Les hauts lieux de la fabrication, encore très artisanale sont donc à Java, où l'on distingue 2 grands styles : celui des villes royales de Solo et Yogyakarta dans le centre de l'île et celui de la côte nord, notamment à Pekalongan.
Pendant ma dernière semaine passée en Indonésie j’ai eu la chance d’accompagner Malinda dans sa recherche à Pekalongan et à Solo et d’aller à la rencontre d'entrepreneurs, mais aussi des travailleurs et travailleuses, qui ont su me faire apprécier la délicatesse et la complexité de cet art.


Les origines du batik remontent à un peu plus de mille ans. Le batik s’est développé principalement grâce à de nombreuses entreprises familiales qui ont transmis leurs savoirs de génération en génération. C’est dans les années 1960 que cette activité a le plus prospéré. A cette époque, après avoir acquis l’indépendance, Soekarno (le premier président de la République d’Indonésie) voulu développer l’économie du pays en promouvant plus particulièrement la participation des autochtones, et ce pour contrer le monopole chinois sur la plupart des secteurs. Soekarno instaure alors une politique protectionniste et alloue des aides aux familles ou petits entrepreneurs indigènes désirant démarrer une activité économique.


Dans certaines villes comme Pekalongan, on assiste alors à une véritable explosion de petites fabriques artisanales et familiales grâce aux subventions données par l’état pour obtenir les matières premières (coton, soie, teintes, tampons, petit outil etc.). Bien sur il y eut de nombreux abus : certains n’hésitaient pas à acquérir tout le matériel nécessaire sous couvert de monter leur propre « entreprise » et revendaient le tout à des entrepreneurs chinois qui n’avaient, eux, plus du tout accès aux matériaux du fait de la politique protectionniste. La désagréable conséquence de ces petites manœuvres a été que ces gens qui ont préféré un profit rapide plutôt que de s’installer dans une activité économique durable, se retrouvèrent sans ressources quand Soeharto prit le pouvoir au milieu des années 1960 et mit fin à la politique protectionniste. Alors que les familles qui s’étaient lancées dans ce métier, même si elles ont dû faire face à une concurrence féroce et déloyale parce que Soekarno, à l'inverse de son prédécesseur, distribua des aides uniquement aux industriels et investisseurs étrangers pour développer le batik industriel et semi-industriel, réussirent plus ou moins à vivoter à travers les 30 ans de dictature et beaucoup relancèrent leur activité avec succès dans les dix dernières années.


De Pekalongan à Solo...

Mes aventures avec le batik ont débuté à Pekalongan où le batik représente 80% des activités économiques de la ville. J'ai suivi Amalinda dans ses visites des ateliers de la ville, mais aussi des boutiques qui vendent ce qui est produit dans les ateliers. J’ai constaté que cette activité était beaucoup basée sur le genre : ce sont les femmes qui recouvrent de cire les traits dessinés et ce sont les hommes qui s’occupent de teindre les tissus, couleur après couleur. On ne retrouve pas dans les ateliers traditionnels d’hommes accomplissant les tâches des femmes et vice versa. J’ai découvert que les femmes qui travaillent dans ces ateliers travaillent 6 jours par semaine pour un salaire de 15 000 roupiahs par jour (soit environ 1€), ce qui parait peu mais est en fait bien supérieur à ce que gagne une femme employée dans une plantation de thé par exemple. Les hommes eux gagnent un peu plus, entre 20 000 et 30 000 roupiahs par jour, mais leur travail est plus pénible et surtout ils s’exposent à plus de risques sanitaires puisqu’ils n’ont aucune protection quand ils manipulent la cire fondue bouillante dans des gros tonneaux en fer qui éclatent parfois, et que peu portent des gants pour manipuler les colorants chimiques. Quand aux propriétaires et petits entrepreneurs avec qui j’ai pu discuter, leur problème majeur est celui de ne pouvoir maitriser toute la chaine du batik de la conception à la vente au grand public et donc de ne pouvoir s’assurer des recettes correctes. En effet, ils fabriquent ces merveilleux tissus et les revendent à prix cassés à des boutiques, qui à Pekalongan pratiquent des prix jusqu’à 4 fois supérieurs à ce qu’ils les ont acheté, et à Jakarta cela s’élève entre 10 et 30 fois supérieurs selon les boutiques.


C’est pour cela qu’à Pekalongan, certains entrepreneurs ont décidé de s’associer dans l’idée de former une petite coopérative et d’essayer d’assurer eux-mêmes la vente de leurs produits. C’est ainsi que j’ai pu me joindre à eux pour aller rendre visite à une coopérative déjà fonctionnelle dans l’autre région principale du batik, à Solo, à quelques 8 heures de route de Pekalongan. J’ai donc prit la route avec Amalinda, 6 entrepreneurs, 1 fonctionnaire de la ville de Pekalongan, 1 homme d’affaire (présent pour apporter ses compétences en tant que gérant), tous membres du comité de l’organisation qu’ils venaient de créer. Leur visite à Solo avait pour but de découvrir comment s’organisait la coopérative (constituée de 24 ateliers de fabrication de batik), d’apprendre de leur expérience et voir ce qu’eux pourraient en retirer pour leur futur coopérative.


Le repas avec mes compagnons de voyage : au menu soto (bouillon de poulet avec des oignons frits et des petits légumes, c'est délicieux!!!) pour tout le monde...

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Ella, propriétaire d'un petit atelier à Pekalongan, qu'elle a hérité de ses parents, qui eux-même avaient hérité de leurs parents. Ella est aussi secrétaire de l'organisation.

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Amalinda et moi.

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Nous avons d’abord été conviés à assister à une présentation de la coopérative de Solo qui existe depuis septembre 2007, puis à un petit tour du quartier pour voir les différents ateliers.

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Le président de l’association de Solo (IPAL) nous a raconté comment il avait été très difficile pour eux de s’organiser en coopérative au début car les propriétaires des ateliers se voyaient comme des concurrents et ne souhaitaient pas forcément travailler ensemble. Alors ils ont décidé de se réunir dans la perspective de développer leur village : en fait il s’agit d’un quartier de Solo qui est la quatrième plus grande ville d’Indonésie, mais les indonésiens appellent les quartiers, des villages ; ils ne font pas de distinction de vocabulaire entre un quartier et un village de zone rurale. L’idée qu’ils ont eu était donc d’associer les 24 ateliers du village dans le but de commercialiser eux-mêmes les produits qu’ils fabriquent.


Petit à petit, leur idée de départ s’est transformée et ils ont prit le parti de développer leur activité économique en y mêlant l’histoire du quartier, de la ville, de la région. Ainsi en visitant ce quartier, on peut bien sur voir comment ils travaillent dans leurs ateliers qui sont ouverts au public, mais un guide peut vous accompagner pour connaître l’histoire des maisons de type colonial, savoir à quelles familles elles ont appartenu à travers les siècles, comment elles ont été transformées etc. L’organisation œuvre aussi pour conserver ces vieilles maisons coloniales dont beaucoup tombent en ruine car elles coûtent trop chères à entretenir. Ils essaient de trouver des fonds extérieurs pour les rénover un minimum et mettent eux aussi la main à la pâte. Ils ont d’ailleurs récemment reçu un petit financement de l’UNESCO pour retaper 3 maisons et ainsi préserver leur patrimoine historique et culturel. En général, ils encouragent chaque famille à découvrir l’histoire de leur maison et par conséquent de leur famille et ancêtres pour promouvoir aussi ce côté là de la culture indonésienne. Ils espèrent ainsi, par la conservation des maisons, être un jour élu « village culturel » par l’UNESCO et pensent louer chaque maison rénovée à des touristes de passage et reverser les sommes gagnées par la location à l’organisation pour rénover d’autres maisons et développer encore plus le quartier.


Grâce à l'organisation, on peut également s’instruire sur l’histoire de Solo, savoir par exemple que jusqu'à l'indépendance de l'Indonésie en 1945, Solo (aussi appelée Surakarta) était après 1743, le siège d'une cour royale, car dans la tradition royale javanaise, quand un malheur arrivait au royaume, le roi déplaçait la capitale et Paku Buwono II (le Roi de l'époque) avait alors choisit un lieu au bord du fleuve Solo pour y installer la cour royale ; ou encore que Solo a été l’une des villes les plus lucratives dans le passé car elle se trouve sur l'une des deux principales voies ferrées de Java, celle qui relie Jakarta à Surabaya par le sud en passant par Bandung.


L’organisation a aussi voulu développer la culture locale en organisant par exemple des concerts avec des groupes locaux qui ne sont soit plus trop populaires parce qu’un peu passés de mode, ou au contraire qui débutent tout juste et peuvent ainsi se faire connaître un peu. L’organisation a aussi mis en place un petit centre de formation pour offrir des cours ludiques sur l’art du batik où les participants peuvent réaliser leurs propres produits. Chaque atelier permet aussi aux visiteurs d’apprendre la signification des motifs, car chaque motif a son histoire propre. D'ailleurs d'une ville à l'autre, les motifs sont très différents et les teintes aussi. Le batik n’est pas un simple bout de tissu, c’est un véritable héritage culturel.
Le but est aussi de donner envie aux jeunes de reprendre des affaires et de poursuivre dans cette voie pour préserver le batik comme une activité artisanale et pour que le batik industriel ou semi-industriel, pratiquement dénué de toute substance artistique et historique, ne soit pas le seul à être distribué.


L’organisation a récemment obtenu le soutien financier d’une ONG allemande pour mettre en place un système d’épuration collectif. Construit il y à six mois, ce système constitue un projet pilote, qui s’il marche bien, sera répété dans d’autres quartiers de Solo. L’ONG allemande a procuré les fonds nécessaires pour la mise en place mais le maintien du système est à l’unique charge des ateliers, chacun donnant à peine 40 000 roupiahs par mois (2.50€). Grâce à ce système d’épuration, les produits chimiques (provenant principalement des teintures) ne sont plus déversés dans les rivières, méthode utilisée par la plupart des ateliers. L’idée d’IPAL (l’organisation du quartier) est d’avoir un environnement sain. Tout un travail de communication est donc fait en amont pour prôner pour l’utilisation de teintures plus naturelles et pour recycler les déchets ménagers.


En gros, ils ont essayé de se réunir autour d’un projet commun qui n’est pas axé autour de la compétition mais de l’entre-aide et du commun, pour le bénéfice dans le long terme de tout le quartier. Le côté historique est pour eux aussi un concept de tourisme qu’ils appellent le « tourisme intégré », c’est-à-dire intégré à leurs activités déjà existantes autour de la production de batik. Ainsi ils ont développé toutes sortes d’activités annexes qui ont pu offrir des emplois à d’autres habitants du quartier. D’abord les propriétaires des 24 ateliers du quartier ont mis en place une stratégie de promotion centralisée avec la création d’une salle d’exposition commune où chacun peut exposer quelques-uns de ses modèles et les offrir à la vente. Ils se sont aussi mis d’accord sur les prix à pratiquer pour qu’il n’y ait pas de concurrence déloyale et pour que les clients s’y retrouvent d’un atelier à l’autre. De plus, ils agissent de manière plus décentralisée en gardant chacun un espace dans son atelier pour un petit point de vente et ils exposent leurs propres modèles mais aussi ceux des 23 autres ateliers. Leur espérance est d’avoir un quartier où toutes les productions seraient distribuées équitablement et par eux-mêmes, sans autres intermédiaires ce qui leur assure non seulement un meilleur revenu mais aussi des prix beaucoup plus bas pour les consommateurs. Et afin d'être visible, ils ont conçus une carte du quartier indiquant les ateliers, les attraits touristiques et autres qu'ils distribuent sur des petits flyers publicitaires.


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L’organisation fonctionne selon un système « d’adhésion ouverte ou fermée ». C’est-à-dire que tous les habitants du quartier sont tous désignés d’office comme membres puisque l’organisation concerne le quartier entier. A ce titre, les habitants peuvent se joindre à toutes les réunions et prendre part à la prise de décisions concernant le quartier. Mais l’adhésion est fermée en ce qui concerne la coopérative d’ateliers et si un atelier veut intégrer la coopérative il doit alors payer une légère côtisation reversée à l’organisation. Ils renouvèlent le comité d’administration de l’organisation tous les 5 ans et se réunissent tous les 25 du mois sans faille, que cela tombe pendant des vacances, des élections, des jours fériés ou non. Pour les réunions mensuelles, ils font de la publicité dans le quartier mais aussi dans les autres quartiers de la ville et chaque atelier paie 100 000 roupiahs à l’organisation pour être dans la brochure de l’évènement et se faire ainsi un peu de publicité.


Afin de développer toutes ces activités annexes, ils n’ont reçu aucune aide de la ville ni des pouvoir publics locaux. Ils ont reçu une aide assez maigre du gouvernement provincial. Ils préfèrent être plus indépendants et avoir une marge de manœuvre assez large alors ils se sont essayer à la récolte de fonds auprès des ONG internationales, mais aussi auprès des entreprises et autres artisans du quartier et des quartiers environnants. Pour cela ils ont installés dans tout le quartier des grands panneaux publicitaires en verre et demandent une contribution aux entreprises ou artisans locaux souhaitant afficher leurs infos et leurs contacts. Pour le reste ils valorisent d’autres types de contributions : le travail bénévole mais aussi les idées pour développer le quartier, et suscitent régulièrement tous les habitants pour contribuer eux aussi à leur manière et participer comme ils peuvent.


La visite de ce quartier de Solo a complètement bluffé le petit groupe de Pekalongan et je dois dire que j'ai été moi-même très impressionnée par tout ce qu'ils ont réussi à mettre en place pour promouvoir leur activité et pour faire vivre le quartier entier de cette activité. Grâce à eux beaucoup de familles ont démarré une activité : des couturiers se sont mis à leur compte et reçoivent même plus de commandes qu'ils ne peuvent en satisfaire ; des personnes ont été formées à la vente ; les jeunes apprennent à dessiner et vendent leurs dessins etc. Un bel esprit d'initiative en tous cas.


J'ai été frappée de voir que ces gens n'ont pas attendu que leur activité ne marche plus et que le quartier se désintègre pour prendre les choses en main et le développer. C'est une belle leçon de projet bien pensé et bien monté et de réussite qu'ils donnent à ce groupe de Pekalongan qui n'est pas, lui, encore très bien organisé. De plus, j'ai rencontré des gens soucieux de leur environnement et du traitement des déchets, ce qui est un problème majeur en Indonésie. Dans les villes traversées par une rivière ou un fleuve, les ordures ménagères, comme celles des industriels, sont simplement déversées dans les rivières. Il n'existe pas de ramassage des ordures, ce sont les ménages et les entreprises qui doivent eux-même se débarrasser de leurs déchets. Quand ils n'ont pas de cours d'eau à portée de main, ils les brûlent, ou pire les entassent dans un coin du quartier, à la portée des enfants et des animaux. Dans les campagnes indonésiennes, les habitants des villages repoussent les ordures aux extrémités des villages et elles restent là non traitées des années durant. C'est une vrai catastrophe qui m'a choqué tout au long de mon séjour et qui, je pense, va prendre des ampleurs ingérables dans l'avenir proche. C'est pourquoi j'ai été très contente de voir qu'à leur niveau local, les personnes de ce quartier de Solo, essaient de gérer leurs déchets et surtout font de la prévention et de la sensibilisation aux habitants. J'espère que l'équipe de Pekalongan s'inspirera de cela!


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A Solo, les hommes aussi peuvent passer les dessins à la cire, pas comme à Pekalongan où cette activité est exclusivement féminine

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Les maisons coloniales
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La petite troupe de Pekalongan continue sa visite du quartier...
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La « troupe » de Pekalongan a beaucoup profité de cette journée passée à Solo et a décidé dans un premier temps d’élaborer une base de données sur Pekalongan pour recenser le nombre d’ateliers de batik, le nombre de vendeurs de matières premières, de couturiers etc et d’inscrire tout ça sur une carte à l’instar de ce qui a été fait par l’organisation de Solo. Ils voudraient aussi recenser le nombre de vieilles maisons coloniales se trouvant à Pekalongan, rencontrer les familles qui en sont propriétaires et réfléchir s’ils peuvent s’organiser ensemble. Pour eux ce n’est qu’un début mais en tous cas l’envie de maitriser un peu mieux toute la chaine du batik et de faire découvrir leur art et leurs traditions est bien là. Bien sur, ils n’ont pas les fonds nécessaires pour développer tout cela mais on peut espérer qu’ils trouveront un peu d’aide auprès d’une organisation internationale. Un petit appel à Frères des Hommes pour développer un nouveau partenariat indonésien et développer la petite ville de Pekalongan où le chômage touche à l’heure d’aujourd’hui plus des deux tiers de la population ? Qui sait…. ;)


Photo de groupe avec les membres de l'organisation de Pekalongan (mes compagnons de voyage) et trois membres de la coopérative de Solo après la visite des ateliers de Solo et du musée retraçant la vie du batik, très très belle journée et très instructive pour moi...

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août 7

Indonésiens citadins

Ah les belles villes d'Indonésie...


Aux carrefours, feux rouges etc, partout où l'on s'arrête un peu, des musiciens viennent jouer à l'entrée du bus, c'est trop chouette car ils sont souvent très bons!!

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Si vous laissez votre portail ouvert le samedi et le dimanche ils s'invitent aussi jusqu'à votre porte et pas question de les renvoyer sans une petite pièce en main... Ou encore dans les magasins, comme là où je suis en fait chez le coiffeur :) P1020230.JPG

Evidemment, c'est juste un peu moins drôle quand ce sont des enfants hauts comme trois pommes qui zigzaguent entre les voitures, bus et mobylettes pour venir vous chanter une petite chanson en tendant la main.. Le plus triste c'est que j'en ai vu qui savaient à peine marcher, qui n'avaient que deux ou trois ans et qui étaient déjà là avec un grelos ou une toute petite guitare à la main. Souvent ils montent dans le bus, s'assoient sur les marches pendant qu'on roule à toute allure et chantent jusqu'au prochain arrêt... Là je n'ai pas osé prendre de photo.


Beaucoup de gens dorment comme ça dans la rue sur un bout de cartons, au milieu des passants, et tous ne sont pas des mendiants ou sans domicile fixe, beaucoup sont des commerçants dormant tout proche de leur petit stand dans la rue.

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Des jeunes prêt d'une discothèque.

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Un vendeur de rue qui nous prépare du tofu (soja) frit. Hmmm la bonne huile de palme!!

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En Indonésie on affiche clairement pour qui on compte voter! Les habitants de Bandung ont élit leur nouveau maire le 10 aout, très peu se sont déplacés jusqu'aux urnes, et les campagnes se sont faites très discrètes.. Même au sein de KPA, certains n'étaient même pas au courant qu'il y avaient des élections municipales... Les élections pour les maires n'ont pas lieu en même temps dans tous le pays, chaque ville à son propre moment. Cette petite camionnette un peu rustique est en fait le bus de ville.

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Un des moyens de transport le plus utilisé en ville, un homme se met derrière et pédale! Et ce sont les locaux qui s'en servent, pas juste les touristes!! Sur la première photo, quand je l'ai prise je n'avais pas vu tous les hommes qui font les pîtres derrière, je m'en suis aperçue en regardant mes photos sur mon ordi, trop drôle!!

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Ou alors il y à cette mobylette aménagée en voiturette, moyen de transport le plus utilisé à Jakarta, bon je dois dire qu'il ne faut pas avoir peur surtout en doublant les camions!!

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Ou encore il y à encore la mobylette familiale, où toute la famille s'entasse :)

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Dans quelques minutes toute cette petite famille va s'entasser sur cet unique scooter

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La chariotte à cheval, très utilisé par les indonésiens

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Ou bien la camionnette inter-familiale!

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et le vélo bien sur...

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Ou encore le train...

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On charge même la mobylette avec :

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Et on peu manger autant que l'on veut grâce aux dizaines de marchands ambulants qui s'activent à chaque arrêt, comme les ouvreuses dans les cinémas autrefois, sauf que le choix est beaucoup plus grand!

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Dans les bus, c'est aussi des stylos, des portes clés qui clignotent, des poupées, des chaussettes, des serviettes de bain et que sais-je encore..., que les marchands ambulants essaient de nous vendre, mais là je n'ai pas dégainé mon appareil photos assez rapidement, vous imaginerez donc!


Des petits villageois qui viennent en ville vendre les mortiers en pierre que leurs parents ont fabriqués aux touristes de Jakarta qui envahissent Bandung les week-ends. Ils sont deux, le deuxième joue à cache-cache derrière le premier!

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Le marché la nuit, où l'on trouve plein de bonnes choses peu chères et excellentes.

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A un an à peine, cette petite fille porte déjà le hijab (foulard musulman).

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Les vendeurs mettent tout leur attirail dans deux grosses panières qu'ils transportent à l'aide d'un morceau de bambou transversal qui repose bien balancé sur leurs épaules

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On trouve aussi toutes sortes de trucs

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La sortie des écoles

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Les petites filles aiment bien acheter des petits jouets, des images, des boissons ou des bonbons ;) ça c'est véritablement international!

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août 5

Récit de Sarbi, 82 ans, prisonnier du Goulag Indonésien de 1965 à 1979.

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Le 19 juillet j'ai pu interviewer Sarbi, un ancien détenu du Goulag de l'île de Buru. Nous avons discuté en anglais, et quand vraiment ce n'était pas possible de se comprendre, quelqu'un a traduit du bahasa. J'ai laissé ses propos tels quels, sauf que bien sur je les ai traduit en français.

« En 1947, je suis devenu ‘étudiant militaire’. Ce n’est pas que je faisais parti de l’armée, loin de là mais après l’indépendance, quand les Hollandais sont revenus, nous autres étudiants, nous avons prit les armes pour les faire repartir ! Après la guerre, en 1949, j’ai continué mes études dans le département de l’information, je suis devenu journaliste, et je faisais aussi parti du parti communiste. C’est pour ça qu’en 1965, quand Suharto, l’ancien dictateur, a prit le pouvoir, j’ai été arrêté par les militaires. Ils m’ont emmené en prison sur l’île de Buru, très très loin d’ici. C’était une sorte de camp de concentration. J’ai été arrêté parce que le parti communiste été à l’époque suspecté d’avoir organisé le coup d’état de 1965 et que j’appartenais au parti. Je n’avais rien fait de plus, je faisais parti d’un groupe avec lequel je partageais des idées, c’est tout. Je suis resté prisonnier 15 ans.

Sur l’île de Buru, on a été traités comme des esclaves. Ils ont transformé toute la forêt avoisinante en un immense champ de riz et on y travaillait du matin au soir, sans recevoir de nourriture, on ne nous en donnait jamais. Alors nous mangions tout ce qui nous tombait sous la main, les feuilles, les serpents, jusqu’à la récolte et là on mangeait un peu de ce que nous récoltions. Quand il pleuvait les soldats nous faisaient nous allonger par terre à plat ventre dans la boue, serraient les uns aux autres et ils se servaient de nous comme pont pour ne pas salir leurs chaussures. Et puis il y avait les maladies, le paludisme, la tuberculose, l’hépatite. Et beaucoup ont été torturés pendant les interrogatoires.

Si j’ai survécu c’est uniquement pour pouvoir témoigner de tout ça un jour. Nous avions une devise, c’était : « Nous devons être forts pour vivre et non être forts pour mourir ». Dans chaque unité il y avait 500 prisonniers et il y avait 22 unités sur l’île. Je crois qu’en tout il n’y a eu que 400 morts. Mais tout a été très arbitraire. Aucun de nous n’a jamais été officiellement poursuivi devant la justice, aucun n’a eu droit à un procès devant une Cour. J’ai gardé des contacts très serrés avec certains d’entre eux, de mon unité, peut être 10 en tout et nous nous voyons tous les 23 mai où nous célébrons l’anniversaire du parti.

En 1972 nous avons été autorisés à rentrer en contact avec nos familles. Nous avons eu le droit de leur écrire et de recevoir une lettre, mais quand la lettre est arrivée, c’était un lambeau, il n’en restait rien. Quand nous avons été capturés, nos familles ont été prévenues. Moi j’étais marié et j’avais 10 enfants. Ma femme est morte en 1976 sans que je n’ai pu jamais la revoir. J’ai revu mes enfants en 1979, j’ai vécu avec eux à ma libération. Puis je me suis remarié en 1981 car je ne voulais pas rester à la charge de mes enfants, et nous avons eu 2 enfants. Ma deuxième femmes est morte en 2000 et depuis je vis avec les enfants de mon second mariage. En tout j’ai 27 petits-enfants et 2 arrière-petits enfants.

Je ne suis pas en colère pur moi, pour ma vie, mais je suis en colère pour ma classe sociale, pour les difficultés auxquelles nous avons toujours été, et sommes encore confrontés. A mon retour, il a fallu du temps pour que mes voisins m’acceptent à nouveau. En Indonésie, tout le monde a très peur d’être associé avec le parti communiste. Et ils avaient peur d’être surveillés par la bureaucratie, l’armée et peur des représailles. Mais petit à petit, nous avons tissé de nouveaux liens. Ce qui a été le plus dur c’est de ne plus pouvoir exercer mon métier de journaliste. Sur ma carte d’identité est inscrit le n°80, ce qui signifie ‘extrapol’, ancien prisonnier politique et avec cette mention il est impossible de trouver du travail. Il est strictement interdit de nous employer. C’est pour ça que quand je suis revenu à ma vie, je suis devenu acupuncteur. Quand nous étions à Buru, nous savions que nos carrières, si peu qu’elles aient un jour commencé car certains étaient très jeunes ou étaient encore étudiants, étaient brisées à tout jamais. Alors, comme il y avait parmi nous beaucoup de professions diverses, des enseignants, des médecins, des ingénieurs, des juristes, nous avons appris les uns des autres, le plus possible. C’est là que j’ai appris l’acupuncture et aussi l’anglais. Nous savions que si nous sortions nous ne retrouverions plus de travail dans le secteur formel.

Je suis revenu vers la politique dès ma sortie. Avant la chute du régime de Suharto, nous nous réunissions en secret mais après nous nous sommes ouverts et nous avons articulé nos idées et nos vues. Maintenant je suis membre du FPPB (Forum de lutte des Paysans de Batang) et je les encourage à se battre pour la réforme agraire. Le problème paysan est le problème principal de l’Indonésie et les paysans sont les plus pauvres gens de la population. Les plus grandes organisations paysannes qui existent sont en fait dominer et contrôler par l’armée et sont des factions du gouvernement. C’est un leurre, il faut que les villages s’organisent et qu’ils forment leurs propres associations locales et forment toutes ensemble un mouvement national. Par contre, la révolution ne doit pas se concentrer uniquement sur les paysans. Il faut inclure les syndicats, les étudiants, mais aussi les académiciens, c’est tous ensemble que nous ferons une vraie révolution, pas chacun de notre côté, et surtout pas avec une organisation paysanne commandée par l’armée. Il faut que l'on fasse comme pendant la révolution française ! »

Pour ceux que l'histoire intéressent, il y à un très beau livre écrit sur le goulag de l'île de Buru, dont l'auteur a eu le prix nobel de la paix. Il s'agit du livre: The Mute's Soliloquy: A Memoir de Pramoedya Ananta Toer. Je crois qu'il n'existe pas en français malheureusement, mais d'autres de ses livres oui, et ils sont tous de fabuleux récits de l'Indonésie.

août 5

Portrait de Siti Amina, leader de SITA, l'organisation paysanne des femmes du village Dusun

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Le 18 Juillet, à peine arrivée dans le village Dusun dans la région de Batang, Sopa, une volontaire du FPPB (Forum pour la Lutte des Paysans de Batang), m’a prit par la main pour m’emmener interviewer Amina, leader du groupe SITA : ‘Suara Ibu Tani’ qui signifie ‘Voix de femmes paysannes’. J’ai donc été très chaleureusement accueillie dans la maison de Siti Amina, dont le nom signifie ‘femme du prophète Mohamed’. Et c’est autour d’un thé vert local délicieux (comme quoi les meilleurs thés ne partent pas tous en Europe !) que j’ai pu écouter le récit de sa vie et les raisons de son engagement politique et social.

Son passé...

A 35 ans Amina habite dans ce petit village depuis toujours. Elle a grandit là avec ses parents et ses 6 frères et sœurs, tous membres actifs du FPPB depuis sa création. Son père est un ancien chef du village et sa mère est connue sous l’admirable nom de ‘femme forte’, et ce n’est pas à sa toute petite taille et frêle silhouette qu’elle doit ce surnom mais à son courage et sa détermination à elle aussi faire bouger les choses dans le village. Amina est allée à l’école jusqu’à la fin de la primaire, puis à 13 ans, elle s’est mariée à un jeune homme choisit par ses parents. Dans les zones rurales indonésiennes, dès qu’une fillette est réglée, on considère qu’elle a atteint l’âge adulte, alors elle doit se marier et fonder son propre foyer. Si une femme ne se marie pas tôt, c’est très mal vu et puis l’enfant doit obéir à ses parents alors Amina, comme la plupart des femmes, n’a jamais pensé à refuser ce mariage. Pour elle s’était tout simplement dans l’ordre des choses.

A 14 ans, un an tout juste après son mariage, Amina a accouché de son premier enfant, une fille. Elle m’a raconté que son mari n’était pas un bon mari, il la battait et ne s’occupait ni d’elle ni de l’enfant. Alors, elle s’est battue pour obtenir un divorce, un vrai parcours du combattant dans les campagnes indonésiennes. Amina a du se rendre trois fois au tribunal dans la ville de Batang et défendre elle-même son cas devant une cour de religion, tous des hommes... Heureusement, avec sa détermination et le soutien de sa famille, elle a obtenu son divorce à 15 ans. Elle est donc revenue vivre avec ses parents et ni elle ni sa fille n’ont revu son ex-mari depuis. Elle m’a dit, d’un air soulagé, qu’elle avait essayé de garder un contact au début pour l’enfant mais que cet homme ne s’était jamais intéressé à sa fille alors elle n’a pas insisté.

A 18 ans, Amina s’est remariée, avec un homme qu’elle a choisit elle-même cette fois. Un homme gentils et qui, elle l’avoue avec un immense sourire, lui est toujours aussi dévoué après 13 ans de vie commune et la naissance de deux garçons. Son deuxième mari est paysan, comme son premier mari, et il a très bien accepté la première fille d’Amina qu’il a élevé comme sa fille.

En 1998, le mari d’Amina a rejoint le FPPB parce que la plupart des gens des villages aux alentours n’ont pas de terre à cultiver, et donc aucun travail ni aucune ressource. Presque toutes les terres de l’ile de Java (près de 70%) appartiennent à des grandes compagnies de plantations (thé, café, riz, bois…), elles leur ont été vendues à un prix dérisoire par le gouvernement du dictateur Suharto en 1970 et les paysans qui les cultivaient depuis des temps anciens, expulsés et chassés comme des mal propres, sans aucune compensation. Seulement ces paysans n’ont pas accepté la fatalité d’une telle injustice et ils ont décidé de se battre pour leur propre bénéfice et surtout pour assurer un avenir meilleur à leurs enfants. Le FPPB a été crée pour soutenir les paysans les plus pauvres, en leur permettant de former leur propre coopérative et pouvoir ainsi diversifier leur alimentation un peu plus. Et à travers leur organisation, les paysans ont tissé des liens avec des juristes, des représentants des autorités locales pour les aider à 'réclamer' la terre qu'il leur a été volée il y à 40 ans. Et dans cette lutte de tous les jours, les femmes de ce village ont décidé d’être actives, très actives.

Son présent...

Pour Amina, comme pour toutes les femmes qui l’ont rejoint à SITA, le rôle de la femme ne se cantonne pas à être une bonne cuisinière pour son mari et une bonne mère pour ses enfants. Non, pour elle le rôle d’une femme va bien au-delà de la seule préoccupation de sa famille, chaque femme est responsable du bien être de toute la communauté. Amina dit qu’elles ont, en somme, le même rôle que les hommes dans la lute pour l’accès à la terre. Et Amina prend son rôle de chef de file très au sérieux. Après les corvées journalières, elle se rend chez ses voisines pour organiser la lutte et aussi pour renforcer le lien de solidarité qui les unie. Son rôle est aussi de rassembler toutes les femmes lors d'une urgence, et pour cela elle a du mettre en place un réseau, un tel va prévenir un tel et ainsi de suite. SITA a aussi des programmes pour les villageois. Par exemple, tous les 35 jours chaque femme membre de SITA, doit donner 1kg de riz et 1000 roupiahs (0.07 centimes d’euro) à l’organisation. Cette réserve sert à épauler celles qui pourraient rencontrer des difficultés inattendues : le décès d’un mari, l’incendie ou l’inondation d’une maison, une mauvaise récolte, choses qui arrivent couramment. Les 80 membres de SITA ont aussi des projets plus ponctuels. Si un fonctionnaire de la ville vient rendre visite au village, ou si les paysans organisent des manifestations contre la compagnie de plantation, les femmes installent une grande tente et assure la ‘cuisine publique’, où tout le village peut venir passer un moment convivial autour d’un repas aux couleurs locales. Et quand, lors des manifestations, les paysans sont physiquement attaqués par les milices privées des compagnies de plantations, ce sont les femmes qui vont au premier rang, points levés, pour faire reculer les milices qui n’osent encore pas s’en prendre à elles.

Son futur..

Amina n’a qu’un rêve c’est d’être heureuse, et si son village continue de lui apporter son soutien elle s’imagine devenir la première femme chef du village, et pourquoi pas un jour siéger au parlement local. Sinon, elle sera au moins conseiller municipal, et s’assurera que l’argent public ne sera pas utilisé par quiconque à des fins personnelles, mais sera bien investit dans la construction d’une école et d’un centre de soin, dans l’amélioration des rues pour qu’à chaque saisons des pluies les maisons ne soient plus totalement inondées.. Je ne peux que lui souhaiter le meilleur du monde.

juillet 25

Village de pêcheurs dans la région de Batang (région centre, en haut de l'île)

Juste avant d'arriver au village de pêcheurs, nous avons traversé des rizières, les voici!! Désolée les photos ne sont pas spectaculaires mais nous ne nous sommes pas arrêtés.. mais j'aurai d'autres occasions d'en prendre de plus prêt. (Comme sur toutes les autres pages et partout sur mon blog, les légendes des photos sont avant les photos et non après.)

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A l'entrée du village de pêcheurs.

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Après la pêche, l'homme prépare les poissons pour que sa femme aille ensuite les vendre au marché.

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Un homme repeint le bateau, je pense que c'est à leur déco qu'ils reconnaissent leur bateau...

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L'embarcadère..

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L'autre côté de la rive.

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Bateau qui assure les liaisons entre les deux rives, à son bord une femme avec sa brouette (en rose) aménagée en comptoir de vente, elle va vendre les poissons que son mari à pêcher.

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Mes accompagnateurs : Dewi de KPA, M. Handoko qui m'a accueilli très très chaleureusement chez lui pendant plusieurs jours, son chauffeur et un ami.

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Aller hop on charge la mobylette avec nous pour aller de l'autre côté de la rive :)

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Au milieu du village, la télé. Tout le village s'attroupe là les soirs pour regarder la télé. P1000609.JPG

Petite fille qui mange du riz cuit dans une feuille de bananier.

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Pêcheur qui répare son filet.

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Préparation des poissons pêchés au lavoir public avant que la femme ne parte les vendre à la ville.

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Femme de pêcheur qui répare le filet de son mari. Tous passent beaucoup de temps tous les jours à raccommoder leurs filets car ils n'ont jamais les moyens d'en racheter de nouveaux.

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P1000678.JPG Ce pêcheur (aux bras pour le moins musclés!), nous a raconté un peu son quotidien, par l'intermédiaire de deux traducteurs :) un du javanais (dialecte de la région centre) au bahasa (langue officielle en Indonésie) et un autre du bahasa à l'anglais, c'était folklorique! Et malgré la tristesse et l'injustice des faits que cet homme m'a raconté, nous avons beaucoup rit de devoir passer par trois personnes avant que je puisse prendre mes notes.

Depuis quelques mois, c'est à dire depuis la hausse faramineuse du pétrole, il ne va travailler que très rarement car il n'a plus les moyens de mettre de l'essence dans son bateau. Il m'a dit que c'était devenu le quotidien de beaucoup de pêcheurs de son village. Quand les prix de l'essence ont commencé à augmenter beaucoup de pêcheurs ont fait des emprunts, pensant que ça ne serait que passager. Mais la hausse des prix de l'essence à continué de grimper en flèche et les a laissé pour beaucoup totalement endettés auprès d'organismes de crédit qui n'hésitent pas à demander des intérêts exorbitants, jusqu'à 10% par mois. Alors, la plupart 'choisissent' désormais de rester à la maison. Ce jour là, cet homme est allé pêché après plusieurs jours sans rien faire, et à la fin de la journée il comptait un déficit de 40 000 roupiahs (environ 2.30€), une fortune pour lui. En Indonésie, un pêcheur gagne entre 15€ et 20€ par mois, sauf que quand je dis pêcheur il s'agit en fait du revenu de toute la famille puisque le mari pêche et la femme va vendre en ville. Les pêcheurs indonésiens ne reçoivent aucune aide du gouvernement, ils sont les laissés pour compte des politiques publiques et malheureusement un peu aussi des ONG. Selon eux, personne ne se bat pour leurs droits et tout le monde s'en moque parce qu'ils vivent loin des villes, loin des pôles de décision, loin des médias..

Ici, les pêcheurs ne peuvent tout simplement pas acheter l'essence qu'il leur faut, elle est trop chère. Non seulement les prix ont augmentés mais en plus l'approvisionnement des villages est très difficile, et à cause du nombre important d'intermédiaires, c'est encore plus cher pour eux, en général 30% plus cher qu'à la ville. Alors, faute de moyens, ils ne mettent plus d'essence dans leur bateau mais se rabattent sur l'huile de cuisine. Seulement voilà, un décret gouvernemental impose un quota d'huile de cuisine à utiliser par foyer et interdit son utilisation pour l'industrie et la travail, une façon de punir encore plus les travailleurs les plus pauvres. Alors encore une fois ils doivent se servir au marché noir et bien sur, ils la paient le double de son prix normal, 4500 roupiahs par litre, au lieu de 2500. Sans compter les dommages que cette huile engendre aux moteurs des bateaux et l'argent que ça coute aux pêcheurs de les faire réparer.

En plus de mal gagner leur vie, ces familles n'ont nul part où cultiver la terre, il n'y à pas d'espace pour les jardins familiaux. Alors elles doivent tout acheter, riz, légumes etc. Comme elles n'en ont pas souvent les moyens, leur alimentation de base c'est le poisson que les maris pêchent, mais pas n'importent lesquels.. Tous ceux qui peuvent se vendre un bon prix partent sur les marchés, eux se contentent du reste, ce qui se vendrait mal ou peu cher.

Alors la conséquence de tout ça, c'est que depuis quelques mois les femmes du village partent loin à la recherche d'un travail et laissent familles et enfants derrière. La plupart se font employées comme domestiques en Malaisie ou à Singapour, dans des conditions souvent proches de l'esclavage et envoient le peu d'argent qu'on leur donne à leur famille restée ici au village. Dans ce village, sur 150 foyers, 32 femmes se sont déjà exilées et sont devenues des travailleuses migrantes contre leur gré. Et plusieurs autres femmes s'apprêtent à faire de même dans les prochaines semaines.

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Cette femme s'occupe de vendre la pêche de son mari et de son gendre et elle s'occupe de ses petits enfants à temps plein car sa fille est l'une des femmes qui a été forcée de s'exiler en Malaisie, à la recherche d'un travail.

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Encore un homme qui répare son filet...

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Une vieille grand mère, elle était très surprise de me voir là au milieu du village, c'était la première fois qu'elle voyait un blanc en vrai et apparemment je ne ressemble pas à ceux de la télé! :) Elle m'a demandé de la prendre en photo avec ses petites filles, toutes fraiches et toutes blanches de talc après leur bain.

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L'heure du bain!! Comme les maisons n'ont pas l'eau courante, on se douche au beau milieu du village prêt du puit!

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Les habitations, certaines en dur, d'autres en bois, mais toutes avec des toitures qui n'ont pas l'air d'avoir envie de tenir encore bien longtemps..

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juillet 21

Plantations de thé

Dans le village que j'ai été visité, plus de 1100 hectares de plantations de thé! D'ailleurs il n'y a que ça dans ce village, qui est en fait constitué de quelques petites habitations en bois très rustiques datant de l'époque des colons Hollandais, où les ouvriers de la plantation habitent. Généralement, ils habitent à 10 dans environ 30m². La maison dans laquelle on m'a invité, il y avait, le mari, la femme et leurs trois enfants, les deux frères du mari, la mère et la grand mère du mari.. La compagnie de plantation refuse de construire de nouvelles habitations...

101_0012.JPG Comme vous le voyez, ce petit buisson, le thé, s'étend à perte de vue, même tout là bas au fond, c'est assez impréssionant...

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Les petits cônes que vous voyez un peu partout, ce sont les femmes qui récoltent le thé.

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Ces femmes sont payées 300 roupiahs au kilo, c'est à dire environ 2 centimes d'euros! Et je vous assure que j'ai bien fait le calcul. En haute saison elles arrivent à récolter 80kgs chacune, contre 35kgs en saison sèche. En moyenne sur l'année, cela leur fait un revenu qui varie entre 170€ et 250€, soit entre 14€ et 21€ par mois! Et même dans un village de l'Indonésie cela est bien loin de suffire. Bien sur comme rien n'est mécanisé, le travail est aussi très pénible et fatiguant, sans compter la chaleur sous laquelle elles doivent travailler. En général, elles travaillent de 6h du matin à 14h, et l'après midi elles se consacrent aux taches ménagères.. Beaucoup de femmes en Indonésie ont constitué des associations et demandent de meilleurs salaires, mais c'est une lutte très très difficile puisque faute d'autre chose, elles sont forcées d'accepter ces conditions de travail précaires et intolérables. Est-il nécessaire de rajouter que les compagnies qui les emploient, réalisent des millions d'euros de chiffres d'affaire par an?

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juillet 21

Scènes de villages

Le marché traditionnel à 6 heures du matin.

Noix de coco

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De la cassava (manioc) avec du sucre roux, j'ai goûté, bon je trouve que ça n'a pas tellement de goût..

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Encore de la cassava, ils la mangent à toutes les 'sauces', là elle est cuite dans des feuilles de bananier, c'est comme ça qu'ils font cuire beaucoup d'autres choses d'ailleurs.

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Du tempeh, c'est à dire du soja fermenté, là aussi cuit dans les feuilles de bananier.

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Voilà comment on achète de l'essence dans les villages!! C'est une essence de contrebande, de bien moins bonne qualité mais bien moins chère...

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Aller en route pour le marché! Je suis sûr qu'il y à au moins 100 kgs là dedans!

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Employées d'un centre de sport de la ville, en week-end de découverte et randonnée, offert par leur entreprise. C'est apparemment assez courant pour les travailleurs du secteur formel citadin.

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Les scouts, j'en ai vu dans tous les villages que nous avons traversé, je crois que c'est vraiment très populaire en Indonésie.

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A table!! En Indonésie, partout où l'on passe, on doit rester manger, ce jour là, j'ai dû faire 6 repas!!

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juillet 9

Ma première semaine

Voici déjà une semaine que je suis arrivée sur l'Ile de Java, que j'avais bien du mal à m'imaginer avant mon départ de Paris. J'ai vite eu l'impression qu'au détour d'une rue j'étais au Ghana, d'une autre en Chine et les odeurs de cuisine m'ont ramené tout droit en Thaïlande.. Après une bonne nuit de sommeil, j'ai quitté la moiteur et la frénésie de Jakarta pour Bandung, le Paris Van Java, bien curieuse de découvrir ce que cela recélait. Je dois bien avouer qu'en voyant les petites baraques au toits de tôle, les marchands poussant des brouettes improvisées en restaurants ambulants et en montant dans un 'Angkot' (petite camionnette violette et verte de transport en commun), j'ai eu bien du mal à faire le rapprochement ;). En fait, c'est à son nombre de boutiques de vêtements (dont beaucoup d'invendus de vieilles collections de grandes marques Américaines) que Bandung doit ce si 'prestigieux' surnom, qui fait d'ailleurs écho chez les populations de toute la région et notamment de Jakarta, qui envahissent les rues de Bandung tous les week-ends.. S'en suivent des embouteillages interminables, portes grandes ouvertes, un vrai plaisir pour les poumons! Heureusement que nous sommes divertis par les chanteurs, guitaristes et joueurs de Kulele (Youkoulélé) qui s'abattent sur nous aussi vite que les laveurs de pare-brise en Europe, sauf que le spectacle est un régal tant pour les oreilles que pour les yeux! J'ai même déjà appris une chanson indonésienne grâce à eux! En chemin pour Bandung, j'ai eu quelques heures pour admirer le paysage verdoyant, sur fond de rizières et plantations de thé, j'ai prévu d'aller voir tout ça de plus près le week-end prochain (12/7).

Du côté KPA, l'association partenaire de Frères des Hommes qui m'accueille, outre les bols de riz qui rythment mes journées (j'en suis à mon 18e), j'ai pu découvrir des gens à la bonne humeur infatigable, avec un humour décapant et activistes jusqu'aux bout des orteils! Ils s'arrêtent rarement de penser, discuter, bouger d'une ville à l'autre pour un colloque, un séminaire, une rencontre informelle, une formation ou une simple visite de courtoisie. Leur devise 'sourire, sourire, sourire et sourire encore et tout le temps pour garder les troupes motivées!'. Du coup, même si j'ai eu beaucoup beaucoup de mal à laisser mon chéri derrière (j'ai attendu la toute toute dernière minute pour passer les barrières à Orly), et à m'acclimater à l'éloignement, c'est très dur avec eux de rester morose, même 5 minutes. Je crois même que je vais prendre dix ans de rides d'un coup à force de rire! TOUS les gens que j'ai rencontré jusque là tâtent mes opinions politiques et m'ont parlé à un moment ou un autre de Camus, Foucault, Bonaparte et me vantent la beauté de la nouvelle première dame de France! Et tous m'ont invité à leur rendre visite dans leur village et rencontrer leur organisation, leur familles et découvrir leur région, c'est très tentant!

Sinon, ma plus grande découverte jusqu'ici (mais soyez indulgents ça ne fait qu'une toute petite semaine) est......... culinaire (certains n'en seront pas surpris!). Je goute à tout, surtout ce que je ne reconnais pas (euh ici il ne mange ni chien ni chat donc pas de grands risques) et je demande des recettes à tours de bras! Je me suis même un peu essayé à la cuisine indonésienne aujourd'hui avec de l'assistance. J'essaye de ne pas hurler et sauter au plafond quand c'est très épicé et je crois que je résiste de mieux en mieux (ou alors ils sont compatissants et en mettent de moins en moins!). Bon j'ai le nez qui coule en permanence mais on dit que c'est bon pour combattre les microbes! J'ai découvert à mon grand plaisir qu'ici on boit, comme au Brésil, des jus de fruits tout le temps, avec des mélanges étonnants et délicieux : mangue/tomate/pomme ou avocat/ananas ou encore des fruits qui ne poussent qu'en Asie comme le durian et le sirsak. J'ai aussi gouté à tout un tas de légumes de toutes les couleurs mais surtout vert, qui ont parfois un gout plutôt citronné ou de gingembre, ou amère. C'est aussi un plaisir pour moi de découvrir les étalages, et je n'ai pu résister à la tentation d'aller flâner un bon bout de temps dimanche à Carrefour, à deux pas du bureau de KPA (oui je sais c'est mal mais je n'ai pas encore repéré le marché local!) et prendre des photos, et euh au passage acheter quelques trucs ;). J'ai envie de tout gouter, je ne sais pas si trois mois suffiront!

A Bandung, je dors à l'association car ici on fait tout au même endroit et on vit collectivement, c'est à dire que l'on partage tout, la tasse de café du matin, les repas (avec les doigts et le plus rapidement possible s'il vous plait, mais moi je triche, je suis la tortue à la fourchette!!!), un bout de matelas à même le sol pour dormir, un bout de bureau pour travailler, les tongues pour la salle de bain... Moi j'ai quand même une petite chambre à moi, sommaire mais sympathique où il fait bien frais le soir et où je dors tranquille sous ma moustiquaire et avec boules quiès pour éviter d'être réveillée aux aurores par la première des cinq prières de la journée. Les indonésiens sont musulmans et très croyants, mais après chacun adapte à sa sauce. Certains prient 5 fois par jour comme il se doit, mais boivent de la bière le soir, d'autres zappent quelques prières journalières mais sont plus stricts sur d'autres aspects. En général, ils ont l'air de ne pas se sentir forcés de faire d'une manière ou d'une autre et vivent au jour le jour. Pour les femmes à qui j'ai pu parler, le port du Hijab n'est pas une obligation, c'est un processus qui se fait, ou pas, tout au long de la vie. Quand, et si, elles se sentent prêtes, elles le portent, sinon, non, tout simplement. Et tous se revendiquent de n'avoir rien à voir avec les mouvements extrémistes et intégristes Islamistes. C'est pour moi très intéressant et nous discutons de tout librement, eux en fumant cigarette sur cigarette et moi en gesticulant des mains et des bras continuellement pour m'aérer un peu! Pour moi, qui déteste plus que tout la fumée de cigarette autour de moi, je suis servie! C'est partout et tout le temps, dans le bus, le taxi, le bureau, les maisons, en mangeant, ça n'arrête juste jamais!

Autrement, je travaille aussi, oui oui! J'ai pu me joindre à un colloque sur la gestion des forêts de Java et l'expropriation des paysans par les grandes compagnies de plantations. (voir compte rendu/article sur Perhutani en ligne demain 9/7) et je me mets au courant de leurs activités, du fonctionnement de KPA et de l'avancement du plan de réforme agraire du gouvernement (PPAN). Et avec leur anglais souvent assez approximatif, ça prend du temps pour avoir les bonnes informations. Ils m'ont demandé de corriger leurs fautes d'anglais alors j'ai commencé doucement à leur donner des petits cours d'anglais pendant les repas, les ballades, les soirs, très informels mais demain je fais acheter un cahier à tout le monde, je rigole!!! Eux en échange m'apprennent le Bahasa (langue officielle d'Indonésie) et chaque soir j'ai des petites leçons à apprendre que je dois mettre à l'épreuve le lendemain, ils sont durs!! Sinon, pour le moment j'étais un peu en attente car à mon arrivée tout le monde était à droite à gauche et ils avaient prévu un accueil officiel hier, le 7. Cela a donné 7 heures de réunion avec toute l'équipe qui avait fait le déplacement : Usep le secrétaire général, Irwan le vice secrétaire général, Kinan et Jack du pôle 'renforcement des organisations paysannes', Bhotgel et Untung du pôle 'campagnes', Iwan et Ade du pôle 'plaidoyer' et Hilma, Dewi et Diana qui s'occupent des côtés administratifs et financiers. Cette journée s'est finie par une virée en ville très tardive pour manger et se promener en voiture sur les hauteurs de Bandung d'où la vue est magnifique, j'ai hâte d'y retourner de jour. Ah oui et bien sur ils ont ouvert le vin (bio bien sur) que j'avais ramené et m'ont demandé pourquoi j'en avais pas ramené plus!!! Pendant la réunion nous avons défini un peu mon emploi du temps pour les deux prochains mois, avec pas mal de rencontres sur le terrain, dans les villages à Java mais aussi à Sumatra et à Sulawesi (les deux autres grandes iles). J'irai voir comment se passent les choses sur place, rencontrer et interviewer des paysans sans terres et me joindre aux réunions avec la Commission pour les Droits de l'Homme, la Commission pour l'éradication de la corruption, les journalistes, le Parlement, etc etc. Mais pour le moment cette semaine et le début de la semaine prochaine la priorité est de travailler sur le dossier à déposer auprès de l'Union Européenne mi Aout pour une subvention (appel à projets 'Instruments Européens pour la Démocratie et les Droits de l'Homme"), sur laquelle KPA compte énormément pour mener à bien ces activités cette année. Voilà pour les petites nouvelles, il était temps! A demain pour les choses sérieuses!


Carrefour specials! P1000157.JPG P1000159.JPG P1000160.JPG P1000161.JPG P1000162.JPG P1000163.JPG P1000164.JPG P1000165.JPG P1000166.JPG P1000167.JPG P1000168.JPG P1000169.JPG P1000170.JPG P1000172.JPG P1000173.JPG P1000174.JPG P1000175.JPG P1000176.JPG

juillet 8

Portrait de Christine par Zoë Taylor

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Christine a la bougeotte : après une licence d’Ethnologie à Manchester, ce petit paquet de chair n’en démord plus d’une semelle. Alors en route pour rien de moins… qu’un petit tour du monde : Amérique latine, Afrique, Asie, Europe, Océanie. Notre aventurière s’embarque dans un voyage aux quatre coins du monde. Mise en place d’activités sportives et éducatives au Ghana, jardinage en Nouvelle-Zélande… Bref, partout où elle va, Christine met la main à la pâte. Si nombre de petite fille rêve de devenir maîtresse ou vétérinaire, Christine, elle, brûle les étapes. Depuis tout bout de choux, elle s’imagine travailler dans l’humanitaire. Fruit du hasard ? Pas tout à fait. Christine se souvient d’un de ces bouquins qui vous colle à la peau toute une vie : le témoignage d’une jeune sud-africaine ayant souffert du régime de l’Apartheid. Depuis, elle s’est « toujours battues contre les injustices sociales ». Peu à peu, ses opinions se transforment en convictions : Christine prend rapidement la voie de l’engagement associatif pour faire avancer ses idées. A Manchester toujours, Christine participe au maintien de Leaf Street community garden, jardin communautaire. Le principe est simple : cultiver collectivement des parcelles et laisser libre accès à la communauté locale pour tout ce qu’y est produit. Au-delà de l’aspect productif, le jardin participe à la vie sociale du quartier. Tous les mardis soirs, par exemple, les militants de Leaf Street concoctent un repas avec les fruits du jardin et les invendus des primeurs locaux qu’ils vendent 1 livre, pour permettre aux plus défavorisés de sortir un peu. Après dix ans de vadrouille, et pour aller plus loin dans son engagement citoyen, Christine décide de reprendre ses études et se lance dans le Master de coopérations et solidarités internationales d’Evry. C’est dans le cadre de son stage de fin d’études qu’elle intègre Frères des Hommes, surtout intéressée par ses projets d’agriculture paysanne. Après trois mois de stage au siège parisien, où elle participe à la rédaction d’articles pour Résonances, Christine s’est envolée le 30 juin pour l’île de Java. Elle y rejoindra KPA, l’organisation indonésienne soutenue par FdH, afin de participer à leur projet de réforme agraire. Un combat pour l'accès à la terre et pour la consolidation de la production agricole. Grâce à son expérience au sein de Frères des Hommes, Christine s’est rendue compte que travail et militantisme étaient bel et bien compatibles. Elle qui par moment se laissait portée par les désillusions et pensait mener un combat vain, a pris conscience que les actions communes de FdH et de ses partenaires avaient un véritable impact sur les populations locales. De quoi l’encourager ! A son retour d’Indonésie, Christine espère travailler dans une petite association « à taille humaine », si possible engagée dans des projets d’agriculture familiale. Mais elle a un espoir plus précis encore : « Travailler pour Frères des Hommes, c’est mon rêve » me confie-t-elle à l’oreille. Convaincue que la sécurité alimentaire dans le monde passe par le développement du jardin familial, elle souhaite, à terme, s’éloigner de la vie urbaine pour monter une association de jardin communautaire en France. Pas étonnant pour celle qui aime tant la Nature et le rapport à la terre. « Si tu veux du bonheur toute la vie, fais-toi jardinier », disait le proverbe chinois…